Sami a imprimé et affiché avec respect la photo d’une jolie fille. Une Palestinienne de 16 ans qui s’est fait «exploser» le 29 mars dans un centre commercial de Jérusalem, entraînant deux Israéliens dans sa mort. Ce journaliste palestinien de 35 ans n’a pourtant rien d’un exalté ou d’un kamikaze en puissance. Pas plus que Mohammed, qui chantonne «Chahid, Chahid» (martyr, martyr), en préparant du café. Mais dans une société palestinienne saturée de violence, étouffée par l’absence de perspectives et vivant les opérations israéliennes comme une humiliation collective, le culte du martyr et l’exaltation des héros de l’intifada a tendance à cimenter et unifier. Le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat a lui-même déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à «mourir en martyr» pour un État palestinien. Les «martyrs» – un terme qui recouvre tout Palestinien tué dans le conflit avec Israël, qu’il soit activiste, kamikaze ou civil – sont omniprésents, dans les conversations, sur les affiches, à la télévision. Il se trouve de moins en moins de voix pour condamner les attentats-suicide qui frappent indistinctement des civils et des militaires en Israël. Lorsque, le soir de l’attentat de Netanya le 27 mars, la télévision Al-Manar du parti intégriste libanais Hezbollah évoquait «une opération réussie», il n’y en a pas eu beaucoup pour broncher. Les attentats s’inscrivent dans une logique de violence extrême devenue la routine. «Ici, un enfant est tué presque quotidiennement par des soldats israéliens. Qui en parle ? Nous n’avons pas d’autre choix. Les opérations-suicide, c’est la seule résistance qui nous reste face à l’occupation israélienne, face aux chars et aux F-16», entend-on comme un leitmotiv. «Lorsque j’apprends la nouvelle d’un attentat-suicide, je suis horrifié. Mais l’extrémisme nous a poussés, Israéliens et Palestiniens, aux instincts les plus primaires : manger, et tuer», constate avec rage Iyad Sarraj, psychiatre et fondateur du Programme de santé mentale à Gaza. «Il n’y a plus d’espace pour le raisonnement : c’est eux contre nous, nous contre eux. Pour Sharon, les Palestiniens sont tous des sous-hommes ou des terroristes. Croyez-moi, nous recevons très bien ce message. Et quand vous n’avez ni espoir ni dignité, vous basculez dans l’extrémisme, c’est logique», ajoute M. Sarraj. Depuis le début de l’intifada, ce psychiatre n’a pourtant pas ménagé ses critiques envers l’Autorité palestinienne. Il prône un soulèvement non violent, «afin de prouver à l’opinion publique israélienne que (le Premier ministre Ariel) Sharon ne veut pas la paix et que les Palestiniens sont les victimes». Mais lui-même s’incline devant la violence, inéluctable selon lui : «Face à des traitements inhumains, les Palestiniens développent une résistance inhumaine. Le vivier de martyrs potentiels s’élargit chaque jour. Les gens les plus modérés commencent à l’accepter», estime-t-il. Sans nier le rôle joué par les partis islamistes et leur influence sur de jeunes désespérés, il estime toutefois que les traumatismes personnels, les humiliations quotidiennes infligées par l’occupation israélienne, influencent largement les itinéraires meurtriers des kamikazes. «Une fille de 16 ans va se faire exploser à Jérusalem. Des milliers de jeunes se portent candidats à des opérations-suicide. Est-ce normal ? Ne croyez-vous pas qu’il faudrait commencer à se demander pourquoi on en est arrivé là ?», interroge le vice-ministre palestinien du Logement Marouan Abdel Hamid. «Lavage de cerveau», répond d’abord un responsable de l’Onu en poste depuis plusieurs années à Gaza. Avant d’ajouter: «Ces jeunes n’ont plus aucun espoir. La situation est devenue tellement difficile, ils n’ont plus rien à perdre». Halte dans les attentats-suicide … mais jusqu’à quand L’armée israélienne, en prenant le contrôle des villes palestiniennes de Cisjordanie l’une après l’autre, semble avoir réussi à enrayer les attentats-suicide même si les commentateurs israéliens doutent de l’efficacité de la seule réponse militaire aux violences palestiniennes. Après une vague de six attaques qui ont coûté la vie à une quarantaine d’Israéliens, aucun attentat n’a été commis depuis lundi. Israël a par ailleurs affirmé avoir fait prisonniers un nombre important de Palestiniens recherchés pour «activités terroristes» dont certains dans le QG de la Sécurité préventive du colonel Jibril Rajoub, près de Ramallah. Cependant, des commentateurs israéliens estiment que l’offensive militaire, même si elle a mis la pression sur les kamikazes, ne pourrait pas les empêcher de se réorganiser, à plus long terme, pour commettre d’autres attentats. «Il ne faut pas se faire d’illusions, la terreur continuera à faire partie de notre vie quotidienne après l’opération», a averti Roni Shaked dans le quotidien Yediot Aharonot, estimant que seule une partie des armes avait été saisie et seule une partie des activistes avait été capturée. Après l’opération israélienne, «les Palestiniens et les Israéliens se haïront plus et personne n’aura la volonté de parler de nouveaux accords», a-t-il souligné. Selon lui, «les accords d’Oslo (sur l’autonomie palestinienne) ont été brûlés avec tous les autres accords» signés depuis 1993. «L’un des résultats (de l’opération) est que l’Autorité palestinienne ne fonctionnera plus pour ne pas dire qu’elle n’existe plus», ce qui prive Israël d’interlocuteur. Dans le même journal, Alex Fishman s’est montré sceptique. «La question n’est pas de savoir comment évolue l’opération dans son premier jour ou sa première semaine mais ce qui viendra après. L’expérience militaire a démontré que lorsque la partie la plus forte attaque, les terroristes se cachent pour réapparaître plus tard», écrit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sami a imprimé et affiché avec respect la photo d’une jolie fille. Une Palestinienne de 16 ans qui s’est fait «exploser» le 29 mars dans un centre commercial de Jérusalem, entraînant deux Israéliens dans sa mort. Ce journaliste palestinien de 35 ans n’a pourtant rien d’un exalté ou d’un kamikaze en puissance. Pas plus que Mohammed, qui chantonne «Chahid, Chahid» (martyr, martyr), en préparant du café. Mais dans une société palestinienne saturée de violence, étouffée par l’absence de perspectives et vivant les opérations israéliennes comme une humiliation collective, le culte du martyr et l’exaltation des héros de l’intifada a tendance à cimenter et unifier. Le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat a lui-même déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à «mourir en...