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Actualités - Chronologie

Shamim et Soni, premières victimes de « crimes d’honneur » en 2002

Shamim, 18 ans, a été exécutée samedi soir par son frère et par son cousin, dans son village de Qadirpur Raan, près de Multan (est du Pakistan). À l’arme blanche, en même temps que son «amoureux». Soni, elle, a été étranglée, puis brûlée la semaine dernière par son mari dans le village de Shahdadpur, dans la même région. Le meurtrier a d’abord déclaré à la famille qu’elle était décédée d’une crise cardiaque, puis a accusé la morte de lui être infidèle : il l’a tuée pour «sauver l’honneur» de la famille, a-t-il dit. Ces deux femmes sont les premières victimes de l’année de la coutume du «crime d’honneur» qui se perpétue au Pakistan. Quatre-vingt-dix femmes, comme Shamim et Soni, ont été tuées l’an dernier au nom de l’honneur sur un total de 228 femmes décédées de mort violente dans le sud du Pendjab (est du pays), selon le bilan annuel de la section de Multan de la Commission des droits de l’homme du Pakistan (HRCP). Onze ont été assassinées après avoir subi une agression criminelle. Les autres sont mortes de violences domestiques, pour un refus de mariage ou pour des relations jugées illicites par leurs familles. Quarante-sept sont mortes de la main de leur mari, 34 ont été tuées par leurs frères et quelques-unes par leur père ou leurs oncles. 70 % des épouses tuées par les familles ont été abattues l’année de leur mariage. Les «crimes d’honneur» tuent tous les ans des centaines de femmes au Pakistan, selon cette ONG. Parfois parce qu’elles demandaient le divorce, parfois parce qu’elles voulaient épouser l’homme de leur choix, et non celui choisi par les familles. Entre 70 % et 90 % des épouses, selon la même source, sont en outre battues, violées, mutilées, brûlées ou défigurées à l’acide par leurs maris, avec une constante dans tous ces cas : l’auteur jouit, presque immanquablement, de l’impunité, malgré des preuves parfois accablantes. Selon le HRCP, les femmes des villes sont nettement privilégiées par rapport à celles de la campagne, mais 70 % des Pakistanaises sont des paysannes illettrées, accablées par des maternités répétées, avec un taux de mortalité maternelle à l’accouchement de 600 pour 100 000 naissances. En outre, dans les régions frontalières les moins peuplées, les femmes observent un strict «purdah» (réclusion des femmes musulmanes à la maison), qui les soustrait totalement au contrôle de la société. L’inégalité des droits des femmes, consacrée par la législation pakistanaise, se constate aussi quand elles veulent porter plainte pour viols, agressions sexuelles ou sévices matrimoniaux : la plupart du temps, la police refuse d’enregistrer la plainte et conseille à la victime de se réconcilier avec l’auteur. Si la femme devient enceinte à la suite d’un viol, l’opprobre tombe sur elle et elle peut être condamnée pour adultère et fornication. Car le violeur ne peut être convaincu de son crime que s’il y a eu quatre témoins, et uniquement des hommes. La loi, comme la coutume pakistanaise qui s’appuie sur la religion, encourage les mariages arrangés : très souvent, les mariés se voient pour la première fois le jour de leurs noces. Les mariages d’amour, comme les divorces, sont toujours très mal vus et une femme financièrement autonome ne peut vivre seule avec ses enfants sans être soupçonnée d’être de mauvaise vie. La pratique de l’enlèvement de la jeune femme – soit pour éviter de payer une dot, soit pour forcer le consentement de la belle-famille – est toujours en vogue au Pakistan. La police a ainsi enregistré près de 400 enlèvements de femmes l’an dernier dans la même région du sud du Pendjab, selon les chiffres publiés par l’ONG. Mais le nombre de cas est sans doute plus élevé, car de nombreuses familles hésitent à signaler ce type d’incident qui porte atteinte à leur honneur. C’est pourquoi la Commission des droits de l’homme recommande à la police de distinguer dans ses statistiques les enlèvements véritables de ceux qui sont des arrangements au bénéfice du couple.
Shamim, 18 ans, a été exécutée samedi soir par son frère et par son cousin, dans son village de Qadirpur Raan, près de Multan (est du Pakistan). À l’arme blanche, en même temps que son «amoureux». Soni, elle, a été étranglée, puis brûlée la semaine dernière par son mari dans le village de Shahdadpur, dans la même région. Le meurtrier a d’abord déclaré à la famille qu’elle était décédée d’une crise cardiaque, puis a accusé la morte de lui être infidèle : il l’a tuée pour «sauver l’honneur» de la famille, a-t-il dit. Ces deux femmes sont les premières victimes de l’année de la coutume du «crime d’honneur» qui se perpétue au Pakistan. Quatre-vingt-dix femmes, comme Shamim et Soni, ont été tuées l’an dernier au nom de l’honneur sur un total de 228 femmes décédées de mort violente...