Si l’objectif affiché par Ariel Sharon est d’isoler Yasser Arafat, le président palestinien paraît plus soutenu que jamais dans les territoires autonomes. À Gaza, les Palestiniens de la rue se disent prêts à se ruer sur les points de contrôle israéliens si l’armée israélienne touche à un cheveu de leur vieux chef, totalement encerclé par les chars israéliens dans son QG de Ramallah (Cisjordanie). Ceux-ci ont même ouvert le feu contre son bureau personnel et, selon sa garde personnelle «sa vie est en danger» et la situation est «très, très dangereuse». Les Palestiniens de Gaza ont les yeux rivés sur leurs téléviseurs et les oreilles collées à leurs postes de radio pour suivre minute par minute la situation à Ramallah. «Je ne peux m’empêcher de pleurer. J’ai très peur pour le président Arafat. Que ferons-nous s’ils le tuent ? Pour moi, ce serait la fin du monde. Mais quelque chose me dit qu’il survivra. J’espère, en tout cas», confie Hala Alaam, un secrétaire. «Arafat n’est pas seulement notre chef mais aussi notre symbole et notre image. Rien ne peut arrêter notre résistance pour arracher notre liberté et nous sommes confiants qu’Arafat nous conduira à l’indépendance», explique pour sa part un chauffeur de taxi de 45 ans, Ali Moustafa. Arafat avait fait de Gaza son QG lorsqu’il a regagné en 1994 les territoires palestiniens dans la foulée des accords d’Oslo, mais depuis décembre il est bloqué au siège annexe de l’Autorité autonome en Cisjordanie par la volonté d’Ariel Sharon. A plusieurs reprises les blindés israéliens ont approché des bâtiments, mais jamais aussi près que vendredi matin, lorsqu’un bulldozer a abattu un pan de mur d’enceinte pour que l’armée israélienne ait ses bureaux «dans le collimateur». Cette action, en représailles d’un attentat-suicide du mouvement intégriste Hamas qui a fait une vingtaine de morts mercredi soir dans le nord d’Israël, a entraîné des fusillades avec sa garde personnelle, faisant plusieurs blessés. «Nous sommes prêts à mourir s’il touchent à un seul de ses cheveux. Rien ne nous empêchera de tuer chaque Israélien que nous trouverons», affirme un militant armé du Fateh à Gaza. «Nous n’avons plus rien à perdre. Les avions et les chars israéliens ne nous vaincront jamais», assure Hosni Hachem, un commerçant, qui confirme que les épiceries ont été prises d’assaut jeudi soir lorsque la menace d’offensive israélienne s’est précisée. «Les hommes ont fait des provisions de vivres pour leurs familles. C’est ce que font les gens en temps de guerre. Ils stockent les marchandises puis courent combattre l’ennemi». Plusieurs groupes armés palestiniens ont annoncé avoir massé des effectifs à la frontière avec Israël en prévision d’une éventuelle invasion de Gaza, et beaucoup d’habitants avouent n’avoir que peu dormi la nuit dernière. Des chants patriotiques résonnent par les fenêtres ouvertes des habitations de Gaza, diffusés par la télévision palestinienne sur fond d’images de l’offensive israélienne à Ramallah, la plus importante depuis les accords d’Oslo de 1993. En réponse à Sharon, qui l’a qualifié d’«ennemi» et a affirmé vouloir l’«isoler», Arafat a rétorqué qu’aucun Palestinien ne mettrait jamais le genou à terre. Selon Ahmed Khalil, un professeur de 38 ans, ce défi d’Arafat a mis du baume au cœur des Palestiniens du territoire. «Les gens sont déchaînés. Nous nous sentons humiliés par l’attaque contre notre président. Nous sommes prêts à mourir pour le secourir. Arafat incarne la dignité des Palestiniens. S’il est abattu par Israël, nous n’aurons d’autre choix que de combattre jusqu’à la mort. Ce sera eux ou nous !».
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