L’Argentine, frappée par 42 mois de récession et de restrictions, est en faillite et au bord de l’explosion sociale alors que se multiplient les scènes de pillage de magasins et de supermarchés, et que la mairie de Cordoba (centre de l’Argentine) a été attaquée. Déclenchées la semaine dernière, notamment à Rosario (310 km au nord) et Mendoza (1 100 km à l’ouest), les violences ont redoublé au cours des dernières 24 heures dans tout le pays, outre à Cordoba, dans les villes de Concordia et de Concepcion del Uruguay, dans la province d’Entre Rios (nord-est). Rideaux de fer des petits magasins éventrés, accès aux supermarchés protégés par des cordons de policiers, pneus enflammés, barrages sur les autoroutes d’accès à la capitale, débuts d’émeutes réprimés par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc, l’explosion sociale est bien réelle. Les laissés-pour-compte de ce pays frappé par un taux de chômage officiel de 18,3 % ont tenté de s’emparer d’aliments, accompagnés par des casseurs qui pillaient également des magasins de vêtements, selon les images diffusées par les chaînes de télévision d’information continue. Dans les rues de Buenos Aires, de longues files d’attente continuaient de se former devant les guichets des banques par des centaines de personnes tentant de toucher leurs pensions, illustration du «drame d’être retraité» en Argentine, selon les mots d’un commentateur. Le porte-parole du gouvernement, Juan Pablo Baylac, a dénoncé «l’action violente organisée» et provoquée par «des groupes de vandales», et assimilé la violence sociale à des délits. De son côté, le gouverneur péroniste de la province de Cordoba, la troisième du pays, José Manuel de la Sota, a affirmé que la situation tournait «à l’anarchie au pire moment que traverse le pays parce qu’il y a un manque d’autorité» de la part du gouvernement de Fernando de la Rua. «Les pauvres vivent dans le désarroi et les riches sont inquiets. Aucun secteur social n’est satisfait par ce qu’il est en train de vivre», a dit le gouverneur sur une station de radio nationale, peu après que des troubles eurent éclaté dans la capitale provinciale où des employés communaux ont envahi l’hôtel de ville et mis le feu dans plusieurs bureaux. Le président De la Rua a été apostrophé à son arrivée à une réunion de l’association catholique Caritas dans le vieux quartier historique de San Telmo, à Buenos Aires, où des manifestants lui ont demandé de «trouver une solution à la crise». «Nous avons faim, nous voulons des vivres», criaient d’autres mécontents dans la banlieue de Buenos Aires où ils tentaient d’emporter des quartiers de viande arrachés dans une boucherie avant d’être interceptés par la police. Sept policiers ont été blessés, selon un premier bilan, et plusieurs journalistes pris à partie par la foule. En 1989, un peu plus de cinq mois avant le terme de son mandat, Raul Alfonsin, un radical comme Fernando de la Rua, avait dû renoncer à la présidence à la suite d’une vague de pillages dans tout le pays alors que l’inflation atteignait quatre chiffres. Il avait confié précipitamment le pouvoir à Carlos Menem qui allait le garder dix ans, mais qui s’est montré incapable de juguler le chômage. Le président de l’Union industrielle argentine José de Mendiguren a souligné de son côté l’urgence d’ouvrir des discussions pour mettre un terme à la crise, mais s’est dit convaincu que ceux qui ont provoqué le chaos dans le pays «ne vont pas pouvoir sortir l’Argentine de cette situation».
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