Pour un autre «goût» de Ramadan, il faut se baigner dans l’ambiance, l’odeur et les saveurs de ce mois saint ; visiter une de ces villes du monde arabe, qui garde en ses vieilles pierres, ses souks voûtés et ses échoppes rutilantes un air d’Orient et d’autrefois. Damas est une ville d’à côté, qui depuis des siècles s’enorgueillit de vivre ce mois «mieux» que les autres. C’est donc une histoire de ramadan dans la vieille ville, comprendre le souk de Hamidiyé. Arriver de jour ou de nuit est une découverte bien différente. Le matin, on traîne, plus que d’habitude, pour commencer sa journée. Car cette dernière a commencé avant même le lever du jour, par le souhour. Boutiquiers, artisans, bouchers et pâtissiers ne se pressent pas vraiment. Il faut bien attendre 10 heures du matin pour que le souk «fonctionne» étalant à profusion légumes, fruits, douceurs, fruits secs et autres délices. Le reste du souk prend aussi une allure différente puisque la fièvre acheteuse ne se porte pas exclusivement sur le boire et le manger... La tension monte avec l’heure de l’iftar qui s’approche. Deux heures plus tôt, il est temps de courir (dans le vrai sens du mot) chez soi. C’est la panique, on ne trouve plus un taxi, les routes sont bloquées par la circulation et les gens sont à bout de nerfs. Bien arrivé... et à temps, on rompt le jeûne juste après la prière du coucher. Le ramadan est une occasion de manger ailleurs que chez soi. On s’invite souvent en famille, sinon on va au restaurant. Abou el-Ezz est l’adresse à ne pas manquer à souk el-Hamidiyé. C’est le restaurant qui jongle entre une clientèle «baladi», locale, et les heureux touristes (d’ici et d’ailleurs) en quête d’exotisme. C’est bien là que se prépare la spécialité de la maison, les sfiha. Le reste est un assez bon exemple de cuisine damascène ; d’abord pour la viande fondante (hamawiyé – viande de mouton de Hama) et les ragôuts et autres plats «maison». De couloirs en escaliers, on débouche enfin sur une grande salle, bien évidemment décorée de tapis et divans pour faire couleur locale. Le passage par ce restaurant est aussi un must pour la vue panoramique sur les dômes et les minarets de la mosquée des Omeyyades et les toits de la vieille ville ; évidemment rien ne vaut un coucher de soleil sur ce paysage.... donc c’est bien le temps de l’iftar. À ce moment, on se doit de subir la bousculade générale des clients qui essaient de se trouver une place et des serveurs qui grouillent parmi ce monde insatisfait. La table est pleine ; une datte par assiette et des mezzés sur la table, fattouche, hommos, moutabbal... On prend vite la commande pour le plat chaud, et on attend la fin de la prière qui annonce celle de la journée aussi et donc le temps de rompre le jeûne et de manger. C’est au tour des serveurs maintenant de servir la soupe chaude... et chacun veut bien évidemment être servi en premier. Les «heureux» installés sur les tables du haut auront en prime la vue et les couleurs du jour et de la nuit sur les toits de la ville et de la mosquée. Tout cela se passe donc au rythme du jour et de la nuit, du soleil, et de la lune ; le jeûne est observé du lever au coucher du soleil et le ramadan dure un mois lunaire, du début à la fin de la lune. «La lune du ramadan dans laquelle le Coran est descendu d’en haut pour servir de direction aux hommes, pour leur en donner une explication claire, et de distinction entre le bien et le mal, est le temps destiné à l’abstinence» (II : 181). Pour en revenir à Abou el-Ezz, ou plutôt pour en sortir, on se dirige vers un souk complètement métamorphosé. Si pour y arriver on a dû se frayer difficilement un chemin parmi les gens qui se bousculent, à la sortie, le souk est complètement désert. Les routes, les places et la ville entière sont désertes, comme par un coup de baguette magique, et le monde est occupé à finir l’iftar, pour se préparer à sortir plus tard. Un contraste des plus étonnants entre la bousculade du début et le désert total qui suit. C’est aussi le moment où le temps perd de son cachet oriental... comprendre qu’on arrive bien à temps pour l’iftar, et jamais en retard ! Le soir, on laisse le temps couler et les vieux cafés du souk retrouvent leur clientèle qui les boudent de jour pendant tout ce mois. Avec le retour de la mode de l’ancien, quelques magnifiques maisons arabes à cour centrale ont été transformées en cafés ou restaurants. Jeunes et moins jeunes s’y retrouvent et veillent jusqu’au petit matin. Une des adresses à ne pas rater est Beit Jabri, pour l’ambiance sympa, mais aussi pour l’architecture et les détails de ce merveilleux «dar» des siècles passés. Le souk reprend une vie de plus en plus intense, à mesure que le mois approche de sa fin. Les derniers jours de ramadan... plutôt les dernières nuits, les lampes brillent de tous leurs feux, les boutiques accrochent les habits du «eid», et les gens grouillent comme dans une fourmilière... Décidément la fête s’annonce et s’approche.
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