Alors que les Américains ont réagi promptement pour conjurer la récession en annonçant un plan de relance, les Européens tergiversent, faute de moyens budgétaires, et attendent de la Banque centrale européenne (BCE) qu’elle réactive l’économie. Avant la réunion samedi à Washington des ministres des Finances et des banquiers centraux des sept grands pays industrialisés (G7), le grand argentier américain, Paul O’Neill, a appelé Européens et Japonais à mettre, comme les États-Unis, la main à la poche pour relancer l’économie mondiale au bord de la récession après les attentats du 11 septembre. «Cela doit être une reprise à l’échelle mondiale. L’économie américaine a porté la plus grande partie du reste du monde en particulier depuis un an», a lancé M. O’Neill. Washington estime remplir son contrat en lançant un coûteux plan de stimulation budgétaire de 60 à 75 milliards de dollars. Or, l’Allemagne a déjà opposé une fin de non-recevoir à la demande américaine. Un plan commun de relance de la conjoncture ne figure «en aucun cas» à l’agenda du G7, a souligné le ministre des Finances, Hans Eichel. «Les plans de relance de la conjoncture n’apportent rien en général», a-t-il ajouté. En termes plus nuancés, son homologue français Laurent Fabius a expliqué que l’Union européenne serait certes désireuse d’«agir» pour relancer l’économie, mais que sa «marge de manœuvre budgétaire» n’est pas celle des États-Unis. Il est vrai que les caisses des trois grands pays de la zone euro, l’Allemagne, la France et l’Italie (75 % du PIB de la zone), sont vides, à l’inverse de celles des États-Unis. La dérive de leurs finances va encore s’aggraver avec le ralentissement de la croissance. «Les Européens paient le prix de leur comportement de cigale durant les belles années de croissance», pendant lesquelles ils n’ont pas suffisamment assaini leurs finances publiques, déplore Hervé Goulletquer, économiste en chef au Crédit Lyonnais. Or, les Douze sont liés par le pacte de stabilité et de croissance qui leur impose une discipline budgétaire. «Toute distance prise par rapport au pacte risque d’être sanctionnée par les marchés avec une hausse des taux d’intérêt à long terme», souligne M. Goulletquer. Prudents, les dirigeants européens jurent de coller au pacte : l’Europe ne doit pas «dévier» des objectifs du pacte, a prévenu jeudi le chancelier allemand Gerhard Schröder, soutenu par le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar. «Il ne serait ni raisonnable ni utile de modifier le pacte de stabilité», souligne aussi M. Fabius. Avant de s’engager dans une politique de relance, les Européens «attendent de connaître l’évolution de leur économie», espérant que «le choc infligé est ponctuel» et qu’ils échapperont à la récession, analyse M. Goulletquer. Reste à l’Europe une autre arme, celle d’une baisse des taux de la BCE qui soutiendrait l’activité. En échange de leurs promesses de rigueur, les grands argentiers européens espèrent une politique plus souple de la BCE. Un geste de la BCE «serait important en terme de confiance, et pour donner le sentiment que nous réagissons à la situation», a plaidé M. Fabius. Après avoir abaissé son taux directeur de 0,50 point à 3,75 % le 17 septembre, en coordination avec la Réserve fédérale américaine, la BCE devrait le réduire une nouvelle fois jeudi prochain, prévoient de nombreux économistes. Mais la politique monétaire a ses limites. «La BCE ne peut pas ramener ses taux sous les 2,75 %» sans risquer de se trouver dans une situation à la japonaise où la baisse du loyer de l’argent, au lieu d’aider l’activité, favoriserait les mouvements financiers et spéculatifs, souligne Christian de Boissieu, professeur d’économie à l’université de Paris 1.
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