Nom : Kerbaj (fils d’Antoine, le comédien). Prénom : Mazen (fils de Laure Ghorayeb, la peintre). Voilà pour les présentations à caractère social. Mais Mazen Kerbaj, 26 ans, auteur et dessinateur de bande dessinée au fond des tripes, créatif dans une boîte de publicité par défaut, reconnaît aisément ce qu’il a hérité de ses parents : «De mon père, j’ai la sociabilité, de ma mère, le dessin et la langue française». Gribouilleur depuis l’enfance, encouragé par sa famille et motivé par un grand frère «qui dessinait toujours mieux que moi, forcément», il noircit le papier jusqu’à 10 ans «pour s’amuser», alors que son coup de crayon s’amorce. Modeste ou cynique – avec lui on ne sait jamais –, il rétorque avoir «simplement continué à dessiner, alors que les autres se laissent intimider et s’arrêtent». Les années passent et Mazen Kerbaj adolescent comprend plus que jamais que son mode personnel d’expression passe par la bande dessinée et s’intéresse de très près aux travaux de sa mère, dont il découvre «les signes et le travail» en profondeur. L’artiste à proprement parler sort de sa coquille et s’inscrit à l’Alba, faute de mieux (il n’y pas d’école de BD locale). Années bouleversées Au milieu de la flopée d’albums commerciaux qui envahit les librairies chaque année, Mazen Kerbaj a du mal à se contenter des rares opus d’auteurs (selon lui, pas plus de deux). Alors, faute de mieux là aussi, il se rabat, à 18 ans, sur les livres, dont Le Procès de Kafka, «le seul que j’avais sous la main à ce moment-là». Son premier grand choc littéraire – suivi de près par des Michaux et autres Pessoa –, auquel il rend hommage dans son Journal 1999, sponsorisé par l’Alba et publié à compte d’auteur en 2000. Puis, entre 1997 et 1999, il voyage et voit «pour la première fois de vrais tableaux» à Amsterdam et s’embrase pour Van Gogh. Troisième bouleversement : la musique improvisée libre. Bref, Mazen Kerbaj passe du presque rien au tout extrême et l’évolution est évidente dans ses dessins : il exécute en 1999 ses «premières tentatives d’improvisations», là où disparaissent les tics académiques et où les influences livresques, picturales et musicales trouvent leur expression exacte dans les planches : à cet égard, les comptes-rendus de concerts de «free music» du Journal sont particulièrement révélateurs. Bombardé de l’intérieur Mais l’éternelle ironie qu’il cultive à son propre égard lui fait régulièrement déchirer et renier ses histoires graphiques antérieures (presque plus aucune trace de ses dessins d’adolescent) : selon lui, Josefzaboudneirjoudjoubarmilatenki, qui regroupe les grinçantes séquences publiées dans L’Orient-Express, est un «péché de jeunesse». Verdict sans appel, comme ses coups de gueule sur l’art, les artistes et pas mal de choses et de gens dans ce pays. Alors, au lieu de chercher midi à quatorze heures l’inspiration ailleurs, Mazen Kerbaj préfère s’ériger en personnage principal de ses bandes dessinées, d’abord, ironie oblige, parce qu’il s’estime «suffisamment intéressant et contradictoire» pour cela et qu’il peut, ensuite, se «bombarder de l’intérieur», comme l’a fait avant lui Kafka. Son propre héros donc, mais aussi son propre éditeur pour trois parutions au format poche, Le pique-nique, Le point noir et Le bout du tunnel – un peu dans l’esprit de la fabuleuse collection «Patte de mouche» de L’association. En mai prochain, il publiera Tênh-Tênh, un portfolio de six pages sur le meilleur représentant d’Hergé, Tintin, en attendant le Festival de la bande dessinée à Beyrouth, en juin, pour lequel il prépare un album en couleurs à partir de poèmes de Laure Ghorayeb. Avec un style en constante évolution, en perpétuelle révolution contre sa propre image, – l’essentiel étant de «faire un pied de nez à la norme», Mazen Kerbaj est assurément un des plus authentiques auteurs de bande dessinée, un des plus inattendus aussi. Pour sauver l’honneur bafoué de l’art improvisé. Diala GEMAYEL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nom : Kerbaj (fils d’Antoine, le comédien). Prénom : Mazen (fils de Laure Ghorayeb, la peintre). Voilà pour les présentations à caractère social. Mais Mazen Kerbaj, 26 ans, auteur et dessinateur de bande dessinée au fond des tripes, créatif dans une boîte de publicité par défaut, reconnaît aisément ce qu’il a hérité de ses parents : «De mon père, j’ai la sociabilité, de ma mère, le dessin et la langue française». Gribouilleur depuis l’enfance, encouragé par sa famille et motivé par un grand frère «qui dessinait toujours mieux que moi, forcément», il noircit le papier jusqu’à 10 ans «pour s’amuser», alors que son coup de crayon s’amorce. Modeste ou cynique – avec lui on ne sait jamais –, il rétorque avoir «simplement continué à dessiner, alors que les autres se laissent intimider et...