L’attentat sanglant de Hadéra, revendiqué par un groupe armé dépendant du Fateh de Yasser Arafat, constitue un nouveau coup terrible pour le président palestinien, qui devrait encore accroître son isolement politique et faire de lui un véritable prisonnier à Ramallah. La riposte d’Israël, qui va crescendo, rend de plus en plus crédible l’hypothèse évoquée jeudi par l’un des chefs de l’armée Moshe Yaalon : celle d’une réoccupation des zones autonomes de Cisjordanie et de Gaza, c’est-à-dire la fin de l’Autorité palestinienne instaurée par les accords d’Oslo de 1993. Dans l’immédiat, la réaction des États-Unis, qui ont sommé M. Arafat de «prendre des mesures immédiates» contre les responsables de l’attaque et celle de l’UE qui a condamné «avec fermeté ce type d’actes terroristes», donne une idée des pressions auxquelles le président palestinien sera soumis. D’autant que l’attentat, au cours duquel six Israéliens ont été tués ainsi que son auteur, n’émane pas cette fois du courant islamiste, mais du propre camp de M. Arafat puisqu’il a été revendiqué par les Brigades des martyrs d’el-Aqsa, un groupe dépendant de son mouvement, le Fateh. Cette violation du cessez-le-feu proclamé par M. Arafat le 16 décembre survient alors qu’il est déjà politiquement à la dérive depuis la saisie par Israël le 3 janvier en mer Rouge d’un cargo transportant 50 tonnes d’armes qui, selon l’État hébreu, provenaient d’Iran et étaient destinées aux Palestiniens. Mais ces pressions de nature diplomatique se doublent d’un durcissement de l’isolement physique qui lui est imposé par Israël depuis le 3 décembre, à la suite de deux attentats-suicide qui avaient coûté la vie au total à 25 Israéliens. Deux blindés israéliens se sont ainsi rapprochés après l’attentat de Hadéra à une cinquantaine de mètres du bâtiment où M. Arafat se trouve confiné à Ramallah, au point d’être pratiquement sous ses fenêtres. M. Arafat n’a «pratiquement aucune chance de quitter Ramallah dans un proche avenir, a déclaré l’analyste israélien Gerald Steinberg. Il se peut qu’il soit là-bas pour le restant de ses jours». Un militant palestinien des droits de l’homme, Moustapha Barghouthi, chef de la plus grande ONG médicale des Territoires, abonde dans ce sens. M. Arafat «est pratiquement en prison, a-t-il dit. Ils vont faire de lui un véritable prisonnier». Mais le Premier ministre israélien Ariel Sharon ne s’arrêtera sans doute pas là si de nouvelles attaques palestiniennes se produisent, car il a opté pour une politique consistant à répliquer du tac au tac et à durcir à chaque fois la riposte. «Nous pourrions assister à un resserrement continu du nœud coulant autour d’Arafat pour l’isoler de plus en plus (...) afin qu’il ne puisse plus fonctionner», a indiqué M. Steinberg, chercheur à l’Université Bar Illan de Tel-Aviv. Mais, a-t-il dit, «si cela ne marche pas, Israël pourrait alors avoir recours à sa carte ultime, la réoccupation des zones autonomes palestiniennes. S’il y a encore beaucoup d’autres victimes israéliennes, il pourrait y avoir une décision de l’exiler (Arafat) et de mettre un terme à l’échec que constitue l’Autorité palestinienne», a-t-il poursuivi. Une réoccupation des zones autonomes a été évoquée publiquement et pour la première fois par le chef d’état-major adjoint, le général Yaalon, qui a affirmé que l’armée «pourrait être amenée à revenir dans les secteurs dont elle s’était retirée après les accords d’Oslo». Le but d’une telle opération, explique M. Steinberg, serait d’opérer des perquisitions maison par maison afin d’arrêter les militants, de saisir la plus grande quantité possible d’armes et d’explosifs et de stopper le trafic d’armes à destination des territoires palestiniens. Il a averti qu’il ne s’agirait pas d’une solution miracle mais «il se peut qu’elle soit meilleure que la situation actuelle». Un porte-parole du gouvernement israélien, Avi Pazner, a assuré qu’il ne s’agissait que d’une option très lointaine. «C’est une option qui existe évidemment mais que nous n’aimerions pas entreprendre, a-t-il dit. Je crois qu’entre cette alternative et la situation actuelle, il y a toute une gamme de possibilités que nous allons explorer auparavant».
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