La guerre menée par les États-Unis en Afghanistan a permis d’éliminer sur le terrain le réseau d’Oussama Ben Laden mais l’exécutif du mouvement terroriste reste intact, a déclaré hier le nouveau ministre afghan de l’Intérieur, Yunus Qanooni. «El-Qaëda a simplement perdu sur le plan géographique, mais pas son exécutif. El-Qaëda est un réseau très dangereux», a-t-il affirmé. M. Qanooni a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle intensifie sa guerre contre le terrorisme. «L’une des alternatives pour combattre el-Qaëda est que la coalition antiterroriste poursuive sa campagne», a-t-il estimé. «La présente coalition est un pas. Toutefois, cette campagne nécessite de nouvelles mesures et de nouveaux pas», a poursuivi M. Qanooni, qui est l’un des hommes forts du nouveau gouvernement intérimaire afghan. Interrogé sur la nouvelle bande vidéo d’Oussama Ben Laden, il a indiqué qu’il existait une «forte présomption» que cette cassette ait été enregistrée en dehors d’Afghanistan. «Nous avons aussi des informations selon lesquelles Oussama serait toujours avec un ancien commandant du Hezb-e-Islami dans l’est» de l’Afghanistan, a indiqué le ministre afghan de l’Intérieur sans toutefois donner plus de détails. Le Hezb-e-Islami est un parti fondamentaliste dirigé par le chef de guerre pachtoune Gulbuddin Hekmatyar. «La bande est peut-être une vraie menace, compte tenu de l’histoire d’el-Qaëda qui est vraiment un réseau souterrain dangereux», a poursuivi M. Qanooni, avant de conclure : «Mais parfois de telles déclarations visent à terroriser les gens. La meilleure solution est que tous soient bien préparés à n’importe quelle menace». Un porte-parole de la coalition dirigée par les États-Unis avait annoncé mercredi à Islamabad que les opérations militaires en Afghanistan ne cesseraient pas tant que Ben Laden et le mollah Mohammed Omar, ancien chef des talibans, n’auraient pas été trouvés morts ou vifs. L’Afghanistan est hostile à la théorie du choc des civilisations et veut faire partie du monde, a pour sa part commenté, hier à Kaboul, le ministre afghan de la Justice Abdul Rahim Karimi. «Nous voulons faire partie du monde, développer des relations amicales avec tous, avec les pays musulmans, avec nos voisins, et nous sommes contre tous les terrorismes», a dit M. Karimi, ajoutant ignorer le sort du millionnaire d’origine séoudienne. La charia maintenue avec « discernement »… Par ailleurs, la justice continuera à s’exercer en Afghanistan selon la charia, la loi coranique, mais avec «discernement», au vu de l’environnement économique et social, a aussi déclaré M. Abdul Rahim Karimi. Au cours des cinq années de régime taliban, les mollahs avaient fait une interprétation très dure et parfois restrictive des textes islamiques, multipliant châtiments corporels et exécutions publiques. «Les talibans, face aux voleurs, coupaient de suite la main. Notre islam est différent. Comment couper la main de celui qui n’a pas à manger ? Il faudra d’abord nourrir et faire vivre la population», a dit le ministre. Mais tous ne semblent pas favorables à une trop grande tolérance. Ainsi, un haut magistrat afghan a récemment déclaré que les exécutions publiques, lapidations et amputations se poursuivraient en Afghanistan. «Il y aura quelques changements par rapport à l’époque des talibans», avait dit le juge Ullah Zarif. «Par exemple, les talibans pendaient les corps des victimes en public pendant quatre jours. Nous ne les exposerons qu’un court moment, disons 15 minutes». Les coupables d’adultère, les hommes comme les femmes, seront lapidés, «mais nous utiliserons des pierres plus petites», avait précisé le juge Zarif. «La population ne comprendrait pas qu’on se sépare de la charia et ce serait le retour assuré des terroristes», a estimé le ministre de la Justice, un juriste qui a pris ses fonctions lundi dernier au sein du nouveau gouvernement intérimaire. Parmi les innombrables chantiers qui l’attendent, il a cité la réhabilitation de son ministère et de ses salariés, et la question des droits de propriété pour les populations déplacées ou exilées, parfois à plusieurs reprises, au gré des aléas des 23 ans de guerre.
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