Quand tous les moyens techniques pour réussir un contrat semblent voués à l’échec, il vous reste l’arme psychologique pour dissuader les adversaires de trouver la bonne défense. Les grands champions utilisent volontiers cette arme, comme le montrent les deux mains ci-dessous jouées aux derniers championnats du monde de Paris: Sud donneur. Tous vulnérables. Au cours du match France – Italie des tours de qualification, le champion italien en Est ouvre les enchères en quatrième position de deux trèfles montrant une main de 17-19 points balancée dans leur système et joue trois sans-atout. La revue Le Bridgeur indique que le joueur en Est était Giorgio Duboin alors que pour Jourdain, du bulletin de l’IBPA, c’était son partenaire Norberto Bocchi qui jouait le coup. Jean-Christophe Quantin fit l’entame normale du trois de pique et Est prit sa seule chance de gagner en mettant le dix du mort, mais la défense a toujours quatre cœurs à tirer ainsi qu’une levée extérieure, mais Bocchi (ou Duboin) rejoua immédiatement un petit cœur du mort pour sa Dame! L’effet fut comme prévu: Quantin prit du Roi et persista de la Dame de pique. Bocchi prit la levée, joua un petit carreau pour la Dame du mort, puis l’As de carreau et un troisième carreau pour le Roi de Sud. La sonnette d’alarme aurait pu retentir quand le déclarant n’a plus continué à jouer les cœurs, mais Quantin avait fait son plan de défense et il insista à pique pour affranchir une levée. Ce fut la fin du coup car Bocchi réclama son contrat en faisant trois levées à pique, carreau et trèfle sous les applaudissements du public. En salle fermée, Soulet chuta d’une levée et ce résultat fut reproduit à pratiquement toutes les autres tables. Dans la demi-finale du Championnat senior, Kit Woolsey trouva une jolie défense pour tromper le déclarant John Onstott dans la main ci-contre: Est donneur. Tous vulnérables. Les enchères: E S O N passe passe 1 T contre 1 K passe 1 S.A. passe 2 P passe passe passe Sud entama du dix de cœur et Woolsey prit soigneusement la levée du Roi, tira l’As de cœur et switcha d’un petit carreau. Évidemment, pour le déclarant John Onstott, Nord qui n’avait que sept points à cœur (puisqu’il avait caché la présence de la Dame) devait avoir l’As de carreau pour justifier son contre. Il mit donc le Roi de carreau mais Sud prit de l’As et la défense fit deux levées à carreau pour limiter le déclarant à 9 levées au lieu de 10. La donne ne rapporta qu’un point mais beaucoup de satisfaction à la défense. La donne ci-dessous a été exceptionnellement bien jouée aux deux tables du match Italie - USA I en quarts de finale: Bob Hamman et Alfredo Versace en Ouest jouent tous les deux 6 piques et reçoivent l’entame du Roi de trèfle. Il semble qu’il y a deux levées sûres à perdre à carreau, mais tous deux ont réussi leur contrat en profitant d’une petite erreur bien naturelle de Nord où défendaient pourtant deux champions du monde. À la deuxième levée, ils ont joué l’un et l’autre un petit carreau pour le six de Nord et l’As du mort. Les deux joueurs en Nord n’ont pas intercalé le Roi de carreau, ce qui aurait battu le contrat qui est désormais sur table grâce à une élimination partielle avec mise en main. Hamman et Versace ont joué exactement de la même façon: ils ont continué par l’As de cœur suivi du Roi, en défaussant un trèfle, puis d’un cœur coupé du mort. Ils ont tiré la Dama de pique, coupé un trèfle, coupé un cœur du neuf de pique et ils sont sortis d’un petit carreau. Nord en main par le Roi de carreau doit rejouer trèfle en coupe et défausse, et le dernier carreau de la main disparaît comme par magie. Il faut vraiment deux joueurs d’exception pour réussir ce contrat en jouant exactement de la même façon.
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