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Actualités - Chronologies

La division des taliban et l’espoir d’une révolte tribale ont échoué

Le projet était le suivant : envoyer un chef de guerre respecté et un royaliste en mission secrète en Afghanistan fomenter une révolte tribale, diviser les taliban et priver Oussama Ben Laden de protection. Mais le plan a échoué. Ces envoyés ont été découverts par les taliban et l’un d’eux a même été exécuté. Le scénario initial prévoyait qu’un pôle politique antitaliban issu de la majorité pachtoune allait, avec l’intervention de ces deux hommes, émerger sous la bannière de l’ex-roi Mohammed Zaher Shah, préparant le terrain à la formation d’un gouvernement stable à Kaboul. Surtout, l’opération «Liberté immuable» ne durerait que quelques semaines, limitée à des bombardements aériens, et l’on aurait évité une longue et sale guerre en Afghanistan. Deux hommes avaient été choisis pour mener cette mission à bien : Afghans, respectés, ayant des relations et prêts à prendre le risque de négocier derrière les lignes des taliban. Le premier, Abdul Haq, avait gagné un statut de héros dans la résistance à l’armée soviétique dans les années 1980 et était respecté pour être resté en dehors de la guerre civile qui avait suivi entre factions afghanes. Le second, Hamid Karzai, pouvait également se prévaloir de s’être bien battu contre les Soviétiques, d’être royaliste et issu de l’ethnie pachtoune. Autant de cartes susceptibles d’attirer des Afghans fatigués de l’islam puritain imposé par les taliban et hostiles à la présence, à leurs côtés, de combattants arabes et pakistanais. Mais Hamid Karzai a été découvert par les taliban et n’a eu la vie sauve que de justesse. Abdul Haq n’a pas eu cette chance et a été exécuté dès sa capture. Avec eux a disparu tout espoir des Occidentaux de voir les taliban craquer sous autre chose qu’une énorme pression militaire. «Absolument catastrophique. La pire nouvelle de toute la guerre», a déclaré un diplomate occidental décrivant l’échec de la mission qui, selon un agent de renseignements, avait été financée et coplanifiée par la CIA. «Il y a eu des fuites, trop de gens étaient au parfum», a dit une source au sein des services de renseignements. Il faut dire que lorsque Abdul Haq s’est mis en route, le secret de son voyage dans la province de Logar, censée abriter des chefs modérés, dans l’est de l’Afghanistan, avait été largement éventé. Avant de partir, Abdul Haq avait rencontré la presse et rendu publique sa présence à la frontière pakistano-afghane, alertant les sympathisants des taliban, tant en Afghanistan qu’au Pakistan. La mission de Hamid Karzai avait aussi été ébruitée au Pakistan alors que les deux hommes étaient entrés clandestinement en Afghanistan. Au-delà de leur destin personnel, leur échec signe la fin de toute tentative de rallier, par la négociation ou l’appât du gain, ceux qu’on a appelés les «taliban modérés» et de voir une partie de la population «lâcher» le chef suprême des milices, le mollah Mohammad Omar, et son hôte Oussama Ben Laden, notent des diplomates et agents de renseignements. À l’inverse, la réussite du scénario aurait apaisé les craintes du Pakistan, un ex-allié des taliban que rend nerveux la perspective de voir les Pachtounes, une ethnie présente dans les deux pays, perdre le pouvoir à Kaboul. «On avait à faire à une double approche, tenter de diviser les taliban, tout en les maintenant sous la pression militaire. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule option, la force», dit un diplomate européen. Les États-Unis n’ont plus désormais le choix que de tabler sur l’Alliance du Nord, vague coalition de minorités ethniques ennemie du Pakistan. L’Alliance, dont les forces sont concentrées au nord de Kaboul et près de la frontière avec le Tadjikistan, n’est pas prête à affronter les taliban, encore moins dans les prochaines semaines. Ses lignes de ravitaillement sont distendues, sous la neige, et ses soldats manquent d’armes et de munitions. Sur le plan diplomatique et logistique, Washington doit œuvrer aux côtés de la Russie et de l’Iran dans son soutien à l’opposition, une tâche délicate. «On est passé de l’optimisme à la frustration et, maintenant, l’humeur est à la patience», explique un analyste occidental. «Le défi est considérable sur le plan militaire et les Américains sont placés devant un champ de mines géopolitique. Tout indique que l’on s’achemine vers une opération de longue durée», ajoute-t-il.
Le projet était le suivant : envoyer un chef de guerre respecté et un royaliste en mission secrète en Afghanistan fomenter une révolte tribale, diviser les taliban et priver Oussama Ben Laden de protection. Mais le plan a échoué. Ces envoyés ont été découverts par les taliban et l’un d’eux a même été exécuté. Le scénario initial prévoyait qu’un pôle politique antitaliban issu de la majorité pachtoune allait, avec l’intervention de ces deux hommes, émerger sous la bannière de l’ex-roi Mohammed Zaher Shah, préparant le terrain à la formation d’un gouvernement stable à Kaboul. Surtout, l’opération «Liberté immuable» ne durerait que quelques semaines, limitée à des bombardements aériens, et l’on aurait évité une longue et sale guerre en Afghanistan. Deux hommes avaient été choisis pour mener...