Le représentant de l’Unicef en Cisjordanie et à Gaza, Pierre Poupard, a dénoncé lundi à Paris les sévices infligés à certains des 160 jeunes Palestiniens actuellement emprisonnés en Israël. L’Unicef a rapporté parmi d’autres le témoignage de Saddam Ali Ayed Awad, 10 ans, arrêté le 10 juillet par des soldats israéliens après des affrontements avec des jeunes : «Ils m’ont battu sur tout le corps avec des tubes en plastique. Mon bras a dû être opéré et j’ai un implant en platinium. Ils m’ont forcé à enlever mes vêtements et j’ai passé la nuit mes mains attachées et mes yeux bandés. Je n’ai pas eu le droit d’aller aux toilettes pendant deux jours». L’ONG palestinienne Defense for Children International (DCI), dont le travail est soutenu par l’Unicef, a recueilli le témoignage de cet enfant palestinien après son incarcération au centre de détention d’Etzion, près de Bethléem. «Cent soixante Palestiniens de 12 à 18 ans sont actuellement en prison en Israël, accusés pour la plupart d’avoir lancé des cailloux», a relaté Pierre Poupard, représentant de l’Unicef dans les territoires palestiniens occupés, dans une conférence de presse. «Ces enfants passent cinq jours dans des commissariats, dans des conditions dures, puis sont emprisonnés plusieurs mois en Israël en attente de jugements, sans possibilité de visite de leurs parents», a dénoncé M. Poupard. «Il ne devrait pas y avoir de tels comportements dans un pays comme Israël qui a ratifié la Convention des droits de l’enfant», a-t-il estimé, demandant que ces «enfants soient jugés par la justice palestinienne». DCI a transmis à l’Unicef plusieurs autres témoignages, dont celui de Mohammed al-Jaberi, 17 ans, du camp de réfugiés al-Arroub : «Près de trente soldats ont envahi ma maison à 2h30 du matin le 17 août 2001, mon frère et moi ont été emmenés dans un centre d’interrogatoire israélien et questionnés à propos de gens recherchés par les soldats». «Battus à coups de casque par des soldats», «insultés et menacés de violences sexuelles», ils ont été enfermés dans «une pièce de 4 mètres sur 3 remplie d’insectes» et interrogés pendant neuf jours, puis «relâchés sans aucune charge», selon l’ONG. M. Poupard a précisé que l’Unicef finançait un avocat qui rendait visite à ces enfants et leur fournissait «des vêtements et de la nourriture», certains étant en outre battus par les jeunes prisonniers israéliens avec qui ils sont parfois emprisonnés. Insistant sur la dégradation de la «détresse sociale et psychologique» des jeunes vivant dans les territoires occupés, M. Poupard a souligné que «63 % des enfants palestiniens tués, notamment à des checkpoints israéliens, l’ont été par balles réelles». «Cent soixante-six enfants palestiniens ont été tués, plus de 7 000 blessés et 530 ont été handicapés à vie» depuis le début de l’intifada le 28 septembre 2000, «35 % sont morts de blessures à la tête et 31 % à la poitrine, ce qui pose de sérieux problèmes par rapport aux conventions de Genève» sur les conflits armés, selon l’Unicef. Pourtant, le représentant de l’Unicef, en visite à Paris pour informer sur ces «violations des droits de l’enfant», s’est voulu optimiste en rappelant que «95 % des enfants palestiniens vont à l’école» et en soulignant la «détermination des Palestiniens à vivre normalement». Il a souhaité «donner un visage humain à l’enfant palestinien et casser l’image de violence des lanceurs de pierres».
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