Vainqueur de l’Afrique du Sud 3-2, l’Espagne a remporté sa troisième victoire en trois rencontres pour terminer à la première place du groupe B tout en éliminant les Bafana Bafana, devancés sur le fil à la meilleure attaque par le Paraguay, victorieux de la Slovénie 3-1. Manque d’expérience ou erreur tactique ? Pression ou naïveté ? Les raisons de l’élimination sud-africaine sont multiples, mais les supporteurs des Bafana Bafana doivent avoir une sensation d’énorme gâchis en constatant que leur talentueuse équipe s’est fait souffler la deuxième place du groupe B par le Paraguay, laborieux mais ô combien réaliste. Avant la dernière journée, hier, l’Afrique du Sud semblait avoir toutes les cartes en main pour une qualification historique en 8e de finale, dix ans après avoir été réadmis dans le giron international à la fin de l’apartheid. Les Sud-Africains ne dépendaient que d’eux-mêmes et n’avait besoin « que » d’un nul face à une Espagne déjà qualifiée et évoluant avec huit remplaçants. Mais les Sud-Africains n’ont pas pu ou su en profiter. Sur la première incursion espagnole, Mendieta tentait de trouver Raul dans la surface, mais Arendse était le plus prompt. Le gardien sud-africain relâchait toutefois inexplicablement le ballon dans les pieds de Raul, qui s’en allait marquer dans le but vide, alors qu’Arendse, excellent lors des deux premières rencontres, ne pouvait que constater les dégâts (4e). Les Sud-Africains ne se résignaient pas et à la 9e minute, Casillas repoussait des poings un tir de Sibaya. Trois minutes plus tard, le jeune Sévillan Joaquin débordait la défense sud-africaine sur la droite et adressait un centre en retrait à Mendieta, dont le tir était repoussé sur sa ligne par Aaron Mokoena. Première de Luque À la 30e minute, Joaquin déposait cette fois le ballon sur la tête de Morientes, mais Arendse effectuait un superbe arrêt réflexe de grande classe. Dans la foulée, les Sud-Africains partaient en contre et débordaient l’Espagne à droite : Zuma centrait pour Nomvethe qui remisait pour McCarthy. Le joueur du Celta Vigo, prêté cette saison à Porto, égalisait d’une reprise du droit (31). Les remplaçants espagnols, cherchant sans doute à impressionner Camacho, reprenaient toutefois l’avantage dans les arrêts de jeu sur un coup franc obtenu et magistralement exécuté par le droitier Gaizka Mendieta, qui évoluait sur le flanc gauche (45+1). Juste après la pause, les Sud-Africains revenaient au score par leur capitaine Lucas Radebe, qui concluait de la tête un corner mal dégagé par Ivan Helguera (53). Mais trois minutes plus tard, merveilleusement servi par Joaquin, Raul donnait une nouvelle fois de la tête l’avantage aux Espagnols en marquant son 28e but en sélection et son troisième au Mondial asiatique. À la 77e, Luque, qui venait d’entrer à la place de Morientes, échouait sur Arendse pour son premier ballon touché en sélection. Le match prenait subitement une tournure plus dramatique pour les Sud-Africains, les Paraguayens reprenant à Seogwipo l’avantage sur la Slovénie, qui avait ouvert la marque. Incapables de marquer un troisième but qui les enverrait en 8e de finale, malgré leurs derniers efforts, les Bafana Bafana doivent donc s’incliner devant l’Espagne, et le Paraguay, pour la deuxième place qualificative. Déclarations Jose Antonio Camacho (entraîneur de l’Espagne) : « Je suis satisfait de la performance de mes joueurs. Nous avons réalisé un excellent travail dans les poules avec trois victoires et j’espère continuer la série. Mais, l’adversaire que nous rencontrons l’espère lui aussi et ce ne sera donc pas facile. L’Éire n’a pas perdu un seul match au premier tour, il ne faut pas l’oublier. C’est une très bonne équipe et ce sera difficile. » Quinton Fortune (milieu de terrain de l’Afrique du Sud) : « On est vraiment déçu mais on a fait ce qu’on a pu. On a perdu contre une bonne équipe d’Espagne. Quant au match du Paraguay, on ne savait pas ce qui se passait même à la mi-temps, on ne nous a pas dit ce qui se passait là-bas. On l’a appris à la fin du match. S’il fallait qu’on joue plus défensivement pour assurer le nul ? Je ne sais pas, c’est la Coupe du monde et on n’a jamais joué comme ça. » Le Paraguay arrache miraculeusement sa qualification Après une première période catastrophique, le Paraguay a puisé dans ses ressources pour finalement s’imposer face à la Slovénie (3-1), hier à Seogwipo, arrachant du même coup sa qualification pour les 8es de finale du Mondial de football. Les coéquipiers du gardien du RC Strasbourg, Jose Luis Chilavert, réussissent ainsi à s’extirper du premier tour comme en 1998, et c’est, quatre ans après la France, l’Allemagne qu’ils devront affronter samedi, toujours à Seogwipo. Pour espérer se qualifier, les Paraguayens devaient absolument l’emporter et compter dans le même temps sur un revers des Sud-Africains face à l’Espagne dans l’autre match du groupe. Seulement, sans avoir même à se soucier du comportement des Sud-Africains, les hommes de Cesare Maldini avaient entamé la rencontre de la plus mauvaise façon en étant rapidement réduit à dix après l’exclusion, pour deux cartons jaunes, du défenseur Carlos Paredes (22e). En infériorité numérique, les Paraguayens allaient alors encaisser un but dans les arrêts de jeu par la faute de Milenko Acimovic (45+1). Pression paraguayenne Menés au score, la mission devenait alors pratiquement impossible. Mais alors que la Slovénie – déjà éliminée avant la rencontre – gérait sans forcer son avantage au score, Nelson Cuevas, entré en jeu, redonnait espoir à ses coéquipiers d’un tir à ras de terre prenant le gardien adverse à contre-pied (1-1, 66e). Remontés, les Paraguayens augmentaient la pression et Jorge Campos, lui aussi rentré en jeu quelques minutes auparavant, donnait l’avantage aux siens (73e). Complètement démobilisés, les Slovènes étaient à leur tour réduits à dix avec l’exclusion de Nastja Ceh (81e). Une aubaine pour les Sud-Américains qui prenaient définitivement l’ascendant par l’inévitable Cuevas (84e). Un but qui vaut de l’or puisqu’il permet au Paraguay, grâce à une meilleure attaque, de poursuivre sa route. « Comme le phénix, nous renaissons de nos cendres » « Comme le phénix, nous renaissons de nos cendres », a affirmé Cesare Maldini, l’entraîneur italien du Paraguay, qui sauve un peu l’honneur perdu de l’Amérique du Sud après les éliminations de l’Argentine, l’une des grandes favorites du tournoi, l’Uruguay et probablement l’Équateur. Comme en 1998, le Paraguay est à nouveau en 8e de finale, en compagnie de l’autre grand de l’Amsud, le Brésil. « C’est une soirée formidable. Ce succès revient à mes joueurs parce qu’ils ont fait un effort extraordinaire. Ils ont accompli quelque chose d’exceptionnel. Nous ne méritons pas d’être éliminés de la Coupe du monde parce que nous jouons pour gagner contre l’Afrique du Sud. Nous avons perdu devant l’Espagne (3-1) à cause de trop nombreuses erreurs. Mais j’ai toujours espéré que mes joueurs allaient se racheter », a continué Maldini. « Je veux féliciter l’Espagne et je les prends très fort dans mes bras. J’espère que le Paraguay pourra un jour leur renvoyer l’ascenceur et qu’ils vont aller jusqu’en finale. Contre l’Allemagne en 8e, ça va être très dur. Mais aujourd’hui, c’est un grand jour pour le Paraguay et les Paraguayens. Leur soutien nous a permis de franchir ce tour et nous aidera à aller encore plus loin. Le Paraguay est un petit pays, mais avec plein de gens habiles et travailleurs. Je suis vraiment fier de mon équipe. Je dédie cette victoire à mon peuple et à ma famille », a déclaré le capitaine du Paraguay, le charismatique Jose Luis Chilavert. Bleus en déshérence cherchent meneur d’hommes Deux ans après le départ de l’emblématique Didier Deschamps, l’équipe de France de football, éliminée au premier tour du Mondial, cherche toujours un meneur d’hommes, et la transition pourrait s’amorcer entre le capitaine malheureux Marcel Desailly et un Zinedine Zidane que son aura prédestine à ce rôle. Les années glorieuses des Bleus doivent beaucoup à la personnalité de Didier Deschamps, meneur né, aboyeur et remonteur de bretelles incontesté et difficilement contestable. Parfaitement secondé par Laurent Blanc, il influait de manière naturelle sur le comportement de ses coéquipiers, sûr et en dehors du terrain. « Didier a toujours eu ce charisme, a toujours été un leader né. Il n’a pas eu de difficultés à rassembler », reconnaissait Marcel Desailly quelques mois avant le Mondial. « Moi, j’ai dû me faire plus violence car j’avais l’habitude d’être davantage en retrait », ajoutait-il. Ayant récupéré le brassard lors de la retraite internationale de son copain des années nantaises en septembre 2000, Desailly l’individualiste a admis n’avoir accepté qu’après mûre réflexion. Et s’il a semblé avoir correctement géré cette tâche pendant près de deux ans – au point d’intituler son ouvrage autobiographique Capitaine –, la faillite française au Mondial 2002 ne lui a, semble-t-il, pas permis de transcender ses fonctions et d’influer sur le sort tragique de la sélection. Son « coup de gueule » après le nul face à l’Uruguay où il pestait contre l’autosatisfaction de ses coéquipiers et ses cris lors de l’affrontement face aux Danois n’auront pas suffi. Certains y verront également une conséquence de la dispersion du joueur entre ses multiples participations à des spots publicitaires, ses chroniques télévisées et la promotion de son livre. Après l’élimination, il a indiqué qu’il ne prendrait pas la parole auprès de ses coéquipiers, ce que son statut aurait pu l’inciter à faire : « C’est fini. Je n’ai plus rien à dire à qui que ce soit. Il n’y a plus rien. La compétition est terminée. Demain, chacun s’en va avec sa famille. » Aura Mais même si le capitanat de Desailly n’est pas encore officiellement remis en cause au sein des Bleus, Zinedine Zidane paraît prédestiné pour hériter du brassard. Malgré sa timidité et sa discrétion, le n° 10, fort de son aura et de son talent hors norme qui l’ont rendu indispensable à la sélection, bénéficie d’un crédit sans failles auprès de ses partenaires. « Zidane est revenu, c’est du plaisir. Pour tout le monde, c’est un réconfort total », s’était ainsi réjoui le sélectionneur Roger Lemerre après avoir retrouvé son meneur de jeu le 22 mai, qui avait été retenu jusque-là par la naissance de son troisième fils. « Son arrivée a un peu boosté les joueurs, c’est une bonne chose », avait renchéri Emmanuel Petit. A priori plus effacé qu’un Marcel Desailly, Zidane a pourtant réussi à s’imposer dans tous ses clubs. Dans le dernier en date, le Real Madrid, malgré toute la pression inhérente à son transfert record, il est rapidement parvenu à s’intégrer et à se mettre à la hauteur des gardiens de l’orthodoxie merengue, comme Raul et Hierro, pourtant pas franchement réputés pour se jeter dans les bras de la première recrue venue. Mais tout le génie du meneur de jeu ne suffira pas à en faire subitement un capitaine. À lui désormais de prendre plus de responsabilités sur le terrain et de donner de la voix, d’autant qu’après la désillusion asiatique, le temps presse pour remobiliser les ex-champions du monde. Les Allemands au « paradis » avec des soucis d’effectif L’équipe d’Allemagne de football est arrivée hier en provenance du Japon, fatiguée mais optimiste pour son avenir en Coupe du monde, à Seogwipo, sur l’île méridionale sud-coréenne de Jeju où elle disputera samedi son 8e de finale contre le Paraguay. Les Allemands, premiers du groupe E en battant le Cameroun 2-0 mardi soir à Shizuoka (Japon), s’étaient envolés hier matin de l’aéroport de Nagoya pour se rendre sur l’île de Jeju et prendre leurs quartiers à l’hôtel Paradise. « Nous avons un rêve. Nous voulons aller en finale à Yokohama. Nous vivons encore, nous sommes encore là », a déclaré le défenseur Jens Jeremies à son arrivée. « En huitième de finale, nous aurons un adversaire que l’on doit respecter mais que nous allons battre », à déclaré pour sa part Karl-Heinz Rummenigge, membre de la délégation allemande qui a disputé trois Coupes du monde. Miroslav Klose, en tête du classement des buteurs du Mondial 2002 avec cinq réalisations, met toutefois en garde : « Nous ne devons pas rêver de la demi-finale mais penser d’un match à l’autre. » En effet, les Allemands ont quelques soucis d’effectif. Les milieux de terrain Christian Ziege et Dietmar Hamann ainsi que le défenseur Carsten Ramelow sont suspendus, et Joerg Boehme, appelé à la dernière minute à la place de Sebastian Deissler, forfait sur blessure, a dû prendre l’avion hier pour l’Allemagne, souffrant d’une déchirure musculaire. D’autres joueurs, comme le meneur de jeu Michael Ballack, ressentent les conséquences de l’effort. « Certains joueurs sont touchés ou fatigués et il ne nous reste plus beaucoup de temps », a admis le sélectionneur Rudi Voeller. Mais le gardien de but et capitaine Oliver Kahn ne s’inquiète pas outre mesure. « Nous avons suffisamment de bons joueurs en réserve », a-t-il affirmé. Le portier du Bayern Munich est l’homme à qui les Allemands doivent pour une large part leur qualification, selon l’entraîneur allemand des Camerounais, Winfried Schaefer. « Les Allemands vont aller en demi-finale. Ils doivent cependant faire attention qu’Oliver Kahn ne se blesse pas et ne se fasse pas enlever », a observé le technicien.
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