La chute des prix du pétrole devrait favoriser la reprise de l’économie mondiale, mais tous les pays n’en profiteront pas de la même façon et les risques de déstabilisation des pays producteurs inquiètent les analystes. «Le recul des marchés pétroliers entraîne une baisse du prix du pétrole en tant que matière première, ce qui est toujours bénéfique, et provoque un recul du pouvoir d’achat des pays producteurs, qui sont aussi les clients des économies occidentales. Le premier facteur l’emporte sur le second», résume un analyste. Un baril inférieur à 20 dollars va permettre la poursuite de la désinflation, relève Christophe de Boissieu, professeur d’économie à l’Université Paris-I (Sorbonne). Conjugué aux baisses d’impôts décidées par plusieurs gouvernements, cela va accroître le pouvoir d’achat des ménages et améliorer leur moral. Or la confiance des ménages est essentielle pour la reprise de l’économie, rappelle M. de Boissieu. Dans la zone euro, la poursuite de la désinflation pourrait également inciter la Banque centrale européenne (BCE), dont l’objectif principal est de garantir la stabilité des prix, à baisser les taux, une mesure réclamée par de nombreux dirigeants pour redonner des couleurs à la croissance. Le recul des prix du pétrole va également contribuer au rétablissement des marges des entreprises, notent les analystes. «C’est une très bonne chose pour l’économie mondiale», juge Andrew Oswald, professeur à la Warwick University, qui souligne le rôle primordial joué par les hydrocarbures sur les coûts supportés par les entreprises, notamment dans le transport des produits, mais aussi au niveau des salaires. «La plupart des stratégistes considèrent qu’une baisse significative des prix du pétrole est équivalente à une baisse d’impôts comme stimulation apportée à l’économie», résume Doug Leggate, expert du secteur chez Commerzbank. Cependant, tous les pays consommateurs ne tireront pas le même avantage de la baisse des prix. Les États qui, comme la France, ont mis en place une politique énergétique visant à les prémunir contre les fortes variations des prix des hydrocarbures, profiteront moins de leur recul. «Quand le pétrole baisse, la France est moins compétitive que ses concurrents européens ou de l’OCDE», indique un analyste. Ainsi, une étude réalisée par l’Observatoire français de l’énergie en décembre 1998, avait montré qu’un baril à 6 dollars n’entraînerait qu’une hausse de 0,1 point de pourcentage du produit intérieur brut français. Le Japon, déjà fortement affaibli et qui a une politique énergétique similaire, profiterait également moins que ses voisins asiatiques d’une baisse des prix du brut. En outre, si les analystes relèvent les bénéfices du maintien du baril à un prix modéré, ils soulignent le danger à voir les prix continuer à dégringoler, ce qui déstabiliserait les pays producteurs, qui tirent souvent l’essentiel de leurs ressources de leur production pétrolière. «Personne ne veut voir les revenus de ces pays être soudainement amputés d’un quart. Ce serait très déstabilisateur pour le monde entier», juge M. Oswald. Un baril à 15 dollars poserait de gros problèmes aux pays producteurs de l’Opep et pourrait également fragiliser l’économie russe, souligne M. de Boissieu, qui estime que les pays industrialisés auraient tout intérêt à soutenir un baril situé entre 20 et 25 dollars. À long terme, c’est également l’exploration pétrolière qui en pâtirait, ajoute M. Oswald, alors que des investissements massifs seront nécessaires au cours des prochaines années pour garantir l’offre pétrolière et faire face au déclin naturel des réserves.
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