«On aimerait bien qu’ils sortent pour pouvoir rentrer chez nous» : les soldats qui assiègent les Palestiniens retranchés dans la basilique de la Nativité à Bethléem admettent leur lassitude, alors que l’armée dit avoir «tout son temps» pour obtenir la reddition. Bien sûr, pas question de céder. L’armée israélienne veut la reddition des trente «dangereux terroristes» qui, selon elle, se trouvent parmi les 200 Palestiniens retranchés dans l’église depuis le 2 avril. «Nous ne les laisserons pas s’échapper», répètent les porte-parole de l’armée israélienne. «Nous avons tout notre temps», ajoutent-ils, étant donné qu’il est «exclu de donner l’assaut ou d’endommager un lieu saint». La guerre d’usure se poursuit donc, entrecoupée d’échanges de tirs, de harcèlement psychologique, ou de tentatives avortées de négociations. Israël offre aux combattants deux alternatives : être arrêtés et éventuellement traînés en justice ou bien être bannis. Mais les Palestiniens les rejettent et n’ont pas cédé jusqu’à présent, en dépit de conditions très difficiles à l’intérieur du complexe religieux. Les tentatives de désolidariser les religieux et les civils ou policiers des combattants avec qui ils sont enfermés n’ont jusqu’à présent pas porté leurs fruits. «Dites bien au monde que tout ça, ce n’est pas notre faute. C’est à cause d’eux», s’écrie Ido, un soldat de 23 ans, en désignant les trottoirs brisés et les arcades à moitié détruites d’une rue qui mène à la place de la Mangeoire, où se trouve la basilique. Pour lui, les Palestiniens retranchés dans l’église représentent le «mal personnifié» et les terribles conditions de vie auxquelles sont soumis les habitants de Bethléem depuis le 2 avril ne sont que les conséquences de «la guerre terroriste» que mènent selon lui les Palestiniens à Israël. «Regardez ça, et ça», s’énerve-t-il, en désignant les portraits des «martyrs» palestiniens qui s’affichent sur les murs délabrés des maisons. «Quand je vois le regard des gens ici, j’ai peur. Ils nous haïssent», ajoute ce soldat au visage de gamin, transpirant sous son uniforme crasseux. Il crie : «Bethléem, c’est chez nous, et j’emmerde les accords (d’Oslo)», mais avoue immédiatement après n’avoir qu’une hâte : rentrer chez lui, près de Tel-Aviv, et retrouver sa petite amie. «J’espère que cela va se terminer bientôt. Tout le monde aimerait rentrer à la maison», déclare un porte-parole de l’armée, Tal Rivlin, indiquant que l’armée israélienne n’aura plus rien à faire à Bethléem une fois que sera résolue la crise de la Nativité. «Nous n’avons rien contre les civils ou les policiers de l’autorité palestinienne qui sont à l’intérieur de l’église. Mais nous ne pouvons pas laisser s’échapper ceux qui sont recherchés par Israël», assure-t-il sans animosité apparente. «Dès qu’ils sortiront, nous partirons», renchérit Sylvain, un réserviste de 29 ans qui patrouille les rues de Bethléem depuis le 2 avril. Cet informaticien de profession confie : «Je n’ai pas vu un ordinateur depuis un mois». «Je rentrais de l’étranger et je suis parti directement à la guerre, je n’ai même pas eu le temps de saluer mes enfants», explique de son côté Tal Rivlin. Les soldats croisés dans les rues désertes de Bethléem oscillent toujours entre décontraction et nervosité. À proximité de la place de la Mangeoire, ils discutent tranquillement au soleil, et un instant après, se mettent à courir en rasant les murs, M-16 pointés vers les fenêtres des maisons avoisinantes. Lorsque des Palestiniens bravent timidement le couvre-feu pour aller chercher du pain ou simplement prendre l’air, ils les contemplent, impassibles et muets. Palestinien sorti lundi de la basilique de la Nativité décrit « une prison » Un jeune Palestinien de 16 ans, fuyant «le froid et le manque de nourriture», a quitté lundi la basilique de la Nativité, après avoir été interrogé pendant plusieurs heures par l’armée israélienne, a-t-il raconté hier à la presse. «Je me suis sauvé parce qu’à l’intérieur il fait froid et que l’on est comme en prison», a déclaré Jihad Abdel Rahman, 16 ans, originaire du camp de réfugiés de Dheishé, à Bethléem, contacté hier soir par téléphone. «La situation est terrible à l’intérieur. Nous avions faim, nous ne pouvions pas dormir, et ils (les Israéliens) tirent tout le temps», a-t-il raconté. Il a expliqué avoir escaladé un des murs d’enceinte du complexe religieux. «Je me suis retrouvé face à des soldats qui m’ont ordonné de me déshabiller entièrement. Ils m’ont ensuite lié les mains, mis un bandeau sur les yeux, et m’ont emmené au Centre pour la paix» (bâtiment qui fait face à l’église de la Nativité, sur la place de la Mangeoire). Les soldats israéliens ont interrogé le jeune homme pendant plusieurs heures, le questionnant notamment sur l’état d’esprit des assiégés et le type d’armes dont ils disposent. Il a été libéré mardi. Des sources militaires israéliennes ont confirmé qu’un Palestinien était sorti de la basilique. «Nous avons vérifié son identité et nous l’avons ensuite laissé partir, comme nous le ferons pour tous ceux qui veulent sortir et n’ont rien à se reprocher», ont indiqué ces sources.
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