La disparition tragique d’un homme politique, fût-il controversé de son vivant, doit être une occasion pour méditer et pour s’interroger. Dans le brouhaha des explications et des analyses qui ont suivi la disparition d’Élie Hobeika, il faut que nous méditions cette fatalité qui transforme un quotidien paisible en véritable situation de guerre. Et qui ajoute aux morts de la guerre encore d’autres victimes : chose que l’on croyait désormais impossible dans une république en principe pacifiée. Un moment de méditation donc, et un moment d’interrogation également, car l’homme qui a été assassiné s’apprêtait à dire sa vérité, qui n’est pas la vérité officielle, sur un drame qui aura marqué notre mémoire. Élie était poussé par l’urgence de parler. Il cherchait à se départir de son silence et à se débarrasser d’un passé qu’il subissait comme un préjudice moral, infâme et injustifié. L’histoire venait lui offrir l’occasion, avec le procès qui devait se tenir à Bruxelles et qui lui aurait permis de donner sa version et de clamer – il le disait haut et fort – son innocence. Ses ennemis lui ont refusé ce que l’histoire, enfin, lui a accordé : son droit, le droit de tout homme à la justice. Le paradoxe de cet homme est qu’il a été entier dans ses engagements. Homme de guerre, il a combattu pour ses convictions, pour ce qu’il croyait être l’intérêt de sa communauté. Et pas, comme bien d’autres, pour se faire bien voir auprès d’une clientèle, auprès de fidèles, ou dans l’espoir d’une quelconque promotion. Homme de paix, il n’a eu de cesse de mettre fin à la guerre : pour preuve, sa tentative à l’époque de l’accord tripartite, comme sa gestion des différents ministères qu’il a occupés. Voilà pourquoi il n’a jamais pu faire partie de la classe politique qui l’entourait. H.K. Il y avait de l’allure dans ta volonté de refuser à tes concitoyens et à tes proches les explications que tu détenais et que l’on ne réserve peut-être qu’à Dieu. J’ai été le témoin des viols de ta vie privée, comme celui du mépris affiché, en ce qui te concerne, à la présomption d’innocence. Mais j’ai toujours été rassuré par ta densité, par ton code de l’honneur. H.K. Cette pléthore de personnages contradictoires que tu endossais successivement, ou simultanément (chose que certains imbéciles qualifiaient de faiblesse), était en fait la manifestation de ton énergie, de ton imagination, de ta sensibilité, de ta culture humaniste, de tes structures et références intellectuelles, et de ta moralité. Ta remarquable polyvalence intellectuelle, ta recherche permanente du défi, ton exceptionnel charisme, ton courage dans l’adversité vont demeurer un exemple pour tes camarades et pour tes amis. Seule leur foi pourra faire supporter ta tragique absence à ton admirable femme Gina – le plus fidèle de tes soldats et le plus courageux dans son abnégation –, ainsi qu’à ton fils Joe, qui a grandi entouré d’affection, et qui a appris le courage et la persévérance. Quant à nous, tes amis, ton humour, ton sens de l’amitié et ta joie de vivre vont laisser en nous une immense nostalgie. Nabil FADDOUL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La disparition tragique d’un homme politique, fût-il controversé de son vivant, doit être une occasion pour méditer et pour s’interroger. Dans le brouhaha des explications et des analyses qui ont suivi la disparition d’Élie Hobeika, il faut que nous méditions cette fatalité qui transforme un quotidien paisible en véritable situation de guerre. Et qui ajoute aux morts de la guerre encore d’autres victimes : chose que l’on croyait désormais impossible dans une république en principe pacifiée. Un moment de méditation donc, et un moment d’interrogation également, car l’homme qui a été assassiné s’apprêtait à dire sa vérité, qui n’est pas la vérité officielle, sur un drame qui aura marqué notre mémoire. Élie était poussé par l’urgence de parler. Il cherchait à se départir de son silence et à...