Hier jeudi 21 mars, l’Amicale des anciens de l’Alba fêtait l’Année Alexis Boutros. Il est permis à cette occasion de se remémorer quelques aspects de la vie peu banale de ce novateur. Le 15 mars 1943, un décret présidentiel autorise Alexis Boutros, ingénieur, entrepreneur, licencié en chimie et grand amoureux de musique classique, à fonder l’Académie libanaise des beaux-arts, mieux connue par son sigle Alba, aube dans la langue de Dante. Une date et un nom symptomatiques quand on pense que huit mois plus tard naissait la jeune République libanaise. Pour obtenir ce décret historique, le passé d’Alexis Boutros, créateur en 1937 de l’Ama, l’Association des musiciens amateurs, et sa réputation déjà bien établie de chef de chorale et d’orchestre ont servi de lettres de créance. L’incompatibilité fondamentale entre l’art de la musique, qui est concerné par la combinaison des sons, et les beaux-arts qui ont pour objet la représentation du beau plastique, n’a été relevée par personne. Mais qui, en ces temps d’espoir exalté, avait l’esprit à ergoter sur des définitions ? Honoré par cette promotion, le chef d’orchestre se mua immédiatement en homme orchestre, décidant tout de tout et pour tous, trouvant le temps avec cela de diriger des oratorios et donner des cours de résistance des matériaux. Mais l’Alba prit quand même son essor, en raison de judicieuses décisions concernant le corps professoral. C’est ainsi que pour l’école d’architecture, pièce maîtresse de cette institution, Alexis Boutros fit appel à des urbanistes, des architectes et des ingénieurs de renom, les mettant sous la direction d’un polytechnicien de haut niveau. Il confia l’école de peinture et de sculpture à un peintre de grand talent et la musique, son enfant chérie de toujours, à un violoncelliste russe. Tout alla pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles jusqu’au jour où la boulimie pour la création de nouvelles facultés de ce charismatique pionnier commença à poser problème. Ne faisant aucune distinction entre école d’art, institut, faculté ou université, Alexis Boutros ajouta des sections on ne peut plus hétéroclites à son Académie des beaux-arts. Au fil des années, on vit apparaître l’art dramatique, la chorégraphie, les lettres, les sciences politiques et économiques, une école normale et, pour couronner le tout, une école de droit, objet quelque temps après sa création de violents soubresauts qui la firent interdire officiellement et définitivement. Avec des partitions aussi disparates, la symphonie devenait dissonante et l’Alba faillit y perdre son âme. Aujourd’hui, débarrassée enfin de sa flottille d’écoles parfaitement inutiles et renforcée en revanche de sections plus compatibles avec sa véritable vocation qui est l’art des formes et de tout ce qui en découle on peut, confiant, emprunter à la Ville Lumière sa devise : «Fluctuat nec mergitur», et dire : «Vogue Alba, mais ne sombre pas». G. SEROF
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Hier jeudi 21 mars, l’Amicale des anciens de l’Alba fêtait l’Année Alexis Boutros. Il est permis à cette occasion de se remémorer quelques aspects de la vie peu banale de ce novateur. Le 15 mars 1943, un décret présidentiel autorise Alexis Boutros, ingénieur, entrepreneur, licencié en chimie et grand amoureux de musique classique, à fonder l’Académie libanaise des beaux-arts, mieux connue par son sigle Alba, aube dans la langue de Dante. Une date et un nom symptomatiques quand on pense que huit mois plus tard naissait la jeune République libanaise. Pour obtenir ce décret historique, le passé d’Alexis Boutros, créateur en 1937 de l’Ama, l’Association des musiciens amateurs, et sa réputation déjà bien établie de chef de chorale et d’orchestre ont servi de lettres de créance. L’incompatibilité...