Depuis plus d’un an d’«intifada», les déclarations de condamnation faisant suite à des actes de violence, chaque fois plus terribles, et les appels à rétablir le dialogue pour résoudre le conflit du Moyen-Orient se sont succédé sans grand succès. Le découragement est précisément ce que veulent ceux qui s’opposent à la paix. En ces moments de profonde inquiétude, il peut paraître difficile de trouver des raisons pour tenter à nouveau de relancer le dialogue et rechercher la paix. Personnellement, je vois trois raisons essentielles. Montrer la continuité de notre engagement. Exprimer notre compréhension pour ce que ressentent les opinions publiques, dans des circonstances aussi critiques que celles que nous connaissons, après les événements du 11 septembre. Et en troisième lieu, ranimer une vision de la paix que nous avons depuis longtemps. Le processus de paix, qui s’est enrayé bien avant les attentats terroristes aux États-Unis et la situation actuelle en Afghanistan, se trouve totalement bloqué. Pourtant, nous nous trouvons peut-être en ce moment devant une petite opportunité. La manquer constituerait une grave erreur. L’Union éuropéenne, moi-même et notre représentant spécial dans la région, l’ambassadeur Moratinos, avons veillé à maintenir des contacts constants avec tous les acteurs régionaux pour que l’on sorte du cycle des violences et pour ramener le conflit vers le domaine de la politique, du dialogue et de la négociation. Certains diront que toutes les tentatives de médiation ont échoué. Nous avons parfois cru voir le début de l’apaisement nécessaire mais, à chaque fois, un drame est venu ternir les espoirs. Ce fut le cas la semaine dernière avec l’assassinat d’un membre du gouvernement israélien et la vague de violence qui a suivi. Pour autant, il n’est pas question pour nous de renoncer. Plusieurs ministres européens se joindront aussi à l’effort pour rappeler ce message commun. Je sais que le même souci habite nos grands partenaires internationaux. Je reviens dans la région cette semaine pour parler une fois de plus aux principaux dirigeants israéliens et palestiniens, mais aussi de Jordanie et d’Égypte. j’expliquerai à mes interlocuteurs que nous comprenons que leur préoccupation soit encore plus profonde qu’avant. L’immense majorité des Arabes est contre le terrorisme. Les pays arabes ont d’ailleurs eux-mêmes souffert du terrorisme. Ils veulent seulement que leur identité soit respectée dans un monde globalisé. Le Moyen-Orient aspire à la paix et à la stabilité, et les peuples à la sécurité et à la prospérité. Je perçois très bien cette exigence de sécurité chez tous les Israéliens. Je la perçois aussi d’ailleurs chez les Palestiniens, qui souhaitaient pouvoir étudier, travailler, se déplacer librement. Finalement, chaque peuple doit être rassuré sur son acceptation par l’autre. C’est la condition pour redonner confiance dans l’avenir. La politique de l’Union européenne vis-à-vis de la région a toujours été claire. Depuis le sommet de Venise, il y a vingt ans, nous avons soutenu un règlement du conflit fondé sur l’appel à une solution négociée, pour la mise en œuvre des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, qui établissent le droit des Palestiniens à l’autodétermination, c’est-à-dire à un État, et le droit d’Israël à la sécurité dans des frontières sûres et reconnues. Les dirigeants de l’Union européenne viennent de le rappeler vendredi dernier à Gand. Le président Bush a lui aussi reconnu, la semaine dernière, le droit des Palestiniens à un État viable pour autant que le droit à l’existence d’Israël soit garanti. En outre, l’Europe demeure fidèle aux principes de la conférence de Madrid, dont nous fêterons dans quelques jours le dixième anniversaire. De même, nous continuons de penser que l’objectif des accords d’Oslo, un accord sur le statut final, demeure. Dans l’immédiat, l’objectif est de relancer le processus de paix. Comment faire? Nous avons une base qui est acceptée par les parties et soutenue par une large coalition internationale pour la paix : ce sont les recommandations du rapport de la Commission Mitchell, dont j’ai eu l’honneur de faire partie. Ce rapport identifie une série de mesures politiques, économiques et de sécurité susceptibles de ramener les parties à la table de négociations. En effet, les efforts visant à réduire la violence doivent être soutenus par une perspective politique ainsi que par un assouplissement des restrictions économiques. Mais comment transformer cette base de travail en une feuille de route opérationnelle ? La mise en œuvre des recommandations du rapport Mitchell s’est en effet heurtée à la question de la séquence des mesures à prendre par chacune des deux parties. Autrement dit : qui commence, et quand ? Il faut dépasser ce problème. C’est possible si les parties perçoivent la gravité de la situation et les risques qu’il y aurait à la laisser dégénérer. Nous nous tenons prêts, nous Européens, à les assister pour cela. Nous sommes prêts également, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, à contribuer à un mécanisme impartial de surveillance qui puisse les aider à surmonter les divergences et les obstacles, comme l’a proposé l’UE mais aussi les dirigeants du G-8 il y a quelques mois. Le processus de Barcelone, le cadre de référence le plus solide que nous ayons, et avec les objectifs les plus clairs pour développer la coopération dans la région euro-méditerranéenne y compris le Moyen-Orient, a beaucoup souffert de la crise politique israélo-arabe. La réunion ministérielle euro-méditerranéenne des 5 et 6 novembre prochain doit être l’occasion de donner une nouvelle impulsion, car il est absolument nécessaire que les pays de la région accroissent la coopération entre eux et avec l’Union européenne. Après les événements tragiques du 11 septembre, nous devons tous nous efforcer de sortir de cette période difficile, non pas plus éloignés, mais plus proches. Il faut pour cela additionner toutes les bonnes volontés – elles sont nombreuses dans la région et en dehors de celle-ci – et isoler les autres. Si nous savons unir nos efforts contre ceux qui veulent prendre en otage le sort des peuples et des gouvernements, nous devons aussi veiller à avoir une coalition pour une paix juste au Moyen-Orient. * Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité commune.
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