Dans le centre de Jérusalem, des avions quadriréacteurs passent trois par trois sous les nuages, symboles de la puissance militaire de l’État juif en ce jour anniversaire de sa création. Le défilé aérien des gros porteurs au fuselage gris scintillant et d’hélicoptères d’assaut vrombissant au-dessus des toits rouges était hier l’un des seuls signes tangibles qu’Israël fêtait son 54e anniversaire. Les festivités, entamées la veille au soir, ont été réduites au minimum, voire même annulées purement et simplement comme à Haïfa, la grande métropole côtière endeuillée par un attentat la semaine précédente. À Jérusalem, le maire israélien Ehud Olmert avait ordonné que les feux d’artifice de la nuit de mardi à mercredi fassent le moins de bruit possible, «pour ne pas rendre les gens encore plus nerveux qu’ils ne le sont déjà». Les petits rassemblements de danses traditionnelles, solidement encadrés par des policiers et des gardes-frontières sur les dents, étaient lugubres et le centre-ville littéralement bouclé. Après cette soirée commémorative, sur laquelle planait, selon la police, la menace de nouveaux attentats-suicide palestiniens, la ville s’est assoupie, dans la chaleur pesante d’un khamsin, le vent chaud venu du désert. Les passants sont rares : quelques juifs ultraorthodoxes à chapeau noir, des travailleurs immigrés roumains ou asiatiques, et dans le vieux marché central de Mahane Yehouda, cible de plusieurs attentats, quelques vieilles femmes sépharades (juives orientales) aux lourds bijoux qui se hâtent de faire leurs courses dans les rares boutiques ouvertes. Sur la rue de Jaffa, qui joint l’est et l’ouest de Jérusalem, quelques petits groupes d’adolescents juifs, kippa (calotte) noire vissée sur le crâne, marchent, drapeaux blanc et bleu frappés de l’étoile de David flottant au vent. De loin en loin, des policiers armés montent la garde. En bas de la rue piétonne Ben Yehouda, habituellement noire de monde, des membres d’une unité spéciale antiexplosifs font sauter à coups de burin les vitres d’un véhicule blanc garé sur un trottoir, pour le contrôler. Chez les petits marchands, des drapeaux israéliens fichés dans des trompettes en plastique, comme pour un match de football, et des bombes de mousse blanche, dont raffolent habituellement les Israéliens lors des fêtes, n’ont visiblement pas trouvé preneur. Les habitants de cette partie à majorité juive de la ville ont par contre abondamment décoré habitations et véhicules de fanions aux couleurs de l’État hébreu, témoignant ainsi de leur ferveur nationaliste en ces temps troublés. À l’est, dans la vieille ville, peuplée majoritairement de Palestiniens, les Israéliens juifs qui s’y rendent ou y habitent arborent aussi de petits drapeaux bleu et blanc à l’étoile de David attachés à l’antenne radio de leurs voitures. Les policiers en uniforme bleu et les gardes-frontières, matraque noire dépassant du sac à dos, sont nombreux. Des commerçants palestiniens regardent désespérés de rares escouades de pèlerins à casquette blanche passer sans s’arrêter et s’enfoncer dans le dédale des ruelles de la vieille ville, à la recherche des lieux saints de la chrétienté. Leur préoccupation, lorsqu’on les interroge, n’est visiblement pas la fête nationale israélienne. «La fête... pour moi, le problème c’est que c’est la guerre et qu’il n’y a plus de travail. C’est vide ici», dit Achraf, un jeune chauffeur de taxi palestinien qui ne souhaite pas donner son nom de famille, en montrant les cafés et commerces désertés de la porte de Jaffa, une entrée de la cité, où se côtoient les trois grandes religions monothéistes. «Il n’y a ni paix ni touristes ici», lance le jeune homme alors que passent deux lourds véhicules bâchés de la police.
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