Les réservistes israéliens semblent plus que jamais motivés pour partir en guerre, devançant même l’appel sous les drapeaux, pour «défendre leurs foyers» selon les termes du Premier ministre Ariel Sharon. Pour s’en convaincre, il suffit de les voir arriver, sérieux et déterminés, accompagnés parfois par un parent inquiet à un point de rassemblement près d’un parc de loisirs au nord de Tel-Aviv. «Promets-moi de ne pas faire de bêtises et de revenir à la maison sain et sauf», dit Tsvia, la mère d’Erez, qui a achevé récemment son service dans le génie militaire au grade de sergent-chef et retourne pour la première fois à son unité quelque part dans le centre de la Cisjordanie. «C’est à vous de me jurer de ne pas vous exposer aux attentats terroristes palestiniens, moi je vais justement tenter d’éradiquer le phénomène à la source», rétorque le jeune homme. Il promet à sa mère et à son père, taciturnes, tout ce qu’ils veulent, et s’empresse de filer vers le lieu de rassemblement où des dizaines d’autobus attendent les soldats. Ils se tapent sur l’épaule comme pour s’encourager, tandis que deux soldates à l’entrée d’un barrage de fortune, épaulées de deux officiers, vérifient minutieusement les identités. Plus loin, de très jeunes soldats d’active scrutent la clôture autour du site, où en d’autres temps des dizaines de milliers d’adolescents et de jeunes gens assistaient aux concerts en plein air de Michael Jackson ou de Madonna. Lundi dernier, le sergent-chef de réserve Ophir Roth, qui attendait avec d’autres au point de ramassage de Jérusalem-Est, a été tué d’une balle tirée par un tireur d’élite palestinien. Sous la grande roue des manèges désertés en ces vacances de Pâques, une grande et mince jeune fille brune échange un long baiser avec son amoureux nullement gêné par son fusil M16. Si tous laissent derrière eux leurs problèmes quotidiens, ils craignent surtout, disent-ils, «les combats en milieu urbain» et sachant que «cette fois-ci c’est dangereux», comme l’explique un officier qui refuse d’être identifié. Mais, pour l’officier en chef chargé des réservistes, le général Ariel Heyman, «quel que soit le danger, la motivation est très élevée, et 95 % des civils ayant reçu l’ordre 8 (d’appel des réservistes) se sont déjà présentés à leurs unités respectives». À titre d’exemple, 25 étudiants et professeurs de l’université de Beersheba (sud) qui, devançant l’appel, se sont présentés pour servir dans leur unité dans la bande de Gaza, a indiqué l’un d’eux, Moshe Mor. L’un des réservistes qui s’est présenté samedi est Omri Sharon, le fils du Premier ministre. «C’est de tout cœur qu’il a pris la route de son unité d’élite en Cisjordanie après avoir téléphoné à son père qui l’a exhorté à faire attention à lui», ont affirmé ses amis au quotidien Yediot Aharonot. Israël a mobilisé vendredi quelque 20 000 réservistes, soit le plus important rappel depuis 20 ans, mais il ne s’agit que d’une faible portion des effectifs et les analystes sont partagés sur l’éventualité d’autres rappels. Ce rappel devrait coûter 105 millions de dollars, selon des sources militaires, qui indiquent que ces forces sont destinées à renforcer les divisions (30 000 hommes) actuellement déployées : deux en Cisjordanie et la troisième dans la bande de Gaza. Les effectifs de Tsahal ne sont pas du domaine public, mais le centre Jaffee pour les études stratégiques à Tel-Aviv estime qu’ils s’élèvent à environ 186 500 en ce qui concerne les troupes actives et que le nombre de réservistes se situe entre 400 000 et 445 000.
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