Ses cafés, son théâtre, sa mairie : Ramallah, qui était la ville chic des territoires palestiniens, a été défigurée par l’offensive de l’armée israélienne, entrée vendredi dans sa troisième semaine. La porte métallique de l’hôtel de ville, défoncée par la mitraille, ne ferme plus qu’avec une chaîne et un cadenas. L’édifice avait été fondé en 1908. À l’intérieur, à travers des carreaux noircis par la fumée, se devine un grand désordre. Selon des témoins, les soldats ont saccagé plusieurs bureaux et dispersé les archives. Ramallah, où habitent de vieilles familles palestiniennes, a longtemps été appréciée pour la douceur de son climat, ses belles maisons, ses restaurants et ses cafés. Proche de la célèbre université de Bir Zeit, la ville était réputée pour son élégance et sa vie intellectuelle. Selon les résidents, la dernière incursion de l’armée dans Ramallah, où vit assiégé dans son quartier général Yasser Arafat, a causé de graves destructions. Les jeunes restent terrés chez eux, couvre-feu oblige. Ils aimaient se donner rendez-vous au Checkers. Ce grand fast-food de couleur rouge occupait le premier étage de Natché, un immeuble emblématique de Ramallah, aujourd’hui dévasté. Du Checkers, il ne reste pas grand-chose en état, à part le juke-box qui a miraculeusement échappé aux tirs. Quatre étages plus haut, les rayonnages du Centre culturel français et ses 4 000 livres ont volé en morceaux sous les rafales de mitrailleuses. La cage d’ascenseur est calcinée. Ont également été touchés un centre de beauté, un cybercafé et un magasin de disques. Le centre commercial Ziadeh a été ravagé par un incendie. On y trouvait un restaurant branché et un coffee-shop. À côté, la Banque immobilière commerciale et financière a échappé au feu, mais son distributeur automatique a été apparemment visé à dessein. Sur le seuil d’al-Kasaba, «théâtre et cinémathèque» comme l’indique l’enseigne en français, George Ibrahim, le directeur général, semble sonné. «Ils ont fait ici du sabotage», dit-il. Comparé à d’autres édifices, son théâtre, inauguré il y a un an et demi, n’a pourtant que modérément souffert. Mais, bordant l’escalier de marbre, les vitrines cassées exposant des photos d’acteurs, ou les portes aux poignées arrachées, n’en sont que plus visibles. «Les soldats sont venus deux fois, il y a cinq jours. Il n’y avait personne dans le théâtre», affirme-t-il. Il désigne le trou causé par une balle dans la cabine du projectionniste. À deux pas, les locaux du Centre palestinien des télécommunications sont dévastés. Les portes intérieures ont été arrachées avec leurs huisseries et des morceaux de mur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ses cafés, son théâtre, sa mairie : Ramallah, qui était la ville chic des territoires palestiniens, a été défigurée par l’offensive de l’armée israélienne, entrée vendredi dans sa troisième semaine. La porte métallique de l’hôtel de ville, défoncée par la mitraille, ne ferme plus qu’avec une chaîne et un cadenas. L’édifice avait été fondé en 1908. À l’intérieur, à travers des carreaux noircis par la fumée, se devine un grand désordre. Selon des témoins, les soldats ont saccagé plusieurs bureaux et dispersé les archives. Ramallah, où habitent de vieilles familles palestiniennes, a longtemps été appréciée pour la douceur de son climat, ses belles maisons, ses restaurants et ses cafés. Proche de la célèbre université de Bir Zeit, la ville était réputée pour son élégance et sa vie...