Le risque de l’abstention pèse sur la prochaine élection présidentielle française, tant en raison des vacances scolaires de printemps et des ponts du mois de mai que de la tendance des Français à ne voter que par intermittence. Le premier tour, le 21 avril, intervient en plein milieu des congés scolaires à Paris et sa région, et à Bordeaux (sud-ouest), et le second tour, le 5 mai, se situe entre la fête du Travail, celle de la Victoire (8 mai) et le jeudi de l’Ascension. Conjugués aux jours de compensation de la réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures, RTT, ce calendrier va obliger beaucoup de Français, loin de leur domicile le jour de l’élection, à choisir entre le vote par procuration et l’abstention. Voter par procuration est une démarche assez simple mais plus contraignante que de mettre son bulletin dans l’urne au jour prévu, et cela peut dissuader plus d’un électeur, surtout s’il n’est que modérément motivé par le scrutin, cas d’un nombre croissant de citoyens français. En effet, depuis une vingtaine d’années, et même quand les vacances scolaires ne perturbent en rien le calendrier, l’abstention progresse. Elle a atteint un sommet lors du référendum sur la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans, en septembre 2000, pour lequel 70 % des électeurs ne se sont pas dérangés, et a touché un tiers de l’électorat pour les élections législatives de 1997 et les municipales de 2001. La présidentielle est traditionnellement moins boudée par les Français, mais n’est pas pour autant épargnée par la tendance générale. L’abstention est ainsi passée au second tour (qui mobilise généralement plus les électeurs que le premier), de 12,7 %, en 1974, son plus bas niveau historique, à 14,1 % en 1981, 15,7 % en 1988 et 20,3 % en 1995. Mais rares sont les Français qui s’abstiennent systématiquement à tous les scrutins. En 1995, selon une étude de l’institut officiel de la statistique, INSEE, seulement 11 % des électeurs se sont abstenus à la fois aux deux tours de la présidentielle et aux deux tours des municipales qui se tenaient dans la foulée, 55 % ont participé à tous ces scrutins et un tiers s’est partagé, d’un dimanche à l’autre, entre participation et abstention. À côté des abstentionnistes systématiques, auxquels il faut ajouter ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales (près de 10 % des Français), une large part de la population s’abstient donc épisodiquement, pour des raisons pratiques ou par insatisfaction vis-à-vis des candidats proposés. Le mécontentement envers le système politique explique aussi la croissance des bulletins blancs et nuls, de 1,1 % en 1974 à 2,5 % en 1981, 3,1 % en 1998 et 4,8 % en 1995. De plus en plus de voix s’élèvent d’ailleurs pour demander que, dans le décompte des voix, les votes blancs, qui expriment un message politique, et les bulletins nuls, qui résultent le plus souvent d’une erreur de l’électeur, soient différenciés.
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