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Actualités - Analyses

Après les talibans, quel avenir pour l’Afghanistan ? -

Alors que le régime taliban est, selon toute vraisemblance, en train de vivre ses derniers jours, la question du pouvoir en Afghanistan est au cœur de tous les débats, à commencer par ceux qui ont lieu à Bonn. L’enjeu de ces débats est à la fois simple et capital, l’avenir de l’Afghanistan. Pour les intellectuels pakistanais, la prise de Kaboul par l’Alliance du Nord représente une source d’inquiétude. «Si l’Alliance du Nord ne partage pas le pouvoir, il n’y aura pas de paix», affirme le Dr Bakhks de l’université d’Islamabad. Pour Rifaat Hussein, professeur en relations internationales à Islamabad, «la conférence de Bonn est essentielle pour l’avenir de l’Afghanistan. Quant à savoir si l’Alliance du Nord va pouvoir réfréner ses pulsions pour garder le leadership, difficile de répondre. Mais, quelle que soit l’éventuelle formule pour un gouvernement réellement représentatif, les forces de l’Alliance du Nord y auront une voie dominante. Car qui tient Kaboul tient le pouvoir. Une domination totale est toutefois à exclure car les États-Unis ne la toléreront pas». Même si les représentants de l’Alliance ne cessent d’assurer leur volonté de promouvoir l’établissement d’un gouvernement de coalition, il semblerait déjà que ce groupe, bien mieux représenté à Bonn que les autres factions, tente de s’approprier les postes-clés de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, sans oublier le poste de Premier ministre qui tomberait entre les mains de Rabbani. Une solution loin de respecter les équilibres ethniques afghans. Quelles seraient les conséquences sur les relations pakistano-afghanes d’un pouvoir dominé par l’Alliance du Nord ? Pour le Dr Bakhsk, «si l’Alliance du Nord est raisonnable, elle prendra en considération les données géopolitiques et rétablira des relations avec son plus proche voisin, au moins sur le plan commercial». Selon Rifaat Hussein, il faut sortir de l’idée que l’établissement d’un pouvoir pachtoun soit un bienfait pour le Pakistan. «Le Pakistan devrait tirer les leçons de l’ère talibane durant laquelle les relations entre Kaboul et Islamabad n’ont certainement pas été des meilleures». Pour le Dr Rasoul Amin, intellectuel afghan pachtoun, directeur du centre des études afghanes à Peshawar et proche de Zaher Chah, il faut relativiser la mésentente entre le Pakistan et l’Alliance du Nord. «Il faut se souvenir que M. Rabbani et Ahmed Chah Massoud, entre autres, ont passé des années au Pakistan». Quelle place faudrait-il réserver aux talibans dans un éventuel gouvernement de coalition ? Pour le Dr Bakhks, il serait sage de prévoir une place pour les talibans modérés en les considérant non pas sous l’angle d’un mouvement politique ou idéologique, mais en tant que membres d’une ethnie. Unanimité autour de Zaher Chah Un homme semble faire l’unanimité, parmi les intellectuels pakistanais et afghans, quant au rôle qu’il pourrait jouer : Zaher Chah. Symbole de l’unité possible des Afghans pour les uns, figure du père de la nation pour les autres, tous s’accordent sur la nécessité de sa présence dans le futur Afghanistan. Pour le professeur Hussein, l’ancien roi est une sorte de ciment qui pourrait rétablir l’unité entre les Afghans. «Car en dépit de toutes des années de guerres et de massacres, les Afghans sont encore respectueux des traditions et de la figure des vieux sages». Toutefois, son éloignement du pays, comme pour la plupart des leaders afghans non membres de l’Alliance du Nord ou des forces talibanes, pendant une trop longue période, reste un problème. Expatriés à l’étranger, les contacts de ces leaders avec le terrain et les Afghans se sont émoussés avec les années. La présence de forces étrangères est également jugée indispensable. «Il est absolument nécessaire qu’une force de sécurité internationale soit établie à Kaboul et que la capitale soit démilitarisée», affirme Rasoul Amin, invité à la conférence de Bonn mais dans l’incapacité de s’y rendre pour des raisons personnelles. Pour Rifaat Hussein, cette force doit obligatoirement être de nature onusienne, seule manière d’assurer une légitimité à toutes les actions entreprises. Outre l’élaboration d’un nouveau régime, l’Afghanistan est confronté à l’énorme enjeu de sa reconstruction. «Et ici il faut entendre ce terme dans sa plus simple expression car tout est à faire, socialement, institutionnellement et économiquement», explique le Dr Hussein. «Le déminage et le rétablissement de la sécurité sont les deux premiers pas indispensables à réaliser. Et ceci ne peut avoir lieu que si la communauté internationale maintient son implication dans la question afghane, ce qui semble être le cas. Mais cela ne suffit pas, les Afghans eux-mêmes doivent montrer leur volonté de retrouver le chemin de l’unité nationale». Et voilà bien le grand point d’interrogation : la volonté des Afghans de reconstruire leur pays. «La renaissance de l’Afghanistan ne se fera pas sans un retour à une certaine unité. Avant d’être ouzbeks, tadjiks, pachtouns ou hazaras, nous devons être des Afghans», explique le Dr Amin. Ceci pourrait-il être réalisé à la conférence de Bonn ? Les Afghans sont-ils aujourd’hui prêts à écarter leurs origines ethniques pour affirmer leur identité nationale ? Rien n’est malheureusement moins sûr.
Alors que le régime taliban est, selon toute vraisemblance, en train de vivre ses derniers jours, la question du pouvoir en Afghanistan est au cœur de tous les débats, à commencer par ceux qui ont lieu à Bonn. L’enjeu de ces débats est à la fois simple et capital, l’avenir de l’Afghanistan. Pour les intellectuels pakistanais, la prise de Kaboul par l’Alliance du Nord représente une source d’inquiétude. «Si l’Alliance du Nord ne partage pas le pouvoir, il n’y aura pas de paix», affirme le Dr Bakhks de l’université d’Islamabad. Pour Rifaat Hussein, professeur en relations internationales à Islamabad, «la conférence de Bonn est essentielle pour l’avenir de l’Afghanistan. Quant à savoir si l’Alliance du Nord va pouvoir réfréner ses pulsions pour garder le leadership, difficile de répondre. Mais,...