Le processus de paix en Irlande du Nord, fragilisé par des semaines de violence à Belfast et de récentes allégations touchant tant catholiques que protestants, a été au cœur de discussions entre les Premiers ministres britannique Tony Blair et irlandais Bertie Ahern vendredi à Jersey. Les deux chefs de gouvernement se sont entretenus sur l’île anglo-normande, avant la réunion du 3e Conseil britanno-irlandais, émanation des accords de paix de 1998. La coopération économique, les questions européennes – notamment le maintien de la neutralité militaire de l’Irlande dans une Europe élargie – et le processus de paix en Irlande du Nord figuraient à l’ordre du jour. Mais les violentes émeutes intercommunautaires qui ont secoué plusieurs quartiers de Belfast ces dernières semaines et de récentes informations sur les liens entre l’Armée républicaine irlandaise (IRA) et la Colombie ont remis la question nord-irlandaise au cœur du débat. M. Blair a appelé les partis impliqués dans ce processus de paix à rompre les liens unissant certains d’entre eux à des organisations paramilitaires. C’est notamment le cas de Sinn Féin, aile politique de l’IRA. « Il n’y a pas de demi-mesure en matière de démocratie, a-t-il prévenu lors d’une conférence de presse. Il n’y a pas de niveau acceptable pour les activités paramilitaires. » Cette réunion intervient au lendemain de révélations de la BBC selon lesquelles l’IRA, officiellement en cessez-le-feu depuis 1997, aurait testé de nouvelles armes en Colombie avec les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). es liens entre la milice catholique et la Colombie avaient été mis au jour depuis l’arrestation et l’incarcération dans ce pays, le 11 août, de trois Irlandais proches de l’IRA, accusés de collaboration militaire avec les Farc. Mais selon la BBC, l’IRA aurait, avec le feu vert de son Conseil militaire, sa plus haute instance exécutive, « testé de nouveaux prototypes d’armes dont des roquettes ». Ce qui revient de facto, pour les unionistes protestants, à une violation du cessez-le-feu. Le Premier ministre d’Irlande du Nord, le protestant modéré David Trimble, a immédiatement appelé M. Blair à prendre des mesures pour éviter une « perte de confiance catastrophique » dans le processus de paix. Vendredi, les loyalistes protestants se retrouvaient à leur tour sur la sellette : le quotidien The Guardian révélait les grandes lignes d’un rapport officiel en cours de rédaction et faisant état d’une « collusion très répandue » entre les forces de sécurité britanniques, à majorité protestante, et les paramilitaires loyalistes. Ces relations, qui frôlaient souvent la « connivence institutionnalisée », ont créé pendant des années un climat de quasi-impunité pour les meurtriers de catholiques, selon ce rapport. Un document qui ne fait que confirmer les soupçons de la minorité catholique. « Cette collusion, tout comme les mesures d’internement, la torture, les informateurs, les meurtres sans sommation, a fait l’objet d’une décision politique prise au plus haut niveau de l’establishment britannique », a réagi le nouveau maire Sinn Féin de Belfast, Alex Maskey, lui-même cible d’une tentative de meurtre par des loyalistes dans les années 80. Coïncidence ou non, la « Commission loyaliste », qui inclut des représentants des milices protestantes, a annoncé vendredi que les paramilitaires loyalistes s’engageaient à renoncer à la violence dans les rues de Belfast, appelant les nationalistes à faire de même.
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