Les milieux d’affaires au Cachemire indien se sont insurgés vendredi contre la décision de New Delhi de couper l’Internet et les services publics de téléphonie longue distance depuis cette région, dans le cadre des mesures de sécurité liées à l’escalade avec le Pakistan. La compagnie d’État BSNL, seul fournisseur d’accès à Internet au Cachemire, a débranché ses services dans 2 500 résidences et entreprises commerciales le 29 décembre, citant des raisons de sécurité, alors que la tension montait avec le Pakistan dans cette région frontalière dont la population est majoritairement musulmane. Puis, le jour du Nouvel An, les appels téléphoniques nationaux et internationaux depuis quelque 4 500 centres publics ont été bloqués pour une période indéterminée. Les appels depuis les résidences privées, les bureaux et les hôtels sont toujours possibles. Trois associations, représentatives des milieux d’affaires au Cachemire indien, ont qualifié vendredi les restrictions de «déplorables», déclarant que la production industrielle, les échanges commerciaux et les exportations allaient être affectés par la coupure de l’Internet et l’impossibilité d’envoyer des messages électroniques. Des responsables de centres publics d’appel téléphonique ont affirmé que quelque 10 000 personnes dans la seule région de Jammu, capitale d’hiver du Cachemire indien, allaient directement souffrir des mesures imposées par New Delhi, ce qui risque de renforcer le soutien aux rebelles séparatistes musulmans. « Une défaite en soi » Les dirigeants économiques de la région ont rejeté l’argument officiel selon lequel les restrictions visent à «empêcher des fuites d’information» et à lutter contre «l’espionnage». «Couper les communications est une défaite en soi, étant donné que les terroristes disposent de gadgets modernes et que le chômage va augmenter», a estimé Ram Sahay, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Jammu. Le département des télécoms du Cachemire indien a, pour sa part, fait état d’une perte quotidienne de 800 000 roupies (17 000 dollars), qui étaient générées par les appels téléphoniques longue distance depuis 2 350 centres situés dans six districts du Sud Cachemire. Environ 35 «cybercafés» dans la ville de Jammu et un nombre équivalent à Srinagar, capitale d’été du Cachemire indien, ont fermé leurs terminaux d’ordinateurs depuis les ordres du ministère indien de la Défense. M. Sahay a déclaré que 70 % des deux millions de Cachemiris vivant en zones urbaines faisaient partie des milieux d’affaires, et une majorité d’entre eux utilisait les téléphones publics et les connexions privées à l’Internet pour travailler. «Nous sommes les plus affectés parce que notre commerce dépend principalement des exportations», a dit un porte-parole de la Fédération des fabricants et des commerçants, basée à Srinagar, centre d’exportation de tapis et de châles en laine ainsi que de safran. Des tonnes de fruits sont également envoyées quotidiennement de Srinagar vers les autres villes indiennes. «Pour nous, c’est la pleine saison», a dit Akhtar Mir, qui fait pousser des pommes.
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