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Actualités - Chronologies

Meurtres mystérieux et rumeur - de trafic d’organes à Kaboul

Personne ne sait qui a enlevé Roma et Maqbula, ni pour quelle raison les corps des deux fillettes ont été mutilés au point qu’aucun habitant de la capitale afghane, ravagée par deux décennies de guerre, n’a osé se pencher sérieusement sur les causes de ces assassinats. Âgées de quatre ans toutes les deux, elles ont été tuées à deux années d’intervalle, privées de leurs yeux. Dans le cas de Roma, la famille affirme que les reins avaient également été prélevés. La disparition de Roma remonte à quatre mois. La fillette jouait alors devant la maison familiale, située dans un quartier proche du centre-ville. Cinq jours plus tard, une camionnette est passée devant la maison, tous feux éteints, et ses occupants ont jeté le cadavre dans la rue, raconte Najibullah, un membre du clan familial âgé de 35 ans. «Les yeux avaient été retirés et il n’y avait plus de reins». L’abdomen de la fillette semblait avoir été ouvert et recousu avec du fil chirurgical, poursuit-il. Après cette découverte, la rumeur selon laquelle un mystérieux réseau de trafic d’organes opérait à Kaboul sous le couvert du régime taliban s’est répandue dans les rues de la capitale et le nombre invérifiable des jeunes victimes a peu a peu enflé dans les conversations. Fin août, la radio talibane a indiqué que trois femmes et un homme, tous revêtus de la burqa, voile traditionnel imposé à la gent féminine par la milice islamiste, avaient été arrêtés pour avoir mis en place un réseau de kidnapping. La radio affirmait que les quatre suspects avaient avoué l’enlèvement de 60 enfants à Kaboul au cours des deux mois précédents. Chacune des victimes était droguée puis envoyée à l’étranger contre le versement d’un million d’afghanis (16 500 dollars au moment des faits), aurait indiqué le gang. «Nous ne disposons d’aucune information précise au sujet de la façon dont les kidnappeurs opéraient et pour quelle raison leurs victimes étaient envoyées hors d’Afghanistan», ajoutait la radio, dont le sujet avait été repris par la BBC. Si la plupart des Kaboulis n’ont gardé de cette histoire que l’image de l’homme à la burqa dont l’évocation suffit à faire rentrer les enfants récalcitrants dans le droit chemin, quelques-uns ont prêté foi à l’information et s’étonnent qu’aucune exécution publique n’ait suivi les arrestations dont la radio a fait état. À leurs yeux, il ne s’agissait en fait que de mettre un terme à la rumeur. En septembre, l’Alliance du Nord, qui s’est emparée le mois dernier de la capitale après la débâcle des talibans, avait relancé l’affaire en affirmant qu’un gang de trafiquants d’organes pakistanais liés au régime fondamentaliste s’était rendu coupable de plusieurs meurtres. Au ministère de l’Intérieur, comme dans les hôpitaux et à l’état-major de la police, la rumeur n’est pas passée inaperçue, mais on affirme qu’aucun début de preuve n’a confirmé la réalité de l’affaire. Selon les médecins occidentaux en poste à Kaboul, les conditions sanitaires qui règnent en Afghanistan ne permettent absolument pas de conserver le moindre organe en vue d’une éventuelle transplantation. «Je suppose que cela pourrait être l’œuvre d’un malade mental quelconque et, si tel est le cas, la même chose aurait aussi bien pu se produire à Milan», commente le Dr Gino Strada, médecin italien au service des victimes civiles de la guerre. Tout cela n’est d’aucun secours pour les familles des victimes qui réclament une enquête en bonne et due forme. «Ils ont pris la déposition de mon mari qui leur a expliqué n’avoir aucun ennemi et ils ne sont jamais revenus», raconte Madina, la mère de Maqbula. Le corps de cette dernière avait été retrouvé il y a deux ans à proximité de la maison, dans les faubourgs de Kaboul. «Ses yeux avaient été arrachés et son visage défiguré», ajoute Madina. «Nous avons entendu parler de neuf cas en différents points de la ville», ajoute Mohammed Kabir, l’un des anciens du quartier nord où vit la famille de Maqbula. «Les yeux et les reins ont été enlevés, mais personne n’a enquêté. Pas une seule indication n’a été découverte sur les auteurs et les motifs», conclut-il.
Personne ne sait qui a enlevé Roma et Maqbula, ni pour quelle raison les corps des deux fillettes ont été mutilés au point qu’aucun habitant de la capitale afghane, ravagée par deux décennies de guerre, n’a osé se pencher sérieusement sur les causes de ces assassinats. Âgées de quatre ans toutes les deux, elles ont été tuées à deux années d’intervalle, privées de leurs yeux. Dans le cas de Roma, la famille affirme que les reins avaient également été prélevés. La disparition de Roma remonte à quatre mois. La fillette jouait alors devant la maison familiale, située dans un quartier proche du centre-ville. Cinq jours plus tard, une camionnette est passée devant la maison, tous feux éteints, et ses occupants ont jeté le cadavre dans la rue, raconte Najibullah, un membre du clan familial âgé de 35 ans. «Les...