Il est venu, il a vécu quatre belles années et le voilà qui repart bientôt. Son excellence Monsieur l’ambassadeur, il signore Cassini, un grand monsieur. EIl est venu, il a vécu quatre belles années et le voilà qui repart bientôt. Son excellence Monsieur l’ambassadeur, il signore Cassini, un grand monsieur. En attendant Monsieur l’ambassadeur «qui va vous recevoir dans cinq petites minutes», le parfum de «oun’ espresso» donne un délicieux avant-goût de la chaleur et de l’amabilité italiennes. La porte de son excellence s’ouvre, franche et accueillante. Giuseppe Cassini arrive, béquille au bout du bras. «Un accident de ski», comme pour s’excuser. Et très vite, on s’inquiète pour Monsieur Cassini. Son titre d’ambassadeur, il le porte si naturellement qu’il semble presque superflu de le répéter. «C’était en janvier. Nous faisions une traversée en ski alpin, de Faraya à Zahlé. Je me suis fracturé le tibia et le péroné». Très vite, on comprend sa passion pour le sport, ski, tennis, voile, pour la bonne cuisine, «celle de ma femme !» ; son attachement presque viscéral pour la nature et le grand air, «la montagne est le lieu le plus sacré du Liban, son nombril. Ses espaces infinis offrent les plus beaux spectacles du monde. Il faut lutter pour la sauvegarder». Et on devine enfin son humour, arme fatale contre les mauvais jours. «J’ai d’ailleurs écrit un poème pour remercier les gens qui sont venus à mon secours le jour de mon accident». Très vite, il se met à parler de l’essentiel, loin des feux de la diplomatie. Très vite, car le temps presse ; le spectre du départ plane. Monsieur Cassini s’en va, déjà, avec le sourire, en parfait nomade qu’il est, «un nomadisme naturel». Comme il vit, comme il est reparti, à chaque fois, au bout d’une mission, même si, celle-ci, il ne sent pas l’avoir vraiment menée à terme. «Je n’ai malheureusement pas pu finaliser tous les projets concernant l’environnement, en raison d’un manque de temps et, vous pouvez le dire, de la lenteur de la bureaucratie italienne et libanaise. Je partirai avec ce regret et celui d’imaginer que je serais ailleurs, sans zaatar et sumac !» (en arabe dans le texte). Le physique du rôle Monsieur l’ambassadeur a «le physique du rôle», l’œil bleu vif, en alerte, la politesse qui n’est malheureusement plus d’usage de nos jours, l’attitude, enfin, qu’il définit avec son irrésistible accent venu tout droit de Gênes. «C’est la curiosité qui nous pousse à repartir, l’humour qui nous aide à dépasser les obstacles et les difficultés, et nous permet de prendre des distances pour ne pas être trop impliqué émotionnellement». Silence. Monsieur Cassini se souvient quand même de sa visite à Jezzine. «J’étais le premier diplomate étranger à y mettre le pied et à voir ce territoire enfin libéré», il se souvient également de son séjour en Somalie : «J’y ai vu, impuissant, des gens mourir du choléra». Il ajoute, vite : «Il est très difficile d’être cynique face à une situation de souffrance». La curiosité l’aura mené aux quatre coins du monde, ce tour du monde diplomatique auquel il nous convie à travers… la merveilleuse cuisine de sa femme. «Le meilleur couscous du monde est servi au restaurant “Olivi-Cassini” ! De même que le cochon cubain aux ananas et le cheesecake philadelphien». Deux escales italiennes lui permettront de poser ses bagages diplomatiques dans son pays natal. «J’ai été durant trois ans conseiller diplomatique du ministère des Finances et durant quatre ans conseiller diplomatique du ministre de l’Environnement. C’est là que j’ai commencé à travailler sur les problèmes de l’environnement, que j’ai eu la chance d’être parmi les premiers à étudier les phénomènes des changements climatiques et celle de négocier le Sommet de la terre». Sa mère voulait qu’il soit notaire. «C’est exactement le contraire qui m’intéressait. J’aurais bien été journaliste, pourvu que je puisse voyager». Petits voyages, grandes rencontres, pays, hommes politiques, amis, c’est avec un bonheur intact mêlé d’optimisme que Monsieur l’ambassadeur, sautillant sur un pied, tire une dernière révérence avant de partir, nous laissant un drôle de poème décrivant sa drôle d’aventure. «Skiant par montagnes désertes et vallées, dans la neige qui fond on risque de tomber, et si on vire gauchement comme je l’ai fait, t’entends un crac au tibia et au péroné. (...) Mais les amis n’étant ni lâches ni vils restent à côté du skieur imbécile, en attendant que la Défense civile se fraie un chemin parmi moult périls. (…) Et maintenant je suis dans l’embarras, pour faire oublier tout ce cinéma : fleurs et chocolats, je les méritais pas… Merci quand même et alhamdoullilah !». Arrivederci, Egrègio Ambasciatore, a presto ! «Je reviendrais, nous assure-t-il enfin, pour, au moins, terminer ma randonnée en ski !». Carla HENOUD
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