Le gouvernement de Silvio Berlusconi a défendu hier devant le Parlement l’engagement de l’Italie dans l’opération de représailles dirigée par les Américains en Afghanistan au moment où des critiques se manifestent dans la péninsule contre les risques de guerre. Le président du Conseil italien est intervenu en fin de journée devant le Sénat (Chambre haute du Parlement) avant un vote sur la position italienne à la suite des bombardements contre l’Afghanistan. Silvio Berlusconi, qui devait après se rendre à la Chambre des députés (Chambre basse), souhaite une manifestation d’unité des forces politiques de la péninsule à l’occasion de ce vote dans les deux chambres, mais l’opposition paraissait très divisée mardi et trois motions devraient être soumises aux parlementaires : une par la majorité gouvernementale, une par le centre-gauche et une défendue par les deux partis communistes et les Verts (écologistes). Ces dissensions au sein de l’opposition font le jeu de Silvio Berlusconi. Mais, dans le même temps, elles l’embarrassent, car elles donnent aux États-Unis l’image d’une Italie peu fiable comme alliée dans l’opération engagée en Afghanistan, soulignaient mardi plusieurs quotidiens italiens. Le quotidien La Stampa a résumé cette situation avec un dessin publié en première page. Silvio Berlusconi y est caricaturé en larmes, un téléphone à la main, demandant au président américain George W. Bush «pourquoi ne m’avez-vous pas téléphoné quand vous avez attaqué l’Afghanistan ?». «Parce que vous, les Italiens, vous commencerez la guerre à nos côtés, mais vous la terminerez comme partisans de Ben Laden», lui répond George W. Bush. Depuis deux jours, la presse italienne raille le chef du gouvernement, laissé sur le banc de touche par le président américain. Pas averti de l’imminence de l’opération, Silvio Berlusconi se trouvait dimanche à Milan et il n’a été informé que tard et par le vice-président américain Dick Cheney, alors que les bombardements étaient en cours. George W. Bush lui a mis un peu de baume au cœur lundi en lui passant un coup de téléphone très médiatisé au cours duquel il lui a témoigné son amitié et l’a invité à se rendre à Washington le 15 octobre. Cette mise à l’écart est le prix à payer des déclarations confuses du ministre de la Défense Antonio Martino sur l’engagement de l’Italie et des propos calamiteux de Silvio Berlusconi sur la supériorité de la civilisation occidentale, au moment où Washington cherchait à rallier les pays musulmans modérés à la lutte contre le terrorisme, soulignent les éditorialistes de la péninsule. Mais, surtout, l’Administration américaine considère que l’Italie est vulnérable, à cause des mouvements pacifistes et antiaméricains, estime La Stampa. Si le proaméricanisme de Silvio Berlusconi et de plusieurs de ses ministres n’est pas mis en doute, la multiplication des manifestations pacifistes dans la péninsule depuis dimanche pose un problème à Washington. L’Italie héberge plusieurs bases militaires américaines et de l’Otan, autant de points de ralliement pour des manifestations. L’image d’un manifestant brûlant un drapeau américain dimanche soir à Naples, siège du commandement sud de l’Otan, a choqué Washington. Et les tergiversations du chef de l’opposition, Francesco Rutelli, inquiet devant les risques de guerre, renforcent cette défiance. D’autant que le pape Jean-Paul II a pris position en se déclarant lundi «angoissé et préoccupé» par la situation créée par les bombardements en Afghanistan.
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