«Henry Kissinger criminel de guerre», «Mettez Kissinger en prison !» : après avoir échappé à trois recours simultanés en justice, l’ancien secrétaire d’État américain a été «rattrapé» hier par une foule de manifestants à Londres, où il donnait une conférence sur la mondialisation. «Notre monde n’est pas à vendre!», «Henry K., combien d’enfants as-tu tué aujourd’hui ?», scandaient quelque 200 manifestants devant le Royal Albert Hall, accusant M. Kissinger d’atteintes aux droits de l’homme dans les années 70 en Amérique latine et en Asie du Sud-Est. Quelques échauffourées ont éclaté entre les manifestants et des policiers, déployés en grand nombre, avant que l’ancien secrétaire d’État, âgé de 78 ans, n’arrive vers 10h45 (09h45 GMT) accompagné d’une escorte policière. M. Kissinger, qui devait s’adresser à quelque 2 500 hommes d’affaires et responsables économiques, a refusé de répondre aux questions des journalistes. Plus loin, sur une banderole en forme de billet de train, on pouvait lire: «Réservé pour H. Kissinger. Londres-La Haye (siège du Tribunal pénal international/TPI). Direct». «Nous sommes ici pour demander l’arrestation de Kissinger pour crimes contre l’humanité», déclare en agitant un drapeau chilien, Jimmy Bell, porte-parole d’International Human Rights Project, une organisation de défense des droits de l’homme. Puisque les Américains «parlent de faire la guerre au terrorisme, ils devraient commencer par traduire en justice leurs propres criminels», dit-il. Le trafic a été interrompu devant le Royal Albert Hall, où un mannequin de M. Kissinger a été érigé par le Get Kissinger Group (Mouvement pour l’arrestation de Kissinger), sous l’œil médusé des participants à la conférence arrivant en costume cravate. Londres a rejeté cette semaine deux demandes d’audition séparées de M. Kissinger formulées par les juges français Sophie-Hélène Château et espagnol Baltasar Garzon, Washington n’ayant pas donné son aval. Les magistrats tentent de rassembler des éléments sur le plan Condor, action concertée de plusieurs dictatures latino-américaines dans les années 70 visant à traquer et à éliminer les opposants politiques, quel que soit le pays où ils se trouvaient. Des Espagnols et des Français ont été assassinés en Amérique latine dans le cadre de ce plan. Le militant britannique des droits de l’homme Peter Tatchell avait demandé lundi sans succès qu’un mandat d’arrêt soit délivré à l’encontre de M. Kissinger, qu’il accuse de crimes de guerre pendant le conflit vietnamien. Dans un livre publié en 2001, intitulé Le procès de Henry Kissinger, le journaliste britannique Cristopher Hitchens concluait que M. Kissinger, un adepte de la realpolitik, était un criminel de guerre au même titre que l’ancien président serbe Slobodan Milosevic ou le général Pinochet. M. Kissinger fait l’objet à Washington d’un plainte pour l’assassinat en 1970 du chef de l’armée chilienne René Schneider, qui s’était refusé à déclencher un coup d’État contre le président Salvador Allende. La veuve du journaliste américain Charles Horman, assassiné au début de la dictature Pinochet (1973-1990), cherche de son côté à contraindre M. Kissinger à témoigner dans cette affaire. Pour Kendrick Oliver, expert de politique étrangère américaine à l’université de Southampton (sud), quelles que soient les chances de traduire M. Kissinger en justice, certains «tentent de rendre sa vie plus difficile en utilisant des procédures judiciaires».
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