Des manifestations antiaméricaines sont organisées par les groupes religieux du Bangladesh à Dacca, où comme dans le reste du pays musulman le bilan des pertes civiles causées par les bombardements sur l’Afghanistan suscite un malaise croissant. Plusieurs milliers de personnes participaient lundi dans la capitale à une manifestation organisée par les fondamentalistes musulmans pour protester contre les frappes américaines en Afghanistan. Selon le puissant Mouvement pour une Constitution islamique (ICM), ils devaient marcher vers l’ambassade américaine après une manifestation organisée devant la mosquée Baitul Mukarram dans le centre de la capitale. Cependant la police avait averti que des mesures de sécurité avaient été prises pour empêcher les quelque 3 000 manifestants de parvenir à l’ambassade des États-Unis. Selon un témoin, ils se sont dispersés dans le calme après avoir été stoppés par un barrage de police, à quatre kilomètres du but. Un responsable du ministère de l’Intérieur avait averti que les manifestants seraient arrêtés bien avant qu’ils soient en mesure d’atteindre l’ambassade située dans le nord de Dacca. Selon des témoins, des groupes de manifestants ont crié des slogans en faveur d’Oussama Ben Laden, inspirateur présumé des attentats du 11 septembre aux États-Unis. Sur des banderoles on pouvait lire «Arrêtez le génocide en Afghanistan» et encore «Attendez, nous allons participer à la bataille». Des véhicules de la police escortaient la manifestation, mais aucun incident n’a été signalé. Un autre groupe, intitulé «Comité de résistance à l’agression anglo-américaine sur l’Afghanistan», a annoncé une manifestation semblable plus tard dans la journée. Déjà samedi, près de 3 000 musulmans avaient pris part à Dacca à une marche réclamant l’arrêt immédiat des bombardements. Ces membres du parti fondamentaliste Jamaat-e-Islami, une des quatre composantes de la nouvelle coalition gouvernementale, avaient crié des slogans antiaméricains et protaliban. Ces dernières semaines, les manifestations antiaméricaines sont devenues fréquentes au Bangladesh, mobilisant jusqu’à 10 000 personnes, à l’appel de diverses formations dont le Jamaat, qui compte deux ministres dans le nouveau gouvernement. Dès vendredi, les États-Unis ont suspendu le programme du Peace Corps (coopérants civils) au Bangladesh après les manifestations antiaméricaines dans ce pays. Cependant le bureau du Peace Corps à Dacca reste ouvert et l’ambassade continue de fonctionner avec l’ensemble de son personnel, selon un communiqué du département d’État. Le gouvernement de Khaleda Zia, installé trois jours après le début des frappes en Afghanistan, le 7 octobre, s’est montré «très coopératif pour assurer la sécurité des citoyens américains», soulignait le texte. Avec 129 millions d’habitants, le Bangladesh est le troisième plus grand pays musulman après l’Indonésie et le Pakistan. Dimanche, Mme Zia a demandé une réunion spéciale de l’Organisation de la conférence islamique consacrée à la crise humanitaire en Afghanistan. Dans le même temps, la presse du Bangladesh critique de plus en plus fermement les frappes sur l’Afghanistan. «La guerre en Afghanistan a franchi le seuil de tolérance pour la plupart des peuples du monde, à l’exception peut-être d’un groupe choisi de faucons du monde occidental», soulignait lundi le Daily Star. «La guerre conduite par les Américains est devenue insupportable», jugeait le journal.
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