Le mufti de Jérusalem, cheikh Ekrima Sabri, a mis en garde contre la possibilité que des non-musulmans, en particulier des juifs, puissent être autorisés à nouveau par Israël à se rendre sur l’esplanade des Mosquées. «Nous nous opposons au nom des croyants à ce que les portes du Haram el-Charif (l’esplanade des Mosquées) soient ouvertes aux non-musulmans car la situation générale ne le permet pas», a déclaré le mufti à la radio officielle palestinienne Voix de la Palestine. «Une telle mesure ne peut conduire qu’à une escalade» de la violence, a averti cheikh Sabri, désigné par l’Autorité palestinienne. «Il est totalement exclu que les portes du Haram el-Charif s’ouvrent à des juifs et nous tenons le gouvernement israélien pour responsable de toute atteinte à la sainteté de la mosquée d’al-Aqsa», troisième lieu saint de l’islam, a-t-il souligné. Il réagissait à des informations publiées dans la presse israélienne selon lesquelles Israël pourrait lever l’interdiction de la police faite aux juifs de se rendre sur l’esplanade, pour des raisons de sécurité, depuis le début de l’intifada en septembre 2000. Le vice-ministre israélien de la Sécurité intérieure Gideon Ezra a confirmé pour sa part que le gouvernement envisageait la levée de l’interdiction, comme le réclame l’extrême droite, dans une déclaration au quotidien Maariv. «Toutes les autorités responsables, en particulier le Shin Beth (service de sécurité intérieure) et la police sont d’accord pour autoriser à nouveau des juifs à se rendre sur l’esplanade», a déclaré le député du parti Likoud (droite). «Nous envisageons d’autoriser ces visites au moment opportun, le plus tôt possible», a-t-il ajouté. Le chef de l’opposition en Israël, le député de gauche Yossi Sarid, a jugé en revanche que, dans le contexte actuel, une telle mesure «serait une provocation dangereuse». Dans le même sens, le quotidien libéral Haaretz a estimé dimanche que cette mesure «jetterait de l’huile sur le feu». L’esplanade, sur laquelle se trouvent les mosquées du Dôme du rocher et al-Aqsa, est située à l’intérieur des murailles de la Vieille ville, à Jérusalem-Est, occupé et annexé par Israël depuis juin 1967, sur l’emplacement du temple juif détruit par l’Empire romain en l’an 70, dont le dernier vestige est le Mur des lamentations. Ce mur est devenu le principal lieu de pèlerinage du judaïsme, le grand rabbinat interdisant à ses fidèles de se rendre sur l’esplanade, de crainte qu’ils ne foulent le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du temple, dont l’emplacement exact reste ignoré. Cet édit religieux, qui repose sur une tradition très ancienne, a été pris par le rabbinat immédiatement après la conquête de Jérusalem-Est, à la demande du gouvernement de l’époque, inquiet des visées sur l’esplanade de groupes extrémistes juifs qui rêvent d’y ériger un troisième temple. Toutefois, des rabbins ultranationalistes, notamment dans les colonies juives, font campagne depuis plusieurs années pour la levée de cet interdit. L’esplanade est sous l’autorité du waqf, l’organisme qui administre les biens religieux musulmans, mais la police israélienne y est présente et en contrôle les accès. La visite controversée le 28 septembre 2000 sur ce site de M. Sharon, à l’époque chef de l’opposition de droite, avait servi de détonateur à l’intifada. Jusqu’alors, des juifs et autres non-musulmans étaient autorisés par le waqf et la police à s’y rendre mais non à y prier.
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