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Membeka, l’ancien chasseur devenu « pisteur »

Ancien chasseur devenu « pisteur » au campement de Mikongo, dans la réserve de la Lopé (centre du Gabon), Guy Membeka met aujourd’hui ses incroyables dons d’observation au service des touristes venus découvrir les gorilles de la forêt équatoriale gabonaise. « C’est mon grand-père qui m’a appris la chasse. À dix ans, je tirais déjà au fusil calibre 12, et à 18 ans, je commençais à chasser l’éléphant, le buffle ou le potamochère » (porc sauvage), raconte ce Gabonais de 28 ans, né dans un village de la province de l’Ogooué-Ivindo (nord-est du pays). Comme les quatre autres pisteurs de Mikongo, tous originaires de cette région pauvre et reculée du Gabon, Guy pratiquait la chasse traditionnelle, en pistant l’animal. La vente de cette « viande de brousse », très prisée des populations locales, fut, pendant des années, sa seule source de revenus. Recruté en 2000 dans le cadre du Projet Vision, conçu pour permettre à des touristes d’observer les gorilles de la Lopé, Guy utilise maintenant sa connaissance de la forêt pour traquer ces énormes primates qu’il n’aurait pas hésité à tuer auparavant. Il a troqué son fusil contre un GPS (système de positionnement par satellite), destiné à relever à chaque rencontre les positions des gorilles observés. Éco-guide « Ces pisteurs ont vraiment un don. Ils sont capables de suivre une bête pendant des heures, là où on ne voit rien », explique le chef du Projet Vision, Emmanuel de Mérode. Cette connaissance, devenue très rare au Gabon, était essentielle pour permettre à des touristes d’observer des gorilles dans leur environnement naturel, souligne cet anthropologue belge de 32 ans. « Nous avons dû faire 21 000 kilomètres à travers le Gabon pour trouver et tester les meilleurs chasseurs », se souvient Emmanuel de Mérode. « C’était facile pour moi. Pister les bêtes, c’est comme la chasse, sauf qu’on ne les tue pas », résume Guy, transformé aujourd’hui en « éco-guide » protecteur de la nature. Depuis deux ans, ce petit homme svelte arpente quotidiennement les sentiers de la zone de Mikongo, avec pour seule arme un sécateur, afin de mieux repérer aussi les éventuelles traces de machettes laissées par les braconniers. Pendant des heures, le pisteur se déplace à un rythme lent et régulier, s’arrêtant subitement de temps à autre pour écouter un bruit que lui seul entend au milieu du crépitement des insectes, ou repérer d’éventuelles empreintes laissées au sol par les innombrables animaux de la forêt. La fraîcheur des excréments ou l’oxydation d’une tige de marantacée, un arbuste dont le gorille raffole, lui permet de situer, parfois à quelques heures près, le dernier passage de l’animal. Doté mentalement d’une véritable « bibliothèque » olfactive et sonore de la forêt, le pisteur peut repérer certains animaux à leurs cris ou à leurs odeurs. Ses facultés constituent souvent l’assurance-vie du touriste, bien incapable de repérer, au milieu des lianes, la présence d’un mamba vert, le plus venimeux des serpents du Gabon, ou de s’éloigner à temps de l’assala, un éléphant forestier de petite taille mais au comportement agressif.
Ancien chasseur devenu « pisteur » au campement de Mikongo, dans la réserve de la Lopé (centre du Gabon), Guy Membeka met aujourd’hui ses incroyables dons d’observation au service des touristes venus découvrir les gorilles de la forêt équatoriale gabonaise. « C’est mon grand-père qui m’a appris la chasse. À dix ans, je tirais déjà au fusil calibre 12, et à 18 ans, je commençais à chasser l’éléphant, le buffle ou le potamochère » (porc sauvage), raconte ce Gabonais de 28 ans, né dans un village de la province de l’Ogooué-Ivindo (nord-est du pays). Comme les quatre autres pisteurs de Mikongo, tous originaires de cette région pauvre et reculée du Gabon, Guy pratiquait la chasse traditionnelle, en pistant l’animal. La vente de cette « viande de brousse », très prisée des populations locales, fut,...