Le cas d’une adolescente Marocaine dont le père refuse qu’elle aille à l’école sans son foulard islamique suscite l’embarras en Espagne, où partisans de la tolérance envers les immigrés s’opposent à ceux qui jugent le port du «hidjab» contraire aux valeurs nationales. Samedi soir, le ministre de l’Éducation de la Communauté de Madrid Carlos Mayor Oreja a autorisé Fatima, la jeune fille de 13 ans, à se rendre à l’école publique «sans condition», estimant «qu’il y avait d’autres précédents à Madrid d’enfants scolarisés avec des voiles» et qu’il n’existait pas de «normes légales» interdisant l’accès à l’école d’enfants avec des foulards. L’adolescente devrait donc en principe reprendre les cours lundi 18 mars au collège public d’El Escorial, l’Instituto Juan de la Hera, où les élèves ne sont pas contraints de porter l’uniforme. Toutefois, la directrice de sa nouvelle école, Delia Duro, avait averti qu’elle ne tolérerait pas le port du «hidjab», qui constitue selon elle «un symbole de soumission de la femme» et une violation des droits constitutionnels de Fatima. Le débat, qui rappelle la controverse passionnée qui avait éclaté dans les écoles de France au début des années 1990, est l’une des premières illustrations du choc culturel lié à l’installation massive d’étrangers en Espagne, en vertu d’une politique d’immigration généreuse menée depuis quelques années pour compenser une natalité déclinante. Fatima, une adolescente Marocaine vivant à El Escorial, à 40 km à l’ouest de Madrid, avait été inscrite à la rentrée 2001 dans une école privée catholique sous contrat avec l’État, vers laquelle elle avait été orientée par les autorités faute de places dans un établissement public. Mais Fatima n’était plus scolarisée depuis novembre à la suite d’un conflit entre la direction de l’école et le père de la jeune fille, qui s’oppose à ce qu’elle porte l’uniforme obligatoire, jugé indécent au regard des coutumes islamiques, et se rende en cours sans porter le foulard. «Ma fille n’ira à l’école que si elle se couvre», a rétorqué samedi au quotidien El Pais le père de Fatima, Ali E., un ouvrier originaire d’al-Hoceima (nord du Maroc) qui a fait venir sa femme et ses quatre enfants l’automne dernier après avoir vécu seul en Espagne pendant treize ans. Au regard de la loi, chaque établissement scolaire décide lui-même des normes à adopter en matière de tolérance religieuse. Dans le cas présent, la directrice de l’école Juan de la Hera a reçu le soutien de la ministre espagnole de l’Éducation, la conservatrice Pilar del Castillo. Les élèves immigrés et leurs parents «doivent logiquement s’adapter aux us et coutumes existant en Espagne», a estimé Mme del Castillo. L’opposition socialiste a approuvé cette démonstration de fermeté. Fatima «ne peut aller à l’école vêtue du voile, car c’est un acte humiliant et discriminatoire contre la femme et notre constitution l’interdit», a déclaré le porte-parole socialiste au Congrès des députés Adolfo Navarro. «La prétention du père, qui veut que sa fille n’aille pas en classe si elle n’est pas vêtue du tchador, ne peut être légitime sous aucun prétexte», estimait pour sa part samedi le quotidien de droite ABC dans son éditorial. Un point de vue qui est loin d’être partagé par tout le monde. Le porte-parole de l’Association des travailleurs immigrés marocains en Espagne (Atime), Mustapha el-Mrabet, a ainsi jugé que les musulmans «ont leurs propres paramètres culturels. On peut cohabiter dans la paix et l’harmonie». Il a par ailleurs regretté que le débat sur l’accès des immigrés à l’enseignement se réduise à une polémique sur le port du foulard. Pour le quotidien El Mundo, «le débat est complexe et ne peut être tranché par un oui ou un non à l’usage du tchador». Selon ce journal réputé proche du gouvernement conservateur, «il vaut mieux opter pour la tolérance, car notre propre culture reste envahie de références machistes que personne n’essaye d’éradiquer à coups de prohibitions».
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