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Actualités - Conferences Et Seminaires

Conférence - Pharès Zoghbi à l’Esa - Le livre enrichit, affranchit, réconcilie

Dans le cadre d’un colloque sur «L’indexation en français, l’indexation en arabe», organisé à l’ESA par la Bibliothèque nationale de France et la Fondation libanaise pour la BN, Me Pharès Zoghbi, président de cette dernière fondation, a donné une conférence sur le thème du livre. Cet homme de grande culture qui se prévaut de trois identités (brésilienne en raison du lien du sol ; libanaise pour le lien du sang et enfin française pour son rapport au livre) a évoqué les bienfaits du livre qui enrichit, affranchit, réconcilie. Nous reproduisons, ci-dessous, de larges extraits de son intervention. Le livre enrichit. Quelques fois même, il fait des miracles, ou tout comme. Pour ne citer que deux cas, je dirais que l’écrivain bien connu, Emmanuel Le Roy Ladurie, en sortant des eaux glacées du stalinisme, lit avec intérêt et profit les Dix-huit leçons de la politique industrielle de Raymond Aron, qui lui change la vie et lui rend confiance dans la société et l’économie libérales. Plus édifiant est le cas d’Edith Stein, une Allemande, étudiante de Husserl à Berlin. Elle ouvre – dit-elle – un livre, c’est la vie de sainte Thérèse d’Avila par elle-même. «“Ceci est la vérité”, dit Edith Stein et elle devient – comme Thérèse d’Avila – religieuse au Carmel» (Le magazine Lire, décembre 1981). Edith, comme on le sait, était juive avant sa conversion au catholicisme, et à ce titre elle a été arrêtée par les nazis, déportée et torturée jusqu’à ce que mort s’en suive. Elle a été béatifiée en 1987 et canonisée en 1998 sous le nom de sainte Bénédicte de la Croix. Ernest Renan, en mission en Syrie et en Palestine, qui devait écrire en 1863, pas loin d’ici, dans le village libanais de Ghazir, au nord de Beyrouth, sa Vie de Jésus, qui a été à l’origine d’un vaste mouvement d’athéisme en France, puisque rationaliste, il trouvait Jésus «un homme incomparable», mais pas le fils de Dieu, préférait les livres au pain (Renan, Vie de Jésus, présentation de Pierre de Boisdeffre, marabout université). André Maurois, quant à lui, a écrit tout un livre, ayant pour titre Lecture mon doux plaisir. Plus que le plaisir qu’il apporte le livre enrichit son lecteur, et ce n’est pas au Liban qu’on peut ignorer l’importance du livre, alors que notre pays fait partie d’un ensemble géographique où vivent les trois religions monothéistes du Livre. Le livre affranchit Le livre dans un premier temps nous enrichit, dans un second il nous affranchit et dans un troisième nous réconcilie. Comment cela ? Je vous rappelle, en premier lieu, que le propre du Liban, comme le propre de l’Europe d’ailleurs, c’est sa diversité. Ce climat n’est-il pas propice à la promotion d’une première valeur qui est la liberté, qu’on proclame partout, avec solennité, mais qu’on pratique moins, pour ne pas dire davantage. La pensée unique doit à tout prix être abolie. Ne serait-ce pas le rôle privilégié du livre ? Un seul exemple retient ici mon attention. À l’aube du XIVe siècle, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France et en Angleterre plus précisément, les gens se mettent à lire des traités sur la religion, à l’étudier par eux-mêmes, à en discuter entre eux. La parution de la Dévotion moderne aux Pays-Bas en constitue un excellent indice. On y lit ce principe : «Avec un petit livre dans un petit recoin». Tout est dit : l’individu au moyen de la lecture peut juger de tout par lui-même, sous son propre toit... Le centre d’intérêt passe de l’institution (église ou gouvernement ou autre) au citoyen (fidèle ou autre). C’est un véritable tremblement de terre dans le ciel des certitudes dogmatiques endurcies. Le livre réconcilie Mais le livre n’affranchit pas seulement l’homme, il le réconcilie. Dans ma vaste et très judicieusement variée bibliothèque privée à Kornet-Chehouan, au Metn-Nord, où quarante mille volumes (5 000 en arabe et 35 000 en français) ouvrent leurs pages et attendent le lecteur qui quelquefois se présente, et un projet d’avenir, qui, lui, tarde à se présenter, j’ai pratiqué, je pratique, toujours une lecture qui relève un peu, si l’on veut, de la mondialisation, nouvelle manière. C’est ainsi qu’en revisitant ces derniers temps, Eschyle, Sophocle, Racine, Shekeaspere, Claudel et Rimbaud, je sens que ces auteurs – et d’autres – me concernent personnellement, intimement, et que malgré la diversité de leur génie, leurs nationalités différentes, leur appartenance à des aires géographiques et historiques variées, je suis directement et nommément interpellé par eux... ...Ce qui nous rapproche, à mon sens, de tous ces écrivains et d’autres, c’est le constat existentiel, que nous vivons les uns et les autres, ensemble et séparément, ensemble et solidairement, la même aventure. Non pas l’aventure de l’homme occidental seulement, telle que nous l’a décrite le philosophe personnaliste Denis de Rougement, dans un livre célèbre, mais l’aventure de l’homme tout court, l’homme de partout, tout homme, ou qu’il soit, et quel qu’il soit, affrontés que nous sommes les uns et les autres aux mêmes défis, soumis aux mêmes aléas, courant ensemble et/où séparément, et à des degrés divers, les mêmes risques. Et les évènements, qui ont suivi et suivent les attentats sanglants contre les États-Unis, montrent à l’évidence que chaque partie du monde, en est, à sa manière, concernée. L’effroi dont nous sommes encore saisis à la suite de cette apocalypse n’est qu’un prélude au drame en plusieurs actes divers, dont la scène est l’univers. Cette mondialisation nouvelle manière, une mondialisation par le haut, par l’esprit, pourrait-on dire, plus réussie et plus efficace peut-être que celle que prônaient les États-Unis et dont ils viennent, les premiers, d’en subir les conséquences, vient une nouvelle fois de se révéler à nous, à Branques et Morestel en France, où les 7, 8 et 9 septembre 2001, un colloque sur le thème «Paul Claudel écoute le Japon» s’est tenu avec la participation de metteurs en scène, musiciens, écrivains et acteurs japonais. La IVe journée, scène 2, du Soulier de satin de Paul Claudel a été récitée, puisque comme on le sait, cette pièce indépassable de style baroque, comme l’est, de style classique, la Bérénice de Racine, a été conçue et écrite au Japon... Aussi pour donner à nos jeunes le goût du livre et de la lecture, la fierté de forger leur propre destin, à travers une liberté responsable et l’optimisme de la volonté, et tout en rétablissant la Bibliothèque nationale du Liban dans ses murs, nous nous appliquons, – mes collègues de la fondation et moi avec la collaboration amicale de M. Ghassan Salamé, ministre de la Culture, à introduire le livre dans chaque maison ; à instituer une fête nationale du livre à jour fixe, au Liban, pour, à travers des manifestations appropriées, mettre le Liban en état de lecture et partant sa jeunesse en état d’alerte pour la création.
Dans le cadre d’un colloque sur «L’indexation en français, l’indexation en arabe», organisé à l’ESA par la Bibliothèque nationale de France et la Fondation libanaise pour la BN, Me Pharès Zoghbi, président de cette dernière fondation, a donné une conférence sur le thème du livre. Cet homme de grande culture qui se prévaut de trois identités (brésilienne en raison du lien du sol ; libanaise pour le lien du sang et enfin française pour son rapport au livre) a évoqué les bienfaits du livre qui enrichit, affranchit, réconcilie. Nous reproduisons, ci-dessous, de larges extraits de son intervention. Le livre enrichit. Quelques fois même, il fait des miracles, ou tout comme. Pour ne citer que deux cas, je dirais que l’écrivain bien connu, Emmanuel Le Roy Ladurie, en sortant des eaux glacées du stalinisme, lit...