Le président soudanais Omar el-Bachir a ordonné hier la suspension du procès d’opposants accusés de complot avec l’aide des États-Unis, une nouvelle confirmation de la détente croissante entre Washington et le Soudan, auparavant accusé de soutenir le terrorisme. Dans un discours au Parlement retransmis à la télévision, le général Bachir a annoncé la suspension du procès de dirigeants de l’Alliance nationale démocratique (AND, coalition de l’opposition nordiste et de la rébellion sudiste), arrêtés en décembre lors d’une réunion avec un diplomate américain, par la suite expulsé du Soudan. M. Bachir a ensuite ordonné la libération de six de ces responsables de l’AND. Deux autres accusés, un cadre du parti et une autre personne, avaient été libérés précédemment sous caution. Le dirigeant soudanais a également suspendu le procès des dirigeants d’un parti islamiste dirigé par son ancien allié au pouvoir, devenu son rival, Hassan al-Tourabi, ordonnant leur libération. Mais il a précisé que ces cadres seraient libérés «à l’exception de ceux dont l’intérêt suprême du pays nécessite qu’ils soient maintenus en détention». On ignore qui sont les personnes concernées par cette exception, mais l’épouse de M. Tourabi s’est déclarée optimiste, précisant que son mari, actuellement en résidence surveillée, devrait être prochainement libre. Les six dirigeants de l’AND accusés de tentative de soulèvement avec l’aide des États-Unis et de la rébellion armée sont le secrétaire général de l’AND Joseph Okelu, Ali Ahmed al-Sayyed, al-Tighani Mustafa, Mohammed Widaat Allah, Mohammed Mahjoub et Mohammed Suleiman. Tous sont membres du secrétariat de l’AND et représentent différents partis de l’Alliance, qui regroupe l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA) le principal mouvement de la rébellion sudiste, et des partis et groupes armés basés au Nord. Le directeur de cabinet de M. Okelu Stansi Jeremy Wango, et le propriétaire de la maison où se tenait la réunion étaient eux poursuivis pour avoir organisé la rencontre. Dans son discours, le général Bachir a émis le souhait d’une amélioration des relations avec Washington et s’est engagé à aider à la lutte contre le terrorisme, après les attentats du 11 septembre, mais a assuré que les mesures décidées en faveur des opposants visaient à faciliter la réconciliation nationale. Les régimes successifs du Nord, à dominante arabo-musulmane, sont en guerre depuis 1983 contre la SPLA du colonel John Garang, qui réclame l’autodétermination du Sud animiste et chrétien. M. Tourabi avait été emprisonné puis placé en résidence surveillée après la signature en février par son parti, le Congrès national populaire (CNP), d’un accord avec la SPLA pour lancer un soulèvement «pacifique» contre le régime de M. Bachir. Selon les analystes, la libération des cadres de l’AND s’inscrit dans le droit fil de l’amélioration progressive des relations avec Washington. Depuis qu’il a évincé M. Tourabi, un théoricien fondamentaliste de réputation mondiale, M. Bachir a amélioré les relations du Soudan avec les États-Unis, qui accusaient Khartoum de soutenir le terrorisme international. Samedi, les Nations unies ont, avec l’assentiment de Washington, levé les sanctions essentiellement symboliques imposées au Soudan en 1996 parce qu’il refusait d’extrader des islamistes suspectés dans une tentative d’attentat contre le président égyptien Hosni Moubarak, en 1995 à Addis Abeba. Les États-Unis ont néanmoins maintenu leurs propres sanctions contre le Soudan, placé depuis 1993 sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme.
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