Le mouvement islamique d’Ouzbékistan, l’une des cibles de la guerre antiterroriste de Washington, est la plus redoutée des organisations fondamentalistes en Asie centrale ex-soviétique où elle s’est illustrée par des prises d’otages et des incursions armées. Ce mouvement, qui figure sur la liste des organisations terroristes du département d’État américain, s’est rendu célèbre en prenant en otages durant l’été 99 quatre géologues japonais pendant plus de deux mois. Son chef, Djoumaboï Namangani, se bat aujourd’hui en Afghanistan, aux côtés de la milice intégriste des taliban. En mai 2000, il avait été contraint de quitter le Tadjikistan avec quelque 500 combattants et leurs familles pour se réfugier en Afghanistan. Le convoi du mouvement islamique d’Ouzbékistan avait été escorté jusqu’à la frontière par d’anciens combattants de l’opposition armée tadjike, aux côtés desquels Namangani et ses hommes se sont battus pendant la guerre civile qui a ravagé l’ancienne république soviétique du Tadjikistan de 1992 à 1997 et fait plus de 100 000 morts. Djoumaboï Namangani (32 ans), qui souhaite créer un «califat» (État islamique) en Asie centrale, en particulier dans la vallée de Ferghana, partagée entre l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan, est l’ennemi numéro un du régime autoritaire du président ouzbek, Islam Karimov. La Cour suprême de l’Ouzbékistan l’a condamné à mort par contumace pour terrorisme, assassinats et atteinte à l’ordre constitutionnel du pays en novembre dernier. Le pouvoir ouzbek a accusé Namangani d’être derrière une série d’attentats qui avaient fait 16 morts et plus de 100 blessés à Tachkent en février 99 et pour lesquels six islamistes ont été condamnés à mort. Namangani commande actuellement un front dans le nord de l’Afghanistan, dans la localité de Taloqan, comprenant entre 2 500 et 5 000 combattants ouzbeks, ouïgours et arabes, selon des sources militaires tadjikes. Namangani, de son vrai nom Djoumaboï Khadjïev, est né le 12 juin 1969 dans la région de Namangan (est de l’Ouzbékistan). Appelé sous les drapeaux en 1987, il a fait son service militaire comme parachutiste dans l’armée soviétique pendant la guerre en Afghanistan. C’est à son retour en Ouzbékistan qu’il fréquente les milieux fondamentalistes, en particulier les wahhabites, selon des sources officielles ouzbèkes. En 1992, il part se battre au Tadjikistan voisin avec un groupe d’une trentaine d’hommes. Au plus fort de la guerre civile qui a opposé le pouvoir néocommuniste aux islamistes, il alignera plus d’un millier d’hommes. Il a gardé de cette époque de solides amitiés au Tadjikistan, comme l’actuel ministre des Situations d’urgence Mirzo Zioïev, ancien commandant islamiste. Jusqu’à son départ forcé du Tadjikistan l’année dernière, en raison de tensions croissantes entre Douchanbé et Tachkent, Namangani disposait d’un camp dans le nord du pays, près de la frontière kirghize. Pendant les étés 1999 et 2000, il a mené plusieurs incursions depuis le Tadjikistan vers l’Ouzbékistan en passant par le Kirghizstan. Les combats avec les forces ouzbèkes et kirghizes ont fait plusieurs dizaines de morts dans chaque camp. Tachkent affirme que le mouvement islamique d’Ouzbékistan est financé par Oussama Ben Laden.
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