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Actualités - Chronologies

Le général Dostam, un mercenaire champion du retournement d’alliance

Le chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostam a toujours démontré une parfaite maîtrise du retournement d’alliance tout au long de la guerre civile qui a ravagé son pays. Né en 1954 dans une famille pauvre de la minorité ouzbèke originaire de la province de Jowzjan (nord de l’Afghanistan), Dostam (ou Dostom, «mon ami»), a commencé sa carrière comme simple paysan avant de devenir un chef de guerre redouté. Il avait rejoint le Parti communiste afghan (PDPA) pour commander à 23 ans un escadron de blindés. Peu après l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, il est envoyé en Union soviétique où il reçoit une formation militaire. Rentré en Afghanistan, il prend la tête d’une milice procommuniste forte de quelque 20 000 hommes et combat activement les forces moujahidine de la résistance afghane. Nommé général de division en 1990, il avait obtenu du régime communiste le titre de «héros de la République» en 1991 pour ses succès contre la guérilla islamiste. En 1992, trois ans après le retrait soviétique, le vent tourne et Dostam tourne avec lui. Il abandonne le régime prosoviétique du Dr Mohammad Najibullah pour rejoindre son ancien ennemi, le commandant Ahmad Shah Massoud, assassiné le 9 setembre dernier, avec qui il partage brièvement le pouvoir à Kaboul. Mais, furieux d’être écarté des postes qu’il ambitionnait, le général change une nouvelle fois de camp en rejoignant les forces de Gulbuddin Hekmatyar, un islamiste radical. Leur siège de Kaboul a laissé la ville en ruines et sa milice y a gagné le surnom de «Killim Jam», les voleurs de tapis, tant elle a rançonné la population, sans parler des viols. Mais Kaboul n’est pas tombée. Après cet échec, Dostam regagne le nord pour y créer un mini-État où il «règne» sur quelque cinq millions d’Afghans. Sa «capitale», Mazar-i-Sharif, dispose de sa propre monnaie, d’un grand aéroport, d’une université et les échanges se multiplient avec l’Ouzbékistan. La loi de Dostam y est sans pitié, les criminels sont écrasés sous les chenilles des tanks, mais Mazar-i-Sharif devient un refuge pour des milliers d’Afghans qui fuient les rigueurs de la loi islamique imposée par les taliban, milice au pouvoir à Kaboul. Au sommet de son pouvoir en 1996-1997, son fief connaît une prospérité qui tranche avec le reste du pays, plongé dans la guerre civile. Courtisé par les puissances étrangères, il visite Londres, Washington et New York. Il crée sa propre compagnie aérienne, Balkh Air, qui transporte les hommes d’affaires en Iran, en Asie centrale, dans le Golfe et au Pakistan. Modéré, il apprécie à l’occasion un verre d’alcool, une rareté pour un Afghan, et il se montre libéral à l’égard des femmes qui seront longtemps les seules Afghanes à pouvoir travailler et étudier librement et à choisir de porter ou non le voile islamique. Il possède son propre avion, circule dans une Cadillac noire blindée et ses divers investissements comprennent un complexe hôtelier en Turquie. Il se disait alors certain de devenir milliardaire en exploitant les ressources gazières de son fief. Pour les journalistes étrangers, il est alors l’hôte parfait, partageant le whisky et racontant ses prouesses guerrières. Pour certains il est le «nouveau Tamerlan», du nom de ce chef ouzbek qui a conquis l’Afghanistan au XIVe siècle avant de bâtir un empire s’étendant de Bagdad à la Chine occidentale. Un exploit notable pour quelqu’un qui sait à peine lire et écrire, selon ses conseillers. Pour les taliban, il est en revanche un «infidèle alcoolique». En mai 1997, les taliban imposent une version ultrarigoureuse de la charia (loi islamique) dans le territoire qu’il contrôle, en s’appuyant sur un des ses rivaux, Abdul Malik. Vaincu, il part en exil en Turquie. Malik se retournera contre les taliban, qu’il massacre à Mazar-i-Sharif, avant de prendre la succession de Dostam comme roitelet local. Mais, en octobre 1997, Dostam revient, défait Malik, reprend brièvement le contrôle de son ancien bastion et s’allie avec son ancien ennemi Massoud pour former la deuxième plus puissante force d’opposition armée aux taliban au sein de l’Alliance du Nord. En 1998, nouveau retournement de situation : ses généraux changent de camp et Dostam est à nouveau contraint de quitter son fief qui tombe entre les mains des taliban. Le général Dostam n’est pourtant pas à homme à se décourager et il renoue le contact au début de cette année avec le commandant Massoud, avant de regagner le nord de l’Afghanistan et de s’y battre au sein de l’Alliance du Nord.
Le chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostam a toujours démontré une parfaite maîtrise du retournement d’alliance tout au long de la guerre civile qui a ravagé son pays. Né en 1954 dans une famille pauvre de la minorité ouzbèke originaire de la province de Jowzjan (nord de l’Afghanistan), Dostam (ou Dostom, «mon ami»), a commencé sa carrière comme simple paysan avant de devenir un chef de guerre redouté. Il avait rejoint le Parti communiste afghan (PDPA) pour commander à 23 ans un escadron de blindés. Peu après l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, il est envoyé en Union soviétique où il reçoit une formation militaire. Rentré en Afghanistan, il prend la tête d’une milice procommuniste forte de quelque 20 000 hommes et combat activement les forces moujahidine de la résistance afghane. Nommé...