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Actualités - Interviews

Salamé en anti-Huntington de choc : pas de guerre des civilisations -

Va-t-on vers une guerre des civilisations ? Un réel et énorme choc des cultures ? «C’est une thèse qui ne tient pas la route. Qui a été critiquée souvent, mais avec de mauvais arguments, pour de mauvaises raisons, les gens disaient : “Mais non, les civilisation dialoguent ou se font la guerre”. Moi je ne crois ni au dialogue ni à la guerre des civilisations. Ma thèse est beaucoup plus radicale que celle de Samuel P. Huntington : je ne lui dis pas de cesser de prêcher le choc des civilisations pour qu’on les fasse s’embrasser. Mais je dis que cette thèse est conceptuellement fausse, parce que les civilisations ne sont pas des acteurs internationaux. Elles ne peuvent ni dialoguer ni se faire la guerre. Elles existent comme viviers grâce auxquels des groupes, des États, des individus vont chercher leurs valeurs, leurs normes de vie, leurs esthétiques, etc. Le dialogue est un dialogue entre les peuples, pas entre les cultures. Moi je ne parle pas au nom d’une culture, personne ne m’a demandé de le faire. Aucun des 55 pays musulmans ne peut dire : moi je parle au nom de l’Islam. Donc, dès le départ, la thèse du choc des civilisations est une thèse fantasque. Elle a été commise par un grand théoricien de la guerre froide pour s’autoriser une même logique de dépenses militaires aux États-Unis au moment où il n’y avait plus d’Union soviétique. «Conséquences : il faut maintenir l’Otan comme forteresse de la civilisation judéo-chrétienne, et il faut maintenir un état d’alerte. C’est une thèse construite de toutes pièces. Et les budgets militaires de tous les pays a considérablement diminué ces dix dernières années, à l’exception des États-Unis. À cause de cette recherche perpétuelle d’un ennemi et Huntington leur a offert la civilisation musulmane. Et maintenant, l’on découvre que sa thèse est aussi politiquement fausse. Parce que cet instrument militaire qu’on a tout fait pour préserver est totalement obsolète». Supposons – en écartant les monstres démographiques que sont l’Inde et la Chine – que tous les musulmans de la planète se fédèrent pour un véritable jihad jusqu’au-boutiste. «Si l’histoire est une source de leçons pour nous, il y a eu immensément plus de musulmans tués par d’autres musulmans que par des chrétiens. Il ne faut pas se faire d’illusions : les guerres au sein d’une même civilisation sont beaucoup plus nombreuses et meurtrières que des guerres entre civilisations différentes». Va-t-on vers une adéquation de plus en plus claire entre terrorisme et islam ? «Écoutez, à Washington, les officiels ont fait beaucoup de choses pour éviter cela. Bush a été à la mosquée de la capitale, il y a eu quelques déclarations très sages, fermes et rassurantes. Cela dit, on ne parlerait pas de Huntington aujourd’hui s’il n’avait pas fait de ravages dans trois catégories. Dans la culture populaire américaine d’abord, et c’est ça qui est très grave. Les attaques huntingtoniennes contre les musulmans, les “chats” sur Internet illisibles de racisme… Je vais aller plus loin : la thèse sur le choc inévitable des civilisations est la forme postmoderne la plus ravageuse du racisme européen une fois l’Atlantique traversé. Ceux qui sont allés à Durban sont des hypocrites. Des pays européens ont également été touchés par la thèse de Huntington : certains intellectuels autrichiens, allemands, britanniques. Enfin, là où ce monsieur a fait le plus de ravages, c’est le monde musulman. C’est-à-dire que ceux qui croient, dans nos contrées, au choc des civilisations sont responsables de la situation dans laquelle l’on est. Il faut noter justement que tous les discours de Jacques Chirac devant les Parlements arabes ont inclus systématiquement un paragraphe réfutant cette thèse. Et c’est tout à son honneur». L’interculturel désormais question stratégique Et le sommet de la francophonie ? Oublions Chirac qui a promis de venir et la langue de bois rassurante, etc. Il y aura nécessairement une riposte : reste-t-il une place à un événement tel que ce sommet ? «Une réunion internationale dans les semaines prochaines, quel que soit son cadre, et qui traite des relations interculturelles s’est transformée de marginale et d’intellectuelle avant le 11-09-2001, est devenue la question stratégique centrale du XXIe siècle. Il faut aujourd’hui que l’interculturel ne soit pas le cache-sexe des phénomènes de pouvoir. Il faut véritablement revenir à une réévaluation du culturel entre les peuples. Et ce n’est pas le ministre de la Culture qui le dit, mais le professeur de sciences politiques. Aujourd’hui, le culturel est en train d’être utilisé à la place de l’idéologique pour légitimiser des relations de pouvoir. La fin de la guerre froide a introduit un élément nouveau : “Je suis contre toi parce que tu es différent de moi (noir, musulman, une femme, etc.) et pas parce que tu penses différemment que moi (je suis contre toi ontologiquement et pas conceptuellement)”, comme cela était avant, depuis les Grecs par exemple. Et si le Liban entre dans ce schéma-là, il meurt». Donc, le sommet de la francophonie, à vous entendre, doit avoir lieu. Peut-il avoir lieu ? «Oui, il peut». Le nouveau terroriste Tout Beyrouth parle en ce moment de Ziad Jarrah. Est-il oui ou non cet ignoble terroriste incriminé par le FBI ? Et quid de ce nouvel archétype de terroriste ? «À propos de ce jeune homme, je ne sais rien de plus que ce qu’il y a dans la presse. Et ce que le bon sens me dit, c’est qu’il n’est pas logique que toutes les personnes citées par le FBI aient eu vent de ce qui allait se passer. Je crois que le seul pilote était au courant. Quant à ce nouveau terroriste, il a un passeport respectable, il est riche, il est cultivé, instruit. Vous savez, on a souvent défini le terroriste comme celui qui n’a plus rien. Non, c’est maintenant celui qui a tout, qui est complètement blasé. Et comme le dit un dirigeant arabe : c’est ça ou la drogue. C’est un phénomène que les Américains voyaient venir. Il y a eu des dizaines de biographies, de couvertures de magazines à propos de Ben Laden. Et cette obsession américaine ne convainquait pas beaucoup de leurs partenaires. Moi-même j’étais sceptique jusqu’à ce qui s’est passé dans les ambassades américaines en Afrique orientale».
Va-t-on vers une guerre des civilisations ? Un réel et énorme choc des cultures ? «C’est une thèse qui ne tient pas la route. Qui a été critiquée souvent, mais avec de mauvais arguments, pour de mauvaises raisons, les gens disaient : “Mais non, les civilisation dialoguent ou se font la guerre”. Moi je ne crois ni au dialogue ni à la guerre des civilisations. Ma thèse est beaucoup plus radicale que celle de Samuel P. Huntington : je ne lui dis pas de cesser de prêcher le choc des civilisations pour qu’on les fasse s’embrasser. Mais je dis que cette thèse est conceptuellement fausse, parce que les civilisations ne sont pas des acteurs internationaux. Elles ne peuvent ni dialoguer ni se faire la guerre. Elles existent comme viviers grâce auxquels des groupes, des États, des individus vont chercher leurs valeurs,...