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VIENT DE PARAÎTRE « Ananda/Félicité » : poésie mystique de Kamal Joumblatt

Venue des eaux sacrées du Gange, des routes de Bénarès, de Trivandrum, de Delhi, de Varanasi et surtout des chemins menant à Moukhtara, cette poésie mystique, aux sonorités et aux images vaporeuses, nimbée d’une certaine lumière, éthérée comme un chant de cithare, est aussi souvent, hélas (surtout pour les non-initiés), hermétique, si ce n’est sibylline ou énigmatique. C’est normal, puisque l’on entre de plain-pied dans le monde du Parnasse, en zone de philosophie hindoue métissée d’une vision soufie où souffle l’esprit d’Ibn el-Arabi et Ibn el-Fared. Voilà des textes d’une grande spiritualité, écrits en majeure partie initialement en français et anglais, s’échelonnant entre 1955 et 1975 et signés Kamal Joumblatt. Denses mais pas très nombreux, ainsi rassemblés, pourquoi les exhumer aujourd’hui dans ce recueil intitulé Ananda/Félicité (195 pages) et joliment édité par Dar an-Nahar ? Sans nul doute pour révéler la pensée et la facette, insolite et riche, qu’on pressentait et soupçonnait d’ailleurs déjà chez le seigneur de Moukhtara (aspect non ignoré dans la très belle biographie d’Igor Timoviev, «L’homme et la légende»), grand homme politique doublé d’un homme de réflexion, leader socialiste dont les courageuses prises de position nationale ont défrayé les chroniques et surtout d’un «visionnaire», d’un homme au savoir étonnant et à la culture vaste et raffinée. Et qui ne dédaignait guère de taquiner la muse ! En prime à cette plaquette, une remarquable préface du traducteur en arabe, Fayçal el-Atrache, authentique «sésame» pour la compréhension de ces vers libres à caractère ésotérique. En exergue, l’auteur dit : «Je dépose ces quelques moments aux pieds du Maître». Moments de retrait, de recueillement, de solitude, de méditation, d’expérience, d’expérimentation, de communion avec la nature et le cosmos, où l’être est en combat permanent entre l’esprit et le corps. En parcourant ces pages largement mordues de blanc, en traversant ces pensées portées à l’élévation, la dépossession et une austère spiritualité, on songe, perplexe, à cette idée soufie qui ouvre brusquement bien de chemins et perturbe bien de jugements et valeurs : «Qui connaît Dieu l’aime et qui connaît le monde y renonce».... Usant de symboles, se référant au monde des «gourous» et des «Jivan Mukta», fleurant le lotus, le santal et l’encens, évoquant la mer, la lune et le velours de la nuit, cette poésie parlant de soleil, d’océan et de pluie va au-delà de ce que le commun des mortels pense. Longues méditations, fiévreuses ou sereines, coulées dans des vers clairs comme du cristal ou faussement obscurs, libres ou enserrées dans une métrique rigoureuse, en strophes cadencées, phrases elliptiques, rimes musicales ou assonances heureuses, cette poésie frémissante d’une «intériorité» en quête d’un bonheur absolu, de spiritualité et de félicité, est bien dans le sillage d’une pensée qui nous tourmente tous, cet insaissable «là-bas, de l’autre côté du miroir»... Il s’agit de la quête vibrante d’une Vérité reflétée à travers le filet tentaculaire des innombrables évènements et perceptions d’une vie. «L’homme sage est libéré, par la Connaissance, de toute confusion»..., dit le poète. Ici, en terre fertile de la poésie soufie, on parle bien entendu de jardins, de fleurs, de cristal, d’eau, de pluie, d’oiseaux, d’amour, d’attente, d’espérance, comme partout au pays des muses de Tagore et du Hallaj. Mais différemment. Différents sont les parfums, les couleurs et les être. Ici tout a une épaisseur, une signification, une connotation, une portée, une «existence» différentes. Ici, on ne vit pas à côté de sa vie, faute de courage ou de lucidité, mais au contraire, on traque «la substantifique moelle» dans un souffle incandescent. On salue au passage l’excellente traduction en arabe, qui donne à ces poèmes nacrés et opalescents une chair, une musicalité, une force et une richesse singulières. Une pensée, une formulation et un poète à découvrir. En toute délectation. Extraits Les sens rentrent dans l’Oubli. Le soleil, seul, éclaire cette Nuit Noire, Nuit radiante où l’Amour S’exprime sans objet : Bonheur pur -Y resplendit la Paix de l’Absolu. *** Ne sois avare de rien Tu ne possèdes rien, Pas même ce Corps qui passe, Pas même l’éclair qui filtre À travers ton regard. *** Laissez couler les choses Comme coulent les rêves, Et laissez-moi mourir Et laissez-moi renaître, Car chaque instant je meurs Et je renais dans l’Être En une randonnée Dans l’Absolu sans rêve. Edgar DIVIDIAN
Venue des eaux sacrées du Gange, des routes de Bénarès, de Trivandrum, de Delhi, de Varanasi et surtout des chemins menant à Moukhtara, cette poésie mystique, aux sonorités et aux images vaporeuses, nimbée d’une certaine lumière, éthérée comme un chant de cithare, est aussi souvent, hélas (surtout pour les non-initiés), hermétique, si ce n’est sibylline ou énigmatique. C’est normal, puisque l’on entre de plain-pied dans le monde du Parnasse, en zone de philosophie hindoue métissée d’une vision soufie où souffle l’esprit d’Ibn el-Arabi et Ibn el-Fared. Voilà des textes d’une grande spiritualité, écrits en majeure partie initialement en français et anglais, s’échelonnant entre 1955 et 1975 et signés Kamal Joumblatt. Denses mais pas très nombreux, ainsi rassemblés, pourquoi les exhumer...