L’Iran entend poursuivre le dialogue sur l’après-taliban avec le Pakistan entamé avec la visite du président Pervez Musharraf, mais Téhéran insiste sur le fait que le gouvernement de l’ancien président afghan Burhanuddin Rabbani représente la seule «légalité» à Kaboul. Après la visite surprise mercredi à Téhéran du chef de l’État pakistanais, les autorités iraniennes envisagent une prochaine visite à Islamabad du ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi ainsi que du ministre de l’Intérieur Abdolvahed Moussavi-Lari, indique le quotidien Iran News. Ces visites ont pour toile de fond les frappes américano-britanniques sur l’Afghanistan et l’avenir de leur voisin après les taliban, un sujet sur lequel Téhéran et Islamabad observent des approches profondément divergentes. L’Iran estime que le gouvernement Rabbani constitue l’unique «légalité» en Afghanistan et qu’il revient donc à lui seul de succéder au pouvoir taliban, quitte à y associer ultérieurement l’ex-roi Mohammed Zaher Shah, voire «d’anciens taliban». Ennemi juré des taliban, qui à ses yeux représentent un «dévoiement» de l’islam, l’Iran a invariablement soutenu dans les instances internationales le gouvernement Rabbani, déchu en 1996. Toutefois, l’Iran et l’Alliance du Nord de M. Rabbani font une analyse différente des opérations militaires américaines commencées le 7 octobre en Afghanistan. Téhéran les condamne avec la plus ferme énergie, estimant que les Américains provoquent une «catastrophe humaine» et veulent s’implanter dans la région. L’Alliance les approuve et espère en tirer parti militairement. «L’avis de l’Iran, c’est que toutes les ethnies afghanes doivent être représentées dans un futur gouvernement, car l’expérience montre qu’aucune minorité n’a pu gouverner seule», a indiqué mardi aux journalistes le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hamid-Reza Assefi. «Le gouvernement de Rabbani, en tant que gouvernement légal qui dispose d’un siège à l’Onu, doit accomplir sa mission jusqu’à la création du futur gouvernement», a-t-il ajouté. En clair, il appartient au gouvernement Rabbani d’assurer l’intérim après le départ des taliban et de préparer de futures élections, la constitution d’un gouvernement élargi et la mise en place d’une «Haute Assemblée» susceptible de représenter l’ensemble de la population afghane. Le chef de la diplomatie iranienne insiste très souvent sur «l’importance des Pachtounes, qui représentent près de 40 % des Afghans». Or, les Pachtounes sont peu nombreux dans l’Alliance du Nord. «L’Iran souhaite une administration provisoire et considère que la légitimité politique est celle de Rabbani. Mais les Iraniens sont conscients de ce que l’Alliance du Nord ne peut gouverneur seule, et ils réfléchissent à une solution qui intégrerait des Pachtounes et sans doute d’anciens taliban», souligne un diplomate occidental. «Ils ne souhaitent pas que la personnalité de l’ex-roi soit mise en valeur, mais ils sont pragmatiques et pourraient accepter que Mohammed Zaher Shah exerce une influence positive auprès des Pachtounes, puisqu’il est l’un d’eux», ajoute-t-il. L’Iran «est mal à l’aise à propos d’un retour de Zaher Shah et s’est toujours opposé aux projets de restauration» monarchique, dit Mojgan Tavassoli, journaliste spécialiste de l’Afghanistan d’Iran News. L’Iran et le Pakistan ont jusqu’ici toujours divergé sur l’Afghanistan, exerçant l’un et l’autre une influence rivale. Tous deux craignent cependant les répercussions politiques, sociales et économiques de l’afflux de réfugiés afghans à leurs frontières. Les deux pays accueillent déjà à eux deux près de quatre millions d’Afghans sur leur sol.
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