Une femme a accédé pour la première fois à la tête de l’Indonésie, plus grand pays musulman au monde, mais l’immense archipel, miné par de sanglants conflits et à l’économie fragilisée, continue de tanguer dangereusement sous la présidence de Megawati Sukarnoputri. Mme Megawati a cependant surmonté sans encombres le choc des attentats du 11 septembre, en accordant un soutien mesuré aux États-Unis, sans s’aliéner le soutien des partis musulmans et de l’opinion. Les groupes islamistes radicaux, très minoritaires, ont tenté de mobiliser contre les États-Unis et leurs alliés la masse des musulmans qui constituent environ 90 % des 210 millions d’habitants. Mais les manifestations ont été limitées, vite réprimées par la police, et les grandes organisations musulmanes se sont distanciées des appels au djihad ou à l’expulsion des étrangers. Si les craintes d’une radicalisation religieuse se sont, pour l’heure, estompées, les nuages s’accumulent pour la nouvelle présidente. Fille du premier président, Sukarno, «Mega» n’a bénéficié que d’un court état de grâce après son élection, le 23 juillet. Après 21 mois d’un pouvoir chaotique, le président Abdurrahman Wahid avait été destitué par le Parlement pour incompétence et corruption. Son sort a été scellé quand l’armée a rejeté sa tentative d’imposer l’état d’urgence. Les États-Unis, qui considèrent l’Indonésie comme une pièce essentielle de la stabilité en Asie du Sud-Est, ainsi que les pays asiatiques voisins et les opérateurs économiques expriment leur soulagement après cette transition sans effusion de sang et espèrent que Megawati va «remettre de l’ordre». Dans la foulée, le FMI reprend ses versements bloqués depuis neuf mois. Megawati a le soutien de l’armée, sa popularité n’est pas écornée. Les partis musulmans, qui lui avaient barré la route de la présidence en 1999, la soutiennent cette fois, mais plus par choix tactique que par conviction. Mais rapidement, les critiques commencent. Ses adversaires accusent Megawati de tergiverser. Son «équipe de rêve» économique déçoit les attentes. Le langage des armes «Mega», fidèle à son image, s’exprime peu. Quand elle sort de son silence, c’est pour souligner la situation catastrophique dont elle a hérité et les menaces de «désintégration» du pays, fragile mosaïque de plus de 300 ethnies, engagé dans un difficile processus de démocratisation après la chute du dictateur Suharto en mai 1998. Car d’Aceh (nord de Sumatra) à l’Irian Jaya, à plus de 5 000 km à l’Est, les armes continuent de parler et aucune solution politique n’est en vue. À Aceh, la guérilla veut imposer un État islamique. Bilan des violences depuis janvier : plus de 1 600 morts. En Irian Jaya, les papous réclament eux aussi l’indépendance et accusent Djakarta de piller leurs richesses. Le meurtre mystérieux de leur chef, Theys Eluay, le mois dernier a accru la tension. Dans d’autres régions, des conflits meurtriers persistent. Au début de l’année, au moins 500 migrants ont été massacrés à la machette par des dayaks à Kalimantan. Aux Moluques, chrétiens et musulmans s’affrontent sporadiquement après trois ans de conflit et plus de 5 000 morts. Chrétiens et musulmans s’affrontent aussi dans le centre de l’île de Sulawesi. Tous ces conflits continuent de grossir le flot des déplacés, qui atteint désormais 1,3 million de personnes. Sur le front économique, la situation est préoccupante. Le pays croule sous une dette de 132 milliards de dollars. Depuis la terrible crise de 1997-98, qui a précipité des millions d’Indonésiens dans la pauvreté, les réformes traînent, le système bancaire n’a pas été apuré et les privatisations piétinent.
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