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Actualités - Opinions

Courrier - Cybercauchemar

L’humanité entière vient d’assister en direct à la plus grande attaque terroriste de tous les temps. Figés devant nos postes télé, nous avons subi, impuissants, une violence tellement énorme que beaucoup n’ont pas encore assimilé ces images en tant que réalité. Et nous Libanais, qui avons «goûté» récemment au fracas et aux tueries, sommes encore plus sensibles à l’horreur. Aujourd’hui on cherche le coupable parmi les nations en manque ou les milliardaires illuminés ; on promet une revanche, une guerre de retour contre ceux qu’on montre automatiquement de la gâchette, prêts à servir une version concoctée dans l’urgence de l’horreur aux milliers de parents des victimes carbonisées. Armée de ma télécommande, je repasse les images insupportables, et je ne peux m’empêcher de repenser, dans des moments d’utopie pure, à tous ces films récents où la notion d’échelle n’existe plus, où des cités entières s’écroulent (revoyez la fin de Fight Club) pour satisfaire l’idéal de quelques illuminés, où la notion de bien et de mal que prône si bien George Bush pour calmer la colère de ses concitoyens peut osciller dangereusement d’un extrême à l’autre (abattre des cités pour le «bien» de quelques individus). On ne peut s’empêcher d’assimiler les images qui sont repassées sans arrêt depuis le jour horrible à des séquences d’un film parfaitement préparé. Alors un cauchemar m’obsède : et si les coupables n’étaient pas les «méchants loups» arabes ? Et si toute cette attaque incroyablement bien orchestrée était l’œuvre de quelques intelligences sataniques, probablement juvéniles, probablement enflammées par un idéal commun qui outrepasse le suicide et l’immolation de milliers d’innocents ? Vue sous cet angle, l’opération n’aurait pas coûté grand-chose, à part une préparation longue et minutieuse pour faire le plus mal possible. Ces acteurs présumés auraient prévu à force de calculs qu’en lançant de plein fouet dans la façade des tours du World Trade Center de simples avions alourdis de civils, ils sectionneraient une partie des piliers porteurs extérieurs, ils endommageraient des dalles, et que le feu se chargerait du reste. Voilà les deux ruches érigées avec les milliers de personnes qu’elles abritent éradiquées, gommées, comme dans un film de science-fiction ou dans un jeu vidéo. Voilà tout le quartier des affaires le plus important au monde déstabilisé, paralysé on ne sait pour combien de temps, avec des répercussions locales et internationales à long terme. Déjà la Bourse mondiale bascule, les chiffres dérapent. Reprenons notre scénario au-dessus du Pentagone cette fois. En s’écrasant sur la direction militaire avec tout ce qu’elle devait comporter de logistique, de documents secrets, de moyens de tirer les ficelles dans le monde, les terroristes cherchaient à déstabiliser un ordre établi. Quant à l’avion de Pittsburgh, Dieu seul sait sur quoi ils avaient prévu de l’écraser : Camp David ? Un autre centre névralgique ? Une centrale nucléaire, peut-être ? Que l’on imagine l’hécatombe... Ayant vu le film Tailor from Panama, je sais qu’un coupable ne saurait tarder à être désigné, et, j’en tremble d’avance, des milliers d’innocents punis avec lui. Peut-être qu’on sera dans le vrai, et que le «bien» aura raison du «mal». ... Mais rien n’arrêtera ces séquences réglées au millimètre, au gramme, au centimètre près, de m’obséder longtemps et le doute de me saisir : l’horreur du 11 septembre 2001, conséquence d’un avancement technologique mis au service de tous et non contrôlé encore, des renseignements mis à la portée de tout le monde, les enfants ont accès à des sites pornographiques, on simule des tueries et des destructions sur écran jusqu’à ne plus ciller, voire jusqu’à en jouir. L’humanité lâchée dans la jungle cybernétique, sans foi ni loi. Voilà qui me glace le sang.
L’humanité entière vient d’assister en direct à la plus grande attaque terroriste de tous les temps. Figés devant nos postes télé, nous avons subi, impuissants, une violence tellement énorme que beaucoup n’ont pas encore assimilé ces images en tant que réalité. Et nous Libanais, qui avons «goûté» récemment au fracas et aux tueries, sommes encore plus sensibles à l’horreur. Aujourd’hui on cherche le coupable parmi les nations en manque ou les milliardaires illuminés ; on promet une revanche, une guerre de retour contre ceux qu’on montre automatiquement de la gâchette, prêts à servir une version concoctée dans l’urgence de l’horreur aux milliers de parents des victimes carbonisées. Armée de ma télécommande, je repasse les images insupportables, et je ne peux m’empêcher de repenser, dans des...