«Quand soufflent les vents contraires, les marins baissent les voiles»... Les événements politiques et les aléas économiques obligent les créateurs de se mettre au pas, comme la marine le fait pour la tempête. Aux collections de ce printemps-été pourtant, l’affluence fut grande (1 500 journalistes accourus à Paris du monde entier) comme si entre l’Afghanistan et les menaces économiques, les chiffons permettaient une agréable pause-café... Il faut dire qu’entre Paris et New York se trame une guerre en dentelles à peine moins sanglante que la confrontation armée... Compte tenu toutefois des rigueurs financières imposées au pays de l’Oncle Sam, Paris a été amicalement sollicité de grouper les défilés des grands de la mode dans un espace-temps serré pour éviter à ses messagers des va-et-vient ou des séjours trop longs... Ce qui, bien entendu, a froissé et frustré les jeunes créateurs exclus de l’occasion de se faire connaître du continent à dollars... Moins de folies et plus de portables La mode se calme... Telle est l’impression générale autant de la presse que du public. Est-ce là le résultat d’une réflexion comptable ou la lassitude fatale face aux inspirations dé- mentes? Le fait est là, brutal et bavard: les chiffres d’affaires sont à la baisse à Paris... Les attentats du 11 septembre y sont certes pour beaucoup. Après un tel électrochoc, il ne faut pas s’attendre à de razzias sur les robes du soir ou les extravagances des couturiers au talent surréaliste... Les créateurs français ont pourtant reçu le message. Bémol aux divagations, aux songes apocalyptiques, au surréalisme vestimentaire. On revient à la première fonction du vêtement qui se traduit par un seul adjectif: «portable et fonctionnel si possible». Que de détours pour arriver à ce que Galliano propose : des vêtements non seulement portables mais magnifiques de goût et de technique... Le tout, entendons-nous, d’un luxe et d’un précieux des plus éliminatoires. Mais que voulez-vous... Quand on est dans la haute-couture, on ne crée pas pour Emaus et l’abbé Pierre. Galliano donc, sous sa propre griffe, propose de géniales mosaïques de fourrures, de chapeaux-coussins, de vestes-bouées et même de masques peints sur les étoffes. Un délire? Sans doute. Mais plein de talent et preuve éclatante de cette géniale technique. Les acheteurs professionnels américains d’ailleurs ont commandé, malgré la crise, comme rarement auparavant. Le créateur japonais Yohji Yamamoto, après une longue résistance aux «looks» européens et américains, se soumet pour la première fois aux jeans et aux doudounes. Il oppose, certes, une touche personnelle en ajoutant aux vestes des impressions sur les omoplates... Mais ce Brutus de la création se place ainsi loin de ses monacales créations d’autrefois... Chez Ungaro, le successeur du maître dans la création, Jean Baptista Vallé, a réussi une version fidèle à l’esprit «renouveau». Des volants à la tzigane, des ceintures de soie nattée, un romantisme qui dépayse sans toutefois atteindre le niveau du maître de la griffe. Chez Christian Lacroix, l’été est écarlate... Mousseline rouge éclaboussée de noir, amples jupes du soir sur petit pull sans manches, ampleurs retroussées et grands manteaux de cour... Le tout couleur de flammes et de passion. Camouflage soigneux du luxe chez Vuitton, par le créateur en titre Marc Jacob: vison rasé, soie froissée, cachemire taillé en blouson, alpaga précieux traité en laine bouillie... Jouer au prolétaire en portant ses bijoux semble être le mot clef de cette vieille maison du luxe. Le défilé de Mc Queen, à la Conciergerie, réservait des frissons et des surprises. Escortant sur le podium un petit chaperon en mauve, des loups en cage ou en laisse défilaient sous les voûtes au milieu d’une envolée de mannequins, masqués et bardés de cuir... Une consécration phantasmagorique pour Mc Queen devenu, grâce au financement de Gucci, enfin maître chez lui... Tom Ford pour Yves Saint Laurent Rive Gauche inaugurait son envol en solitaire, après le départ du grand Y (lire Saint-Laurent) confirmant des vertus déjà reconnues: sous un grand chapiteau noir, dressé dans le jardin du Musée Rodin, Tom Ford, en digne successeur, évoqua le grand siècle. Corsets lacés et pantalons de marquis, manches à volants et jupes à la Watteau... Côté cinéma, la fête fut réussie... En matière de vêtements pourtant, la conviction ne fut pas aussi unanime. Les jupes à paniers c’est beau en tableau. Arpenter rues et couloirs ou voyager dans cette tenue (même en Concorde) présenterait quand même certaines difficultés... Fidélité aveuglée au «style toujours recommencé» pour Chanel. Du Coco vu, revu, revisité. Ou plutôt réinventé par Lagerfeld, qui poursuit les variations sur thème connu à l’infini. Ce qui se traduit par de petites laines et pyjamas flottants, des pulls noués à l’épaule (30 différentes teintes). Sonia Rykiel, fidèle à elle-même, à son succès et à son style, a su convaincre ses 2000 invités: simplicité peut dire beauté... Sous une tente géante dressée au-dessus des fontaines du Trocadero, une trentaine de mannequins, sur fond de musique, ont plaidé pour la vision juste et personnelle, pratique et féminine de la grande dame de la petite laine...
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