La tête dans les étoiles depuis leur victoire de 1998, les Bleus, revenus sur terre après leur défaite en match d’ouverture du Mondial face au Sénégal (0-1), sont condamnés à écarter l’Uruguay, demain à Pusan (11h30 GMT), s’ils ne veulent pas tourner prématurément la plus belle page de l’histoire du football français. Bien sûr, depuis quatre ans, l’équipe de Roger Lemerre a tout raflé. Mais, à force de matches sans enjeu, la machine à gagner s’est petit à petit grippée. La sanction est venue contre le Sénégal, devant des milliards de téléspectateurs, où, pour la première fois, les Bleus ont lâché, croyant sans doute que le simple fait de humer l’encens de la compétition leur ferait retrouver leur meilleur niveau. Cette défaite a forcément instillé le doute au sein d’une génération qui n’avait jamais été confrontée à ce genre de quitte ou double. Vaincre ou mourir en quelque sorte. « On n’a plus le choix. On doit gagner, prendre cette rencontre comme une finale et se battre jusqu’au bout », avance ainsi Patrick Vieira. Il est rejoint dans cette analyse par Bixente Lizarazu, « peu importe la manière, il faut gagner », et Johan Micoud, selon lequel les Bleus sont « tous remontés à bloc » : « On n’a pas envie de rentrer si tôt. Cette petite peur peut nous permettre de nous transcender. » Quelle tactique ? La manière en effet importera peu. D’autant plus, même si le doute persiste, que Zinedine Zidane, blessé à la cuisse gauche, ne devrait pas être apte à débuter la rencontre. Quant à son remplaçant contre le Sénégal, Youri Djorkaeff, sa blessure aux ischio-jambiers ne devrait pas davantage lui permettre d’être présent. Des absences qui remettent une nouvelle fois sur le tapis les questions sur l’organisation tactique des Bleus. Au centre des conversations et des polémiques, le fameux 4-2-3-1 de Roger Lemerre va-t-il tenir le coup, ou bien le sélectionneur va-t-il revenir à un milieu récupérateur plus fourni, comme en 1998 ? L’incorporation de Claude Makelele ou de Vincent Candela permettrait en effet de conserver davantage le ballon au milieu, dans la bataille de tranchées qui s’annonce, et de soulager un peu la défense, déjà fortement malmenée par les remuants sénégalais. « Je ne veux pas parler de tactique. Tout dépend de Roger », tranche Vieira. « Nos adversaires nous laissent le ballon et nous prennent en contre-attaque. Cela risque d’être la même chose contre l’Uruguay, note-t-il toutefois. Mais il y a des joueurs d’expérience, il faut en discuter entre nous pour trouver la meilleure solution et renouer avec la victoire. » « Plus en jambes » « Je pense qu’on a progressé physiquement, explique par ailleurs Bixente Lizarazu. On devrait être plus en jambes. On a travaillé pour cela, pour être plus vifs et toniques. Tout le monde a fait des efforts supplémentaires à l’entraînement, en travaillant beaucoup sur la vitesse. » Un travail qui ne sera pas de trop face aux Uruguayens, eux aussi condamnés à vaincre après leur défaite face au Danemark (1-2) samedi. « Techniquement, c’est une très bonne équipe, et ils ont des joueurs comme Alvaro Recoba qui peuvent faire la différence à n’importe quel moment du match », redoute Vieira, tandis que Lizarazu remarque leur « défense forte et agressive » conduite par Paolo Montero. Mais au fond, désormais, peu importe l’adversaire, seule la victoire est envisagée, même si un match nul ne condamnerait pas encore totalement les espoirs tricolores. « Les longs discours, on les a eus avant. On sait ce qui n’a pas fonctionné, à chacun de se concentrer sur son propre jeu. On n’est pas des petits garçons, on a parfaitement conscience de la situation et de nos responsabilités », conclut Lizarazu. La gazette - Huis clos. Interrogé sur les passe-temps de l’équipe de France à Séoul entre les entraînements, le latéral droit Lilian Thuram s’est contenté d’indiquer : « La majorité du temps, nous sommes à l’hôtel », ajoutant que les Bleus ne s’ennuyaient pas pour autant. S’ils ne semblent donc pas avoir franchement découvert la capitale sud-coréenne, les Français s’occupent sans doute avec les centaines de livres, de CD ou de DVD choisis dans le catalogue d’un de leurs partenaires et qu’ils ont emmenés avec eux en Asie. - À bras ouverts. « C’est incroyable de voir tous ces Japonais qui portent le maillot anglais, qui nous sourient et ont l’air contents de nous voir. D’habitude, ce n’est pas du tout comme ça que nous sommes accueillis à l’étranger », confiait un supporteur anglais tout étonné, dimanche soir, après le match contre la Suède (1-1). Supporteur de West Ham (D1 anglaise), il est parti au Japon avec le club des supporteurs de l’Angleterre, dont les éléments les plus violents et les plus racistes ont fait l’objet d’une purge après l’Euro 2000 de sinistre mémoire. - Espoir. Le capitaine de l’Équateur Alex Aguinaga est de nature optimiste. Après la défaite de son équipe lundi devant l’Italie (2-0) pour son premier match du Mondial, il a confié que « si l’Équateur continue comme ça, il peut parfaitement se qualifier... pour la prochaine Coupe du monde » (en 2006 en Allemagne). Possible, mais ce sera sans lui: à bientôt 33 ans (le 7 juin), le milieu de terrain du club mexicain de Necaxa peut penser qu’il ne sera pas du voyage. - Langage. Le sélectionneur allemand du Cameroun, Winfried Schaefer, n’est pas un féru des langues étrangères. Il ne parle ni l’anglais ni le français, les deux langues officielles du Cameroun. Et comme les Lions indomptables ne sont pas des germanophones nés, la communication se fait par interprètes interposés dans les vestiaires. Pendant les rencontres, Schaefer ne se fait pas de soucis, expliquant dans la langue de Goethe que les mains sont « un langage universel » pour le football. - Gazon béni. Le sélectionneur suédois de l’Angleterre, Sven-Goran Eriksson, a trouvé que la pelouse de Saitama, où l’Angleterre et la Suède ont fait match nul dimanche (1-1), ralentissait le ballon, mais il n’a pas pris cela comme excuse pour les difficultés de son équipe en deuxième période, et a préféré insister sur un aspect positif, la qualité du gazon : « Ici, les terrains sont en général plus lents, mais nous devons l’accepter et nous ne pouvons pas nous plaindre, car le gazon est parfait », estime le Suédois. Il aura l’occasion vendredi de voir si le billard du Sapporo Dome favorise plutôt le jeu de passes à l’argentine ou le rythme à l’anglaise. - Transfert. Pendant le Mondial, les affaires continuent. C’est ainsi que Torsten Frings, milieu de terrain allemand, a fini par être transféré du Werder Brême au Borussia Dortmund lundi, après d’interminables négociations. « J’ai peut-être appelé 40 fois par jour la secrétaire de Dortmund ! », a plaisanté Frings, qui a finalement été informé du succès de la transaction lundi soir, au moment où il commençait à s’endormir, par le chef de presse de la délégation allemande Harald Stenger. - Interdit à la presse. Le seul ascenseur permettant d’accéder à la tribune de presse, au cinquième étage du très beau stade de Saitama, est interdit avant le match aux possesseurs de badges jaunes, c’est-à-dire... la presse. Rédacteurs et surtout photographes, avec des kilos de matériel, sont obligés de monter les cinq étages à pied. Pendant ce temps, les employés des radios et des télévisions hôtes, dotés d’un badge d’une autre couleur, profitent de leur statut spécial pour s’élever confortablement vers les hauteurs. - Blitzkrieg. Que le quotidien japonais de langue anglaise Daily Yomiuri ait parlé de « Blitzkrieg » pour qualifier le carton allemand contre l’Arabie saoudite a passablement irrité le président de la Fédération allemande Gerhard Mayer-Vorfelder : « Ce vocabulaire-là n’est pas franchement approprié. Il ne s’agit que d’un match de football, d’un jeu de 90 minutes. » - Utile. Le nombre de policiers sur les sites oblige parfois les responsables des stades à leur confier des tâches de première importance. Ainsi à Niigata, un policier est chargé d’appuyer sur un bouton pour compter les sorties et les entrées du centre de presse par la porte qui mène à la tribune. Interrogé, l’homme au képi a préféré garder le silence sur cette mission certainement « Top secret ».
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