Le dollar a continué sur sa lancée de la semaine dernière, ignorant le nouvel accès de faiblesse de Wall Street et du Nasdaq en rapport avec la publication de mauvais résultats trimestriels d’entreprises américaines. Sa tendance a été soutenue par les bonnes statistiques en provenance des États-Unis cette semaine, lui permettant de remonter après les commentaires pessimistes de Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale (Fed), qui a estimé qu’il est prématuré de dire si la reprise de l’économie américaine est amorcée. Certes, les propos de Greenspan devaient avoir un effet négatif sur le marché du dollar. Mais celui-ci ne tardait pas à être renforcé par la publication de chiffres économiques américains encourageants. À cet égard, les investisseurs ont été réconfortés hier par l’annonce d’une nette hausse de l’indice préliminaire de l’université de Michigan mesurant la confiance des consommateurs américains de 88,8 points en décembre à 94,2 points en janvier. Cette hausse, plus forte que prévu car les analystes tablaient en moyenne sur un chiffre de 89 points seulement, a constitué un bon indicateur de l’évolution prochaine de l’économie américaine dont les dépenses de consommation représentent à elles seules les deux tiers du produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis. Cette perspective a été renforcée par la nette amélioration de l’indice d’activité des entreprises industrielles calculé par la Banque de réserve de Philadelphie qui est devenu positif pour la première fois depuis novembre 2000 en s’établissant à 14,7 en janvier contre –12,6 en décembre. En outre, les investisseurs ont été sensibilisés par la diminution de 14 000 des nouvelles demandes hebdomadaires d’allocations chômage aux États-Unis pour retomber à 384 000 au cours de la semaine achevée le 12 janvier, affichant ainsi leur plus bas niveau depuis la semaine close au 28 juillet 2001, en raison vraisemblement de créations d’emplois non agricoles. Il en est de même de l’annonce d’une nette contraction de 4,91 % du déficit commercial américain en novembre à 27,89 milliards de dollars contre 29,33 milliards en octobre. D’autant que ce phénomène a été entraîné par la hausse des exportations américaines de 0,72 % à 78,20 milliards de dollars contre 77,64 milliards de dollars et la baisse des importations de 0,82 % à 106,09 milliards de dollars contre 106,97 milliards de dollars pendant la même période. Autres facteurs ayant aussi privilégié le dollar, l’annonce hier par la Commission européenne que la croissance du PIB dans la zone euro se situera entre –0,3 % et +0,1 % au quatrième trimestre 2001 et entre +0,1 % et +0,3 % au premier trimestre 2002, confirmant que l’économie européenne est entrée en récession avec un peu de chances d’amélioration à court terme. Certes, la conjonction de tous ces facteurs a permis au dollar de bien se maintenir malgré les inquiétudes suscitées par les mauvais résultats des entreprises américaines au quatrième trimestre 2001 qui ont alimenté les craintes sur une reprise économique molle aux États-Unis. Mais les rumeurs selon lesquelles la Banque de Chine soutenait l’euro autour de 0,88 dollar devraient lui procurer un certain soutien à ce seuil, sans pour autant empêcher le billet vert d’achever la semaine hier, à New York, sur un ton généralement soutenu par rapport à la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8845 pour un euro contre 0,8920, vendredi dernier – 1,4375 pour un sterling contre 1,4480 – 1,6610 FS contre 1,6575 – 132,50 yens contre 132,20. Les Bourses internationales placées sous le signe des inquiétudes économiques et des mauvais résultats de sociétés Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont reperdu encore du terrain cette semaine, face à la nervosité croissante des opérateurs après la publication en masse de résultats trimestriels dans l’ensemble décevants de plusieurs grandes sociétés. Les marchés boursiers américains avaient d’ailleurs entamé leur descente à la fin de la semaine dernière après les commentaires prudents du président de la Fed, Alan Greenspan, sur l’ampleur et la durée d’une reprise de l’économie aux États-Unis. De fait, les investisseurs ont été d’abord déçus par les résultats nettement inférieurs aux attentes de JPMorgan Chase Bank qui a attribué ses pertes de 332 millions de dollars au quatrième trimestre 2001 à la faillite spectaculaire du courtier en énergie Enron et à la crise en Argentine. Ils ont été ensuite très inquiétés par le chiffre d’affaires en deçà des attentes du groupe informatique mondial IBM pendant la même période qui s’est établi à 22, 826 milliards de dollars alors que les analystes tablaient sur 23,821 milliards de dollars. Il en est de même de Microsoft qui a jeté un froid en ne prévoyant pas de reprise immédiate du marché des PC, bien que le groupe ait présenté des résultats meilleurs que prévu au deuxième trimestre financier clos fin décembre 2001 de son exercice 2001/2002 grâce à Windows XP et à Xbox. Son directeur financier, John Connors, a affirmé qu’il était prématuré d’anticiper une reprise rapide de l’économie. IBM a également souligné que les conditions de marché restaient difficiles, mais s’est montré optimiste pour l’avenir. «Nous pensons que nos activités vont s’améliorer dans le courant de l’année», a déclaré son PDG Louis Gerstner. Intel a aussi précipité la baisse du marché en indiquant lors de la présentation de ses résultats trimestriels qu’il prévoit de réduire ses dépenses en capital dans un contexte économique peu favorable. Toutes ces déclarations mitigées n’ont fait que renforcer les doutes des investisseurs sur le démarrage de la reprise économique américaine et sur sa solidité. Ils tablaient jusqu’à récemment sur un début de reprise au printemps. De l’avis unanime des analystes financiers, les nouvelles de sociétés donnent l’impression d’une économie américaine qui touche le plancher plutôt que d’une économie sur le rebond. «Même si l’économie pourrait tout à fait sortir de la récession ce trimestre, la reprise devrait être molle, tout comme la récession a été relativement modérée», a remarqué une analyse de Prudential Securities. Pour sa part, dans son bilan de santé de l’économie, connu sous l’appellation Livre beige, la Fed a relevé que l’activité économique est restée généralement faible en fin d’année et début janvier aux États-Unis. Dans ce contexte, les marchés boursiers américains, et plus particulièrement les valeurs technologiques qui y sont cotées, paraissent surévalués, alors que les investisseurs sont très inquiets pour l’économie et se demandent si elle sortira effectivement de la récession au premier trimestre comme cela avait été anticipé à la fin de l’année dernière. La Bourse électronique Nasdaq, sur laquelle sont cotées la plupart des sociétés de high tech et dont l’indice composite a augmenté de 37 % depuis son plus bas du 21 septembre, a poursuivi son mouvement baissier, ainsi que Wall Street. Les investisseurs ne semblaient pas faire cas de la publication d’une forte hausse de l’indice de l’université de Michigan sur la confiance des consommateurs américains et de l’indice d’activité des entreprises industrielles de la Réserve de Philadelphie. Pourtant, les marchés américains sont revenus sur la défensive à la veille d’un long week-end chômé aux États-Unis en raison de la commémoration lundi de l’anniversaire du leader noir assassiné Martin Luther King. L’indice Nasdaq a, en effet, reperdu 4,62 % à 1 929,08 points hier en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, contre 2 022,46 points à la fin de la semaine dernière, ainsi que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles qui a abandonné 2,35 % à 9 752,68 points contre 9 987,53 points pendant la même période. Même mouvement sur les Bourses européennes qui ont fini la semaine en baisse, affaiblies par le recul général des valeurs technologiques en réaction à des résultats décevants de Microsoft, d’IBM, d’Intel, de Sun Microsystems... qui ont assombri le climat entourant leurs homologues de l’autre côté de l’Atlantique. En effet, l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris à cédé d’une huitaine à l’autre 2,32 % à 4 448,85 points contre 4 554,69 points, l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort, 1,68 % à 5122,23 points contre 5 209,97 points et l’indice Footsie de la Bourse de Londres, 1,38 % à 5 126,80 points contre 5 198,60 points. Enfin, la Bourse de Tokyo a également terminé la semaine en baisse de 1,42 % avec la rechute de l’indice Nikkei hier à 10 293,32 points contre 10 441,59 points à la fin de la semaine dernière, dans un marché en proie au problème des créances douteuses nourrissant les inquiétudes quant à une éventuelle crise financière au Japon. Élie KAHWAGI
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