L’Arabie séoudite, qui vient de rompre avec les taliban, est dans l’embarras face à une guerre que les États-Unis préparent à ses portes au nom de la lutte contre le terrorisme impliquant des musulmans, et de surcroît séoudiens, estiment des analystes hier. «L’Arabie est dans une situation embarrassante sans précédent. Peur et attentisme prévalent à tous les niveaux, aussi bien officiel que populaire», indique un diplomate dans le Golfe. L’Arabie séoudite avait rompu ses relations diplomatiques avec le régime des taliban, après une décision similaire prise samedi dernier par les Émirats arabes unis. Cette initiative renforce l’isolement de la milice islamiste, que Ryad avait contribué à mettre en place fin 1996. Mais tiraillés entre les exigences d’un allié «vital pour la survie de leur régime» et les impératifs d’une population imprégnée de conservatisme, les dirigeants du royaume «peinent à se positionner», explique ce même diplomate. Leur principal fournisseur en armes mais aussi leur premier partenaire économique, y compris pour le pétrole qui représente 80 % des revenus de l’Arabie, les États-Unis se présentent comme «le bouclier du royaume contre le danger irakien», en particulier depuis l’invasion du Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990. Des milliers de soldats et des dizaines d’avions de combat stationnent en permanence dans le pays, contribuant à alimenter une colère latente qui peut aussi se manifester avec violence. Des attentats antiaméricains à Ryad et Khobar (est) ont fait 5 tués en 1995 et 19 tués en 1996. Oussama Ben Laden, déchu de sa nationalité séoudienne en 1994, a fait du départ des troupes américaines «qui souillent la terre de l’islam» le leitmotiv de sa campagne contre la famille royale. Sensible à ce slogan, la population séoudienne, gouvernée par un régime qui fonde son pouvoir exclusivement sur la charia (la loi islamique), est de plus en plus sevrée de la générosité de «l’État-providence» avec un chômage en hausse. Elle «ne peut que contester “la croisade” lancée par les Américains qui, malencontreusement, ont, un moment, fait l’amalgame entre l’islam et le terrorisme», indique un analyste arabe. «Le terrorisme d’État pratiqué par Israël contre les Palestiniens, ajoute-t-il, ne fait qu’exacerber l’animosité des Séoudiens, comme d’ailleurs des autres Arabes à l’égard des États-Unis qui exigent ouvertement le ralliement de leur pays à une guerre contre un pays musulman, l’Afghanistan, et peut-être des pays arabes». Terre des deux lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine, dont se réclament plus de 1,2 milliard de personnes, le royaume reste dès lors réticent à s’embarquer dans une coalition antiterroriste aux contours indéfinis. «L’hésitation des dirigeants séoudiens s’explique aussi par l’opacité qui entoure cette coalition», indique un autre diplomate, pour qui «l’absence de preuves sur les auteurs des attentats, dont plusieurs suspects séoudiens selon Washington, complique davantage la situation». «D’autant que le royaume est acculé à rendre compte des sources de financement des mouvements intégristes, dont il est soupçonné d’être le principal bailleur de fonds», poursuit-il. Or, explique ce diplomate, «le démantèlement de la nébuleuse intégriste et l’assèchement de ses ressources financières risquent de provoquer des troubles aux conséquences imprévisibles dans un pays où l’influent clergé religieux, les puissants groupes d’intérêts et la structure tribale complexe de la population pèsent de leur poids». «Autant d’embûches qui expliquent l’hésitation des dirigeants séoudiens à s’engager dans la coalition décidée par les États-Unis. Mais une fois l’offensive déclenchée contre les taliban, avec lesquels ils viennent de rompre, les Séoudiens finiraient par se rallier aux Américains, qui ne leur laisseront guère le choix», conclut-il sous le couvert de l’anonymat.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Arabie séoudite, qui vient de rompre avec les taliban, est dans l’embarras face à une guerre que les États-Unis préparent à ses portes au nom de la lutte contre le terrorisme impliquant des musulmans, et de surcroît séoudiens, estiment des analystes hier. «L’Arabie est dans une situation embarrassante sans précédent. Peur et attentisme prévalent à tous les niveaux, aussi bien officiel que populaire», indique un diplomate dans le Golfe. L’Arabie séoudite avait rompu ses relations diplomatiques avec le régime des taliban, après une décision similaire prise samedi dernier par les Émirats arabes unis. Cette initiative renforce l’isolement de la milice islamiste, que Ryad avait contribué à mettre en place fin 1996. Mais tiraillés entre les exigences d’un allié «vital pour la survie de leur régime» et les...