La mort de treize Arabes israéliens, tombés sous les balles de la police israélienne en octobre 2000, quelques jours après le début de l’intifada, a creusé une énorme brèche qu’il sera difficile de combler entre la minorité arabe et la majorité juive du pays. À Nazareth, en Galilée, la plus grande ville arabe d’Israël, on ne voit ainsi presque plus de juifs, alors qu’auparavant, ils affluaient tous les samedis de Nazareth Illit (les Hauts de Nazareth), la ville juive voisine, et d’ailleurs pour faire leurs courses, déjeuner ou se promener. «Nos relations ont changé après la mort de treize Arabes aux mains d’un État qui prétend nous compter parmi ses citoyens», déclare une habitante de Nazareth, Viviane Mansour. «Depuis, nous n’avons plus de relations avec les juifs, à l’exception des échanges professionnels. Ils ne viennent plus à Nazareth et nous n’allons plus chez eux», dit-elle. Une commission officielle, devant laquelle les protagonistes de ces journées tragiques ont témoigné en public, examine depuis plusieurs mois la répression sanglante de ces manifestations de solidarité avec l’intifada. Cette répression a «approfondi le fossé qui nous sépare», poursuit Mme Mansour. «La discrimination a toujours existé, mais nous gardions l’espoir qu’un jour l’État traiterait Juifs et Arabes à égalité. Mais le racisme n’a fait qu’augmenter», assure-t-elle. Les Arabes israéliens sont des Palestiniens restés sur leur terre à la création de l’État d’Israël, en 1948. Ils sont plus d’un million, soit 18,6 % de la population globale du pays. Ils sont victimes de discriminations, notamment dans le domaine socio-économique, qui ont été reconnues par la Cour suprême de l’État juif. «Notre situation est inextricable. Nous n’appartenons pas à l’État d’Israël, celui des Juifs par excellence, et nous ne pouvons faire partie de l’État palestinien. Nous n’avons pas d’appartenance», s’exclame Samia, une Palestinienne qui habite parmi les Juifs à Nazareth Illit. Encore traumatisés par les évènements d’octobre, l’immense majorité des Arabes israéliens, qui vote en général travailliste, a boycotté les élections du 6 février au poste de Premier ministre, contribuant à la déroute du chef du gouvernement sortant, le travailliste Ehud Barak, et au triomphe du chef de la droite, Ariel Sharon. C’était la première fois depuis la création d’Israël que se produisait un tel boycott. La radicalisation d’une partie au moins de la minorité arabe a été illustrée de manière tragique le 9 septembre 2001, lorsqu’un Arabe israélien, Mohammed Salah Hbeichi, un père de famille de 48 ans, a tué trois Juifs et en a blessé plusieurs dizaines à Nahariya (nord) en faisant sauter une charge explosive qu’il portait sur lui et qui l’a également tué. C’était la première fois qu’un Arabe israélien commettait un attentat-suicide, un évènement qui a consterné les Juifs israéliens. L’attentat a été condamné par les leaders de la communauté, qui désapprouvent aussi l’adhésion de jeunes Arabes israéliens aux mouvements radicaux palestiniens, un phénomène nouveau qui inquiète la police israélienne. En août, six jeunes Arabes d’Oum el-Fahem ont ainsi été arrêtés pour avoir perpétré un attentat à l’explosif. Houmam Houssari, un ingénieur, estime que ces jeunes «ont été trompés». Il reconnaît toutefois que son identité palestinienne s’est renforcée. «Auparavant, je me présentais toujours comme un Israélien et je croyais fermement en la coexistence avec les Juifs. Aujourd’hui, je suis devenu plus nationaliste», dit-il. Selon lui, les Juifs israéliens «veulent maintenir une relation de maître à esclave» vis-à-vis des Arabes israéliens. «Je suis un Palestinien, arabe, vivant dans l’État d’Israël. Telle est mon identité et je n’en changerai pas», assure Samer, 28 ans, qui travaille dans un café de Nazareth. Il dit douter que des sanctions soient prises contre les policiers qui ont tué de sang-froid les 13 manifestants en octobre 2000, car, assure-t-il, «c’est un État basé sur le racisme».
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