Les peuples autochtones d’Amérique latine revendiqueront le droit au libre choix de leur développement économique, social, politique et culturel lors de la conférence de l’Onu contre le racisme. Réunis en mars à Quito afin de préparer un document qu’ils présenteront à la conférence, les représentants des communautés indiennes ont indiqué qu’ils mettraient à profit la rencontre de Durban pour revendiquer le respect de la libre détermination et de la diversité sociale, politique, culturelle et linguistique. Se faisant l’écho de ces revendications, la prix Nobel de la paix guatémaltèque Rigoberta Menchu a envoyé aux Nations unies un message réclamant «le respect de notre existence comme peuples, la reconnaissance de notre contribution historique au développement de l’humanité et notre droit à un développement digne et équitable, avec le plein accès et contrôle de nos territoires et de nos ressources». Selon la déléguée guatémaltèque à Durban, Maria Toj, la discrimination et la marginalisation des peuples indigènes sont très fortes dans son pays, où les deux tiers de la communauté maya, représentant 60 % des 11 millions d’habitants, vivent dans une pauvreté extrême, sans droit à l’éducation et à la santé. Au Pérou, la discrimination est également tenace envers les communautés quechuas et aymaras, pourtant majoritaires, et amazoniennes, selon leurs représentants, qui exigent la mise en place de politiques éducatives et sociales. Selon Tarsila Rivera, présidente du Centre des cultures indigènes du Pérou (Chirapaq), «près de huit millions d’autochtones parlant le quechua sont exclus du système éducatif en raison de leur connaissance insuffisante de l’espagnol». Le leader mapuche du Conseil de toutes les terres, Aucan Huilcaman, qui exige au Chili la récupération des terres «usurpées» sous la colonisation espagnole, a pour sa part rappelé à la mi-août à Santiago les revendications de son peuple lors du sommet du Groupe de Rio, principal forum politique d’Amérique latine. Le réveil des communautés indigènes, symbolisé par la rébellion zapatiste au Mexique en 1994, s’est concrétisé dans plusieurs pays andins, dont l’Équateur et la Bolivie, par leur participation croissante à la vie sociale et politique. La mobilisation des Indiens d’Équateur a ainsi été déterminante dans la chute du président Jamil Mahuad en janvier 2000. Ces dix dernières années, leur parti, le mouvement Pachakutik, a réussi à obtenir une forte représentation au niveau départemental et municipal, mais aussi national. En Bolivie, plusieurs dirigeants syndicaux et politiques autochtones, tels Evo Morales et Felipe Quispe, jouent un rôle de premier plan dans les conflits agraires mettant fréquemment en difficulté les autorités. Plusieurs gouvernements latino-américains ont réaffirmé récemment leur volonté de répondre aux aspirations des communautés indiennes. Les présidents de la Communauté andine (Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Venezuela) se sont engagés à «promouvoir la pleine participation des peuples indigènes et des minorités ethniques» dans la Déclaration de Machu Pichu, signée fin juillet lors de l’entrée en fonctions du président péruvien Alejandro Toledo. Ils ont souligné que l’objectif était «d’assurer aux populations indigènes le plein exercice de leurs droits conformément au principe de non-discrimination» et de promouvoir l’élaboration et l’adoption par tous les pays de la région d’une déclaration américaine sur les droits des peuples indigènes.
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