Avec Demonlover, un thriller troublant dans l’univers du cybersexe, des mangas pornographiques et des corporations anonymes et opaques, Olivier Assayas, de retour dimanche en compétition pour la Palme d’or, surprend et fascine deux ans après Les Destinées sentimentales. Entre Paris, le Japon et le Mexique, le spectateur est entraîné dans un polar « high-tech », violent et « speedé », où la frontière entre virtuel et réel s’efface, où les apparences sont trompeuses. La pieuvre de la mondialisation étend ses tentacules. Pouvoir et manipulation, mensonge et séduction sont les règles qui régissent ce jeu étrange où l’on risque de se perdre autant que dans Lost Highway et Mulholland Drive, les deux films noirs labyrinthiques du président du jury David Lynch. La multinationale dirigée par Henri Pierre Volf négocie le rachat d’une société japonaise spécialisée dans les « hentaï », des mangas pornographiques en 3D, mettant en scène avec une violence sadique des adolescentes. Deux sociétés, Demonlover et Mangatronics, s’affrontent pour avoir l’exclusivité de la diffusion de ces « hentaï ». Mais il existe des sites plus clandestins et plus violents encore comme le « Hell Fire Club », un site de torture interactif où l’internaute peut assouvir ses pires fantasmes, l’équivalent des « snuff movies », ces films qui mettent en scène des tortures réelles. La brune et battante Diane (Connie Nielsen), infiltrée dans Demonlover pour le compte de Mangatronics, croit contrôler la situation. Mais pour qui travaillent la blonde et mystérieuse Élise (Chloë Sevigny) et Karen (Dominique Reymond) ? Et quel jeu joue l’opportuniste Hervé (Charles Berling) ? Cauchemars Dans une osmose parfaite entre la forme, le fond et la musique de Sonic Youth, Olivier Assayas (47 ans) puise son inspiration dans les mangas, les clips de MTV et entraîne le spectateur dans des cauchemars aussi noirs, glauques et angoissants que ceux de David Lynch, qui devrait y reconnaître une certaine parenté. L’opposition entre la brune et la blonde, des scènes de sexe filmées comme des combats et vice versa, une route qui se perd dans la nuit et mène tout droit vers l’enfer... Pourtant, la violence dans Demonlover est plutôt laissée à l’imagination du spectateur qu’explicitement visualisée. « Je me suis intéressé au sujet parce que je m’intéresse aux images, explique Olivier Assayas. Je constate qu’il y a un public dont le rapport aux images passe prioritairement par ce médium nouveau qui pose des questions nouvelles ». « Quand je fais “ Demonlover ”, très contemporain, très moderne, mon inspiration est aussi bien dans le rock and roll, l’art contemporain, que dans ce que je vois à la télé. Mais je ne suis pas du tout consommateur de jeux vidéo. Quand je fais “ Les Destinées sentimentales ”, mon inspiration est dans la peinture, Bonnard, Vuillard, j’essaie de retrouver quelque chose de la poésie de l’impressionnisme. Les deux font intimement partie de moi ». L’ancien critique des Cahiers du Cinéma, réalisateur de L’eau froide et Fin août, début septembre, avoue une « grande admiration pour Lynch, David Cronenberg et les frères Coen », mais il s’intéresse aussi au « cinéma hollywoodien de série ». Et il accepte volontiers l’appellation « thriller » : « Ça permet de dialoguer avec un public beaucoup plus large sur un terrain à mi-chemin entre la position un peu radicale et un peu autiste de l’auteur et le grand public ».
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