Le refus des talibans d’abandonner leur bastion du sud de l’Afghanistan crée la possibilité d’une nouvelle division du pays. De la même manière que l’Alliance du Nord a été contrainte à partir de 1996 de se retirer dans une petite zone de l’Afghanistan après une série de défaites militaires, les talibans ne contrôlent plus que quelques provinces dans le sud du pays. Mais le porte-parole du mollah Mohammad Omar, chef suprême des talibans, a assuré que les miliciens islamistes ne se rendraient jamais. Comme les troupes de l’Alliance du Nord s’étaient repliées sur leur bastion de la vallée du Panchir après avoir perdu Kaboul en 1996, les forces des talibans se sont retranchées dans le Sud et sont prêtes à tenir aussi longtemps qu’il le faudra, selon ce porte-parole, Sayed Tayyab Agha. «Les gens de Kandahar et des provinces voisines sont avec nous et ont promis qu’ils combattraient pour l’Émirat islamique d’Afghanistan. Pour cette raison, nous ne pouvons pas abandonner, car ils se sont sacrifiés par milliers», a déclaré M. Agha. Si le régime taliban continue à fonctionner dans son réduit du Sud, son isolement diplomatique contrastera fortement avec la situation qui était celle de l’Alliance du Nord au cours des dernières années. Même après avoir été chassé de Kaboul, le président Burhanuddin Rabbani a été considéré par la communauté internationale comme le chef d’État légitime de l’Afghanistan. Son régime a conservé le siège de l’Afghanistan à l’Onu et a maintenu des ambassades dans des capitales comme Moscou, Téhéran et New Delhi. Avant la crise déclenchée par les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis, seuls trois pays, le Pakistan, les Émirats arabes unis et l’Arabie séoudite, avaient des relations diplomatiques avec le régime taliban à Kaboul. Depuis, les talibans ont perdu graduellement leurs soutiens internationaux. Le Pakistan, dernier pays à entretenir avec eux des relations diplomatiques, a annoncé jeudi la fermeture de l’ambassade des talibans à Islamabad. Mais M. Agha a déclaré que les talibans n’étaient pas affectés par cette isolation. «Cela n’a rien de nouveau», a-t-il dit. Il s’en est pris aux Nations unies, les accusant d’être restées passives alors que les forces américaines bombardaient l’Afghanistan et tuaient des civils, et de travailler «sous les instructions des États-Unis». Il a par ailleurs annoncé que son mouvement boycotterait toute tentative de réunir une Loya Jirga, grande assemblée traditionnelle afghane, en vue de former un gouvernement d’unité nationale. Dans les conditions actuelles, «une Loya Jirga ne peut pas apporter la paix et la stabilité à l’Afghanistan», a déclaré le porte-parole du mollah Omar. De profondes divisions demeurent au sein de l’Alliance du Nord, dont les divers seigneurs de la guerre veulent s’approprier les territoires repris aux talibans. Mais les leaders de l’Alliance sont au moins parvenus à mettre de côté leurs divergences et à s’unir contre leur ennemi commun. Cette coalition de minorités ethniques (Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras) avait été humiliée par les Pachtouns, l’ethnie dominante en Afghanistan, à laquelle appartiennent presque tous les talibans. À présent, le fort sentiment d’identité et d’indépendance des Pachtouns n’est pas de bon augure pour l’unité de l’Afghanistan, même si le régime des talibans s’effondrait complètement. Des leaders tribaux et politiques pachtouns qui tentent de s’affirmer dans le Sud ont déclaré qu’ils accepteraient qu’Oussama Ben Laden soit livré aux Américains. Mais ils n’ont pas dit la même chose pour le mollah Omar. Et selon son porte-parole, Omar «ne partira pas, et n’a jamais décidé de quitter Kandahar. Ce n’est pas son choix. Il est décidé à rester». La région de Kandahar, a déclaré M. Agha, «est la base du mouvement islamique taliban. C’est là que la plupart de nos leaders sont revenus», et «nous allons vaincre nos ennemis».
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